L'aut'journal
Le dimanche 21 juillet 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Le salaire du patron
N° 176 - février 1999

ALCAN0 La «Personnalité de l’année» se fait décoiffer!
Pierre Dubuc
Au moment où le journal patronal Les AFFAIRES décerne son titre de «Personnalité de l’année» à Jacques Bougie, pdg de l’Alcan, celle-ci suspend Normand Boulet de l’usine de Grande-Baie au Saguenay parce qu’il a collé sur son casque un autocollant syndical avec les sigles FSSA/Métallos/FTQ pour exprimer son appui à la campagne de syndicalisation des 500 employés de cette usine.

Selon Les AFFAIRES, Jacques Bougie «règne sur l’empire Alcan». Il est vrai qu’à Grande-Baie, le roitelet Bougie et sa cour se comportent comme des suzerains face à des sujets qui leur devraient obéissance, reconnaissance et tout le tralala. Jugez-en vous-mêmes.

Au nom de la démocratie!

C’est au nom du respect de la démocratie, rien de moins, que la compagnie conteste le port de l’autocollant en invoquant la «préservation du climat de travail et la nécessité de s’assurer que l’expression de convictions personnelles de certains ne suscite pas de conflits avec d’autres qui ne partagent pas les mêmes convictions» ! Autrement dit0 les travailleurs n’ont pas à exprimer leurs convictions, qu’ils se ferment la gueule et qu’ils travaillent!

Dans le portrait qu’il trace de Jacques Bougie, le journal Les Affaires nous apprend que sa devise est0 il y a six côtés à un cube plutôt que deux côtés à une médaille. Mais dans le cas des travailleurs de Grande-Baie, c’est clair qu’il n’y a ni cube, ni médaille, mais une seule vérité, celle d’Alcan!

Mais sentant que la soupe commence à être chaude et qu’elle ne pourra résister longtemps aux efforts de syndicalisation à Grande-Baie, l’Alcan propose un vote d’allégeance syndicale. Jacques Bougie, qui a fait son droit à l’Université de Montréal, sait fort bien qu’une telle proposition va à l’encontre du code du travail du Québec qui prévoit qu’un arbitre accorde l’accréditation si un syndicat dépose des cartes d’adhésion pour plus de 50% des travailleurs visés.

Proposer un vote d’allégeance, c’est se donner une allure démocratique. Mais comment parler d’un véritable exercice démocratique quand on sait que l’Alcan est derrière l’initiative d’un certain nombre de travailleurs qui ont entrepris des démarches, en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels, pour interdire à la Fédération des syndicats de l’aluminium d’utiliser des listes d’employés pour leur transmettre de l’information directement à leur domicile?

Comment parler de démocratie quand on sait que l’Alcan a fait intervenir les forces policières pour empêcher la distribution de tracts syndicaux aux portes de l’usine lors d’une précédente tentative de syndicalisation? Enfin, comment peut-on invoquer la démocratie lorsque l’Alcan suspend un travailleur simplement parce qu’il arborait un autocollant syndical sur son casque de sécurité?

La démocratie à la Bougie

Le journal Les AFFAIRES présente Jacques Bougie comme «un gestionnaire de classe mondiale». Est-ce parce qu’il fait partie, avec Paul Desmarais et Conrad Black, de la section canadienne de la Commission Trilatérale? Cette Commission, créée en 1973 par David Rockefeller, réunit un groupe sélect de dirigeants d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie (d’où son nom de Trilatérale) et intervient de façon occulte auprès des gouvernements pour les amener à adopter des politiques favorables aux intérêts de ses membres. La Trilatérale est reconnue pour avoir une influence déterminante sur les gouvernements des pays du G-7. C’est là le genre de «démocratie» à laquelle est habitué ce «gestionnaire de classe mondiale» qu’est Jacques Bougie. On comprend pourquoi il se vante dans le livre Titans, How The Canadian Establishment Seized Power récemment publié que «ça ne prend pas trois heures avant que Lucien Bouchard me retourne mes appels».

Serge Saucier, de la firme comptable RCMP, déclare au journal Les AFFAIRES que Jacques Bougie «n’est jamais dépeigné et que son administration n’est pas échevelée». Mais, suite à la suspension de Normand Boulet une centaine de travailleurs de l’usine de Grande-Baie se sont présentés au travail avec un autocollant FSSA/Métallos/FTQ sur leur casque de sécurité et les travailleurs syndiqués des deux autres usines de l’Alcan à Jonquière et Laterrière ont débrayé spontanément pendant une heure en signe de solidarité avec Normand Boutet. Voilà qui risque fort de décoiffer la «Personnalité de l’année» du journal Les AFFAIRES.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.