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La machine électorale de l'ADQ
N° 175 - décembre 1999

Le 7625 durcit le ton
Pierre Klépock

Condition ouvrière dans les PME



Le syndicat local composé 7625 a été créé de toutes pièces par les Métallos de la FTQ en 1971. Principal porte-parole des petits groupes, le 7625 est l’un des plus importants regroupement québécois de travailleurs et travailleuses de la PME industrielle. Briser l’isolement et bâtir la solidarité des gens qui travaillent dans les petites usines est une chose essentielle pour le syndicalisme ouvrier face à un ennemi commun 0 les Boss. Pour en savoir plus, l’aut’journal a rencontré, le 10 novembre dernier, Denis Boucher, président et Pierrette Gosselin, secrétaire-archiviste de la section locale 7625.

AJ0 Quel est la structure du 7625?

DB0 Le local 7625 du syndicat des Métallos est «composé» de 65 unités de production ouvrière de la région du Montréal-Métropolitain. Cette union de PME regroupe environ 2500 membres. Le nombre moyen de travailleurs, dans chaque entreprises, varie entre 2 et 250 salariés, d’où la devise0 «Notre force, ce sont les unités!»

AJ0 Pourquoi cette union d’unités syndicales?

DB0 En centralisant les petites usines ensemble, cela nous donne le pouvoir financier d’agir comme un gros syndicat0 envoyer les présidents d’unités aux congrès et écoles syndicales, couvrir les dépenses d’un arbitrage, d’une négociation ou d’une grève. Cette structure nous permet de défendre nos membres contre un patron très souvent trop bien organisé.

AJ0 En quoi consiste le travail du 7625?

DB0 Il consiste à implanter des comités syndicaux dans chaque usine, à former des délégués d’ateliers, à tisser des liens de solidarité entre la section locale et les membres des unités. Pour nous, les Métallos, tous les travailleurs ont droit à un syndicat, peu importe la taille de l’usine.

AJ0 Quels sont les conditions de travail dans les PME?

PG0 En général, sans syndicat, les gens travaillent dur avec des salaires de crève-faim. Il n’y a aucun respect de l’ancienneté d’emploi, pas de vacances ou congés spéciaux, les heures supplémentaires payées après 8 heures de travail, oubliez-ça! Par les temps qui courent c’est0 produit et lâche pas, malade ou pas. Voilà la réalité vécue par les travailleurs.

AJ0 Et la condition féminine?

PG0 Dans les petites usines, les plus exploitées se sont encore les femmes. Au 7625, il y a 38% d’ouvrières et 35% survivent sur le seuil du salaire minimum. Beaucoup ont plusieurs années de service chez leur employeur et leur salaire est gelé depuis des années. S’il n’y avait pas de syndicat, leurs conditions seraient pire encore.

AJ0 Comment sont les relations de travail dans les unités?

PG0 Dans la plupart des cas, ça va bien. Mais, dans l’usine où je travaille, le boss a spécialement embauché une directrice du personnel pour casser le syndicat. Elle veut démontrer au patron qu’elle peut mener la «shoppe» comme une véritable matronne et on y goûte. Elle conteste tout ce qui est dans la convention collective0 elle essaie de placer ses «têteux» sans respecter la liste d’ancienneté, d’augmenter les tâches et les cadences, de contester tous les accidents du travail.

AJ0 Pour quelles raisons les patrons vous traitent-ils ainsi?

PG0 Ils nous méprisent pour mieux nous écraser. Pourtant, c’est avec notre travail qu’ils font des millions. Il faut toujours se battre pour se faire respecter. Croyez-moi lorsqu’on gagne une bataille contre le boss, tu ne t’assois pas, tu continues, sinon il va t’assommer. Après six mois de grève (voir l’aut’jounal, no 167) je sais de quoi je parle.

AJ0 Quelles sont les conditions de santé-sécurité dans les PME?

DB0 L’année dernière, un de nos camarades s’est fait arracher un bras dans une machine à l’usine Vulcan. Il est décédé le lendemain de l’accident. Il y a quelques temps, dans une autre usine, un ouvrier s’est fait écrasé la tête dans une machine à mouler les formes et, dernièrement, un membre s’est fait mortellement écrasé par une pièce d’acier de 10 tonnes. Malgré cela, le boss de cette entreprise exigeait que ses travailleurs continuent le travail. Deux semaines plus tard, au même endroit, un autre camarade s’est fait couper les deux jambes par du matériel mal fixé. Dans tous les cas, le syndicat a dû se battre pour faire respecter les droits des familles.

AJ0 Face à ces situations, l’État doit-il améliorer les lois du travail?

DB et PG0 Certainement. Que vous soyez 2 ou 200 travailleurs dans une entreprise, les conditions de travail doivent être égales pour tout le monde. La plupart des lois ne tiennent pas compte des droits des salariés dans les PME de moins de 50 ou 20 travailleurs. On est obligé de se battre pour imposer les lois existantes en santé-sécurité dans les conventions collectives pour forcer les boss à les respecter. L’accès au syndicalisme doit être facilité et le droit de grève doit être permanent afin de riposter contre les patrons verreux.. Il est clair que sans syndicat, c’est la loi des capitalistes.

AJ0 Doit-on revenir à un syndicalisme de combat au Québec?

DB0 Nos membres sont blasés du discours paternaliste des patrons. On est «tanné» d’entendre la même chanson. On mérite des augmentation de salaires, le respect et la dignité d’être des travailleurs et des travailleuses syndiqués. Les hautes directions syndicales doivent être à l’écoute de la base, revenir à un syndicalisme combatif. Qu’on arrête de s’apitoyer sur la situation économique, de s’excuser d’être syndiqué alors que les patrons font des profits. Les centrales syndicales doivent mettre leurs poings sur la table contre les boss et forcer le gouvernement a adapter les lois du travail à la réalité de tout le monde. Les conventions collectives de longue durée à n’importe quel prix, le syndicalisme de partenariat, moi je n’y crois pas et je n’y suis pas favorable. La justice pour la classe ouvrière, c’est ce qui compte au 7625!!www

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