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La machine électorale de l'ADQ
N° 175 - décembre 1999

Monsanto veut forcer les agriculteurs à acheter ses semences stériles
André Maltais

Détruire la vie pour faire des profits



En mai dernier, la firme Monsanto, celle-là même qui a donné à la civilisation les BPC et l’Agent orange, a acquis les droits d’exploiter un nouveau gène qui rend les semences impossibles à replanter et qui, de surcroît, se communique facilement aux semences naturelles les rendant à leur tour stériles. La multinationale utilise ainsi les droits de propriété intellectuelle et le génie génétique pour s’accaparer ce que la nature donnait jusque là généreusement et gratuitement aux êtres humains.

Depuis le 28 novembre, en Inde, la population des campagnes envahit des champs de coton exploités par Monsanto, en arrache les plantes une à une, les empile et y met le feu.

C’est que, le 16 novembre, le public de ce pays apprenait que la firme géante américaine (peut-être la plus grande multinationale du monde) avait ensemencé depuis déjà trois mois plus de 40 champs de coton manipulés génétiquement.

Seul le gouvernement fédéral indien était au courant, ayant accordé à Monsanto la permission de tenir ses tests sur le territoire indien. Mais il n’a pas cru bon d’aviser les gouvernements des États où Monsanto travaillait dans le plus grand secret. Mais, dès la nouvelle connue, les associations de paysans et d’agriculteurs se sont mobilisées à un tel point que le même gouvernement fédéral invite maintenant Monsanto à quitter le pays!

Selon le Indian Express, l’État indien n’a réalisé aucune étude d’impact ni sur l’environnement ni sur la santé des gens parce que Monsanto n’avait pas le temps d’attendre. Pire encore, le gouvernement indien ignore encore les endroits exacts où Monsanto fait ses expériences.

Protection policière

La compagnie, pour sa part, refuse de les dévoiler de même que la composition précise des semences testées. Elle a plutôt, le 25 novembre, de concert avec l’ambassadeur américain en Inde, demandé une protection policière spéciale.

Monsanto admet tester une variété de coton appelée Bt (parce qu’il produit une enzyme résistant aux pesticides les plus toxiques0 le Bacillus thuringiensis). On administre au coton des doses massives de pesticides et d’insecticides sans que la moindre mesure de protection des cultures voisines ne soit prise. Pas même une plaque marquée «danger» à l’entrée des champs!

Selon des scientifiques que la compagnie n’a pas achetés, la technologie du gène Bt fera en sorte que de super-insectes apparaîtront bientôt. Ils résisteront à tous les insecticides connus et menaceront donc toutes les cultures qui ne seront pas munies du gène Bt. Or, Monsanto ayant fait breveté sa découverte, les agriculteurs devront acheter chez elle ou périr en même temps que leurs récoltes.

Terminator

C’est ainsi qu’ayant fait fortune pendant des décennies en vendant des pesticides partout dans le monde, Monsanto n’hésite même pas maintenant à les rendre inopérants. C’est que des droits de propriété sur 82% des semences de l’univers et la possibilité d’en transformer le code génétique presque à volonté constituent une bien meilleure façon de faire de l’argent!

Par exemple, la technologie dite “ Terminator ” qui consiste à produire une semence qui se stérilise elle-même en détruisant ses propres embryons. Si elle venait à être commercialisée, cela signifie qu’un fermier ou un jardinier ne pourrait plus conserver cette semence afin de s’en servir une seconde fois. S’il veut d’autres plantes, il devra acheter d’autres semences.

Monsanto se défend en disant que les fermiers qui en auront les moyens pourront toujours acheter des semences autres que la “ Terminator ”. Mais des tests menés à l’Ohio State University ont prouvé que la simple pollénisation, par exemple, suffit à stériliser les semences naturelles des cultures voisines. Permettre à Monsanto d’exploiter cette biotechnologie c’est donc introduire le loup dans la bergerie d’autant que le brevet s’appliquerait à toutes les plantes et à toutes les semences.

Feux de joie

Le gène Terminator a été créé par des chercheurs de la firme Delta and Pine Land Co (une compagnie du Mississippi achetée par Monsanto le 11 mai dernier) et du ministère de l’Agriculture des États-Unis grâce à des fonds publics. Il est breveté «US Patent No. 5,723,765» et ses auteurs en vantent le pouvoir de générer des marchés importants partout dans le monde là où, présentement, les paysans sèment avec des graines qu’ils ne payent pas.

Or, un milliard et demi de paysans pauvres des pays du Sud survivent grâce à la conservation des semences et à la coutume millénaire de choisir et mélanger les graines pour créer des variétés adaptées aux besoins des populations locales. Ces paysans nourriraient eux-mêmes entre trois et quatre milliards de personnes.

C’est donc la biodiversité et la sécurité alimentaire du monde entier que Monsanto met en péril puisque les biotechnologies qu’il demande aux gouvernements de commercialiser feraient potentiellement entrer le riz et le blé, céréales qui nourrissent les trois-quart de l’humanité, dans le monde merveilleux des monopoles privés.

Au moment où les paysans indiens allument des feux de joie sur leurs terres reprises à Monsanto, la firme a déjà déposé dans 87 pays son brevet du gène «Terminator» notamment au Canada et à la Commission européenne.

Quelques accomplissements d’un bienfaiteur de l’humanité

Agent orange

Monsanto est la créatrice du tristement célèbre herbicide baptisé «Agent orange» que l’armée américaine a abondamment déversé sur le Sud Vietnam pendant la guerre qu’elle a menée contre ce pays. Encore aujourd’hui, la communauté internationale est grandement préoccupée par les conséquences de son usage à des fins militaires sur la population.

Le mois dernier, une firme de consultants canadienne détectait de hautes concentrations de dioxines (un composant de l’Agent orange) dans le sang de vietnamiens nés après la guerre indiquant que le poison s’est propagé dans la chaîne alimentaire. À ce jour, un demi-million de personnes sont mortes de maladies reliées à l’herbicide de Monsanto et 14% des forêts du Vietnam ont été détruites.

Magazine détruit

À la mi septembre, un numéro du magazine britannique The Ecologist consacré à Monsanto était mystérieusement retiré des presses et détruit au complet par l’imprimeur qui, pourtant, fabrique le magazine depuis 29 ans. Cet imprimeur, la compagnie Penwells, affirme qu’il ne peut rien dire sur les raisons du geste qu’il a posé.

Détectives Pinkerton

Aux États-Unis, Monsanto emploie des détectives Pinkerton afin de harceler et poursuivre près de 2000 agriculteurs et revendeurs de graines pour «piratage de semences» parce que ceux-ci osent conserver des semences naturelles de pommes de terre et de soja alors que la multinationale en possède une version transgénique hyper-résistante aux insecticides baptisée «Roundup Ready» qu’elle se meurt d’envie de vendre à tous.

De la moulée pour l’Afrique

Dans un geste des plus sinistre, Monsanto publicise ses produits dans toute l’Afrique en les présentant comme une solution à la faim dans le Tiers-Monde0 «S’inquiéter du sort des générations affamées de demain ne va pas les nourrir, proclame la publicité de Monsanto, la biotechnologie alimentaire va le faire.»

Or, tout juste en mai dernier, Monsanto s’est associée avec le géant Cargill pour cultiver en Afrique du maïs à bestiaux manipulé génétiquement. Pour cela, les gouvernements ont requisitionné les terres les plus fertiles qui auparavant servaient à nourrir les populations locales.

Désormais, ces terres nourriront les bêtes qui procureront ensuite la viande, les oeufs et les produits laitiers à exporter aux consommateurs occidentaux beaucoup plus rentables. Voilà comment la biotechnologie alimentaire va nourrir l’Afrique. Sans compter que Monsanto planifie d’introduire le gène Terminator dans les semences africaines de Cargill.

Santé Canada0 pas assez vite pour Monsanto!

Un rapport de Santé Canada (*), divulgué le 21 avril dernier, montre les tactiques pour le moins douteuses auxquelles Monsanto a recours pour obtenir la permission de commercialiser le rBGH, une hormone de croissance bovine manipulée génétiquement dont la vertu principale serait d’augmenter de 10% à 15% la quantité de lait donnée par les vaches.

Selon le rapport, les études du gouvernement américain (qui a donné le feu vert au rBGH) et de Monsanto elle-même ne tiennent pas suffisamment compte des effets du produit sur les animaux. Le rapport mentionne des malformations à la naissance, des disfonctionnements du système reproductif et même des infections du pis et des mamelles qui pourraient affecter la santé humaine.

Il y est aussi question des tactiques de marketing agressives de Monsanto qui va jusqu’à rembourser aux agriculteurs les factures du vétérinaire pour les consultations dues aux effets du rBGH et à camoufler les résultats de tests négatifs.

Cancer

Le rapport affirme que Monsanto refuse de révéler les noms des universités américaines à qui elle octroie ses bourses de recherche, rendant par le fait même presque impossible la connaissance des résultats d’expériences.

Les chercheurs canadiens concluent que les études de toxicologie à long terme requises pour s’assurer que le produit est sans danger pour les humains n’ont pas été menées puisque des risques comme la stérilité, l’infertilité, les malformations à la naissance, le cancer et le dérèglement du système immunologique n’ont pas même été abordés.

Ce souci de la santé des gens ne doit pas plaire à tout le monde car, témoignant devant une commission d’enquête en octobre dernier, les quatre auteurs du rapport ont affirmé avoir subi des pressions «d’en haut» pour altérer le contenu du rapport.

Deux d’entre eux, de même que quatre autres scientifiques du gouvernement canadien, auraient reçu des menaces de transferts à d’autres postes (là où personne ne pourraient plus jamais les entendre) s’ils n’accéléraient pas le processus d’approbation du rBGH au Canada.

(*) Le texte complet du rapport est disponible (en anglais seulement) à l’adresse internet suivante0 http0//www.nfu.ca/nfu/Gapsreport.html

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