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La machine électorale de l'ADQ
N° 175 - décembre 1999

BRISER LA GLACE!
Paul Rose

Le PDS et les élections



Avec un nouveau nom et le boycott systématique des médias nationaux de Montréal, sans racolage électoraliste, à contre courant d’un vent de droite politique sans précédent dans l’histoire contemporaine québécoise, notre formation politique aura réussi à briser la glace dans toutes les régions du Québec et à devenir dans la large majorité des 97 comtés où nous étions présents le quatrième parti en termes de suffrages exprimés. Il ne faudrait surtout pas négliger l’importance historique du pas franchi. Maintenant, la gauche est implantée politiquement dans l’ensemble du Québec, sur la base d’un programme indépendantiste et socialiste qui va au delà de la lutte au néolibéralisme. Ce qui n’est pas rien!

Certes plusieurs ont pu être déçu des résultats, notamment en rapport avec un objectif interne qui s’est imposé de soi au PDS en réaction à la décision arbitraire de la Direction générale des élections (DGE) qui, à deux jours de l’annonce officielle des élections, imposait le seuil obligatoire de 1% du suffrage comme condition de remboursement de la moitié des dépenses électorales des partis au cours de la présente campagne. Un objectif interne partisan qu’on peut comprendre dans les circonstances, mais qui demeurait néanmoins quelque peu artificiel, duquel malgré tout nous nous sommes approchés à dix milles voix près. Une question finalement secondaire dans l’ensemble de la vie du parti puisque le PDS à dépensé à peine un peu plus de 25 000$ et qu’il ne lui reste plus qu’à amasser la moitié de ce montant afin de remplacer celui que nous aurions normalement dû recevoir du DGE si les règles du jeu n’avaient pas été modifiées.

Un socle solide

Il importe surtout de reconnaître, malgré une première réaction émotive bien compréhensive, l’importance du pas qui vient d’être franchi pour la gauche québécoise. Reconnaître aussi d’un même second souffle que l’essentiel de la tâche reste à faire0 consolider les acquis, transformer un partie significative de nos appuis électoraux en force organisationnelle et éviter certains pièges faciles qui guettent toute machine électorale. Même et surtout chez celles en devenir...

Notamment de céder à la tentation électoraliste de diluer le programme. Ce serait là renier les quelque 27 000 personnes qui l’ont appuyé contre vents et marées. Le coeur vibrant de la gauche à la fois progressiste et indépendantiste au Québec, et, faut-il le rappeler, l’équivalent, sous d’autres cieux, d’une ou d’un député élu au mode de scrutin proportionnel. Ne pas construire sur ce premier socle solide ce serait commettre l’erreur historique du PQ qui, depuis sa fondation, n’a cessé de faire disparaître de grands pans de son programme (et de son membership militant), au profit de courts et éphémères gains électoraux au fil d’arrivée. Des gains combien douteux obtenus souvent au prix de véritables «stratégies de l’ambiguïté», de promesses de la dernière heure, totalement improvisées par rapport au programme (ou à ce qui en tient lieu), tel par exemple la question de l’union sociale. Résultats pratiques0 aujourd’hui, ce parti en est politiquement au même point qu’il y a trente ans0 être un «bon gouvernement» au prix même des prétendus objectifs et raisons premières de son existence. Un parti dilué qui s’est condamné à mener deux référendums par défaut, comme de simples campagnes électorales de 32 jours à coups d’images creuses et de slogans vides. Un parti qui, au lieu de pousser plus avant d’incessantes campagnes de sensibilisation et de conscientisation politiques, s’est contenté de baisser constamment la barre. De sorte qu’aujourd’hui les quelques avancés sur les questions de fond (indépendance, féminisme, social-démocratie, lutte au néolibéralisme,etc.) sont les fruits défendus de débats qui se sont organisés hors de lui, sans lui et malgré lui.

Un travail de terrain intensif

Il est préférable donc d’obtenir avant tout des scores électoraux qui traduisent la réalité et l’ampleur réel de la tâche à accomplir par rapport à un programme plutôt que de viser d’illusoires gains qui se prêtent à toutes les interprétations contradictoires et qui ont un effet chloroformant pervers. À moins, bien sûr, de rechercher le pouvoir à tout prix et à des fins inavoués (et inavouables en campagne électorale) comme c’est le cas de la très large majorité des partis de droites occidentaux dont un certain nombre sont déguisés en formations de gauche.

Les véritables leçons que l’on doit tirer de cette élection sont donc d’un autre ordre0 de celui qui découle de l’intensité du travail de terrain mené, là où nous avons pris une expérience unique, inestimable, tout particulièrement en regard de quelques aspects et formulations de notre programme qui ont fait l’objet de quelques réserves, comme nos positions sur la dette et la question amérindienne pour nommer celles qui revenaient le plus souvent.

La fuite en avant

Par exemple, certains membres d’organisations soeurs nous ont suggéré de changer de tir en cours de campagne et de parler uniquement de l’usage des surplus budgétaires anticipés à Québec et à Ottawa plutôt que de proposer le gel de la dette, sujet tabou s’il en est (c’est mal vu de ne pas payer ses dettes, même à un prêteur usurier, etc. etc.). Un tel virage aurait sans doute été plus rentable électoralement. Cependant la véritable question que l’on devait se poser comme parti de gauche était celle-ci0 pensons-nous foncièrement que l’affectation de ces surplus s’attaque à la véritable question de fond du partage de la richesse? Poser la question, c’était y répondre!

Pour nous, donc, il demeure préférable de faire face à la musique, quitte dans un premier temps à perdre quelques plumes électorales. Mais un tel choix n’a de sens que dans la mesure où nous poursuivons le travail d’information et de sensibilisation au dela des délais artificiels des campagnes électorales de 32 jours! Notre défi, ici comme ailleurs, est plutôt de trouver une façon de maintenir la même réceptivité dans une démarche moins intensive et moins superficielle alors que l’enjeu électoral est plutôt une perspective à long terme (4 ans).

Il est tout aussi vrai que nos positions sur la question amérindienne ne nous ont pas attiré plus de votes qu’il ne faut notamment dans certains comtés où la tension avec les blancs était forte, comme par exemple à Rivière-du-Loup et à Châteaugay où nous avons eu respectivement à peine un peu moins et un peu plus d’une centaine de voix. Alors qu’à l’inverse ces mêmes positions dans des circonscriptions à forte concentration aborigène, comme à Roberval, ont eu peu d’effet puisque la majorité des membres des populations de ces premières nations boycottent un processus électoral identifié aux blancs. Est-ce le rôle d’un parti de gauche que d’abandonner une question aussi fondamentale que celle de la place des peuples aborigènes en Amérique à l’aube du troisième millénaire? Encore là, le seul véritable choix responsable qui s’impose est celui de l’information.

Stratégie du déblocage et bilan

Fatalement, la course effrénée de la présente campagne nous aura révélé l’importance de choses concrètes qui peuvent apparaître à première vue comme étant des détails. Comme par exemple, dans certains comtés «névralgiques», d’imprimer notre position sur une question particulière à la dernière page du dépliant plutôt qu’à la première, permet entre autres aux électrices et électeurs de prendre connaissances des autres aspects de notre programme avant d’arriver au point de résistance.

Voilà le type d’exemples de stratégies que seul peut nous apprendre et que peut développer le véritable travail de terrain. Une stratégie de terrain qui favorise le débat en ramenant les phénomènes de blocages à l’essentiel, ce qui est tout le contraire de la stratégie d’appareil comme elle se pratique à droite et parfois même au nom de la gauche et qui consiste à secondariser, à cacher, à grossir démesurément le blocage et, ainsi, à reporter sine-Die les débats de fond si essentiels à l’avancement de toute société.

Un bilan électoral plus pointu qui reste donc à faire sur un certain nombre de «détails» majeurs et combien nécessaires dans la lutte politique d’émancipation et de libération.www

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