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La machine électorale de l'ADQ
N° 175 - décembre 1999

Ce sera un gouvernement de droite!
Pierre Dubuc

Pour les 4 prochaines années



Bien qu’une majorité de la population, soit 56% des électeurs, aient voté contre, le Parti québécois a été reporté au pouvoir avec une confortable majorité de sièges. Encore une fois, cela démontre le caractère profondément anti-démocratique de notre système électoral calqué sur le modèle britannique et relance la nécessité de profondes modifications dont l’introduction d’un système proportionnel qui permet une meilleure représentativité des différents courants politiques.

La sale job des médias

L’anti-démocratisme de cette élection s’est également exprimé dans le traitement médiatique de la campagne électorale. Pourtant, dès le début de la campagne, les médias ont reconnu, avec une rare unanimité, que les trois principaux partis politiques, le Parti québécois, le Parti libéral et l’ADQ se retrouvaient dans le coin droit de l’arène politique. C’est un phénomène nouveau car, habituellement, les médias ont l’habitude de gommer la distinction entre la droite et la gauche et présenter les principaux partis politiques comme des partis du «centre».

Avouons qu’il était difficile de faire autrement à voir avec quelle belle énergie, nos Dupont, Dupond et Dumont renchérissaient les uns sur les autres pour se positionner à droite, à coups de promesses de réduction du rôle de l’État, de baisse d’impôts pour les plus fortunés et les entreprises et de coupures drastiques dans les effectifs de la fonction publique.

On aurait pu croire, dans ces conditions, que les médias auraient fait un effort pour accorder un minimum d’attention aux candidats qui se présentaient sous une bannière de gauche, mais il n’en fut rien.

Le vote de protestation canalisé vers Dumont

En fait, les médias se sont donnés le mot pour canaliser le vote de protestation vers l’ADQ de Mario Dumont en lui accordant un traitement de faveur. Dumont fut accepté au débat des chefs, élu gagnant du débat et élevé au rang de nouvelle coqueluche de la politique québécoise. Dumont était beau et fin, jeune et impertinent. Pourtant, Dumont défend un programme qu’il a volé à Preston Manning. Il y avait matière à parler d’un programme Dumont-Manning, comme on a parlé d’un programme Charest-Harris. Mais ni le PQ, ni le PLQ n’ont voulu l’attaquer, chacun croyant que Dumont diviserait le vote en sa faveur!

Les médias ont prêté leur concours à ces manoeuvres et le vote de protestation s’est logé sur le bulletin de vote dans le rond blanc des candidats adéquistes. Faut-il s’en surprendre quand on voit Radio-Canada faire évaluer le débat des chefs par un groupe de personnes appelées à enregistrer leurs émotions instantanées en appuyant sur un bouton? C’est là tout le contraire de la réflexion, de l’analyse. C’est la plus effrontée des manipulations, c’est carrément du fascisme!

Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner du score général de la gauche et du fait que plus d’électeurs aient préféré annuler plutôt que de voter pour un candidat de gauche. Les électrices et les électeurs ne les connaissaient tout simplement pas!

L’exemple Chartrand

La gauche doit tirer des leçons de cette campagne électorale. La première, c’est qu’à moins d’un changement qualitatif, la situation sera la même lors des prochaines élections. Les médias seront toujours contrôlées par les empires Desmarais, Black et Péladeau. Voulez-vous parier qu’on essaiera encore de canaliser le vote de protestation à droite? Qu’au mieux, on ignorera la gauche, qu’au pire, on cherchera à la ridiculiser? La formule de La fin du monde est à Sept-Heures est maintenant éprouvée.

Alors, que faire? Michel Chartrand nous a montré la voie. Il a recueilli 15% du vote dans le comté même du Premier ministre Bouchard et a réussi, à l’échelle nationale, à faire connaître la revendication du Revenu de Citoyenneté. Comment? D’abord, en choisissant un comté ouvrier et largement syndiqué. Puis, en organisant une véritable campagne électorale.

Chartrand avait un programme électoral0 Pauvreté zéro et pour un Revenu de citoyenneté. C’était suffisant pour une candidature indépendante d’autant plus que le nom de Michel Chartrand est déjà en soi un programme politique. Il avait une organisation. Des dizaines et des dizaines de bénévoles ont fait campagne pour lui et, surtout, des organisations syndicales lui ont prêté main-forte. Il s’est constitué une caisse électorale et a pu ouvrir un local, imprimer des dépliants, des affiches.

Tout cela lui a permis d’aller chercher 15% du vote, de canaliser à gauche le vote de protestation. Pas mal pour une campagne décidée à la dernière minute, avec une organisation improvisée et une caisse électorale qui s’est constituée en cours de route!

Imaginons une campagne préparée d’avance, avec un programme progressiste complet, une équipe structurée et organisée, l’appui des organisations syndicales et populaires du comté, une caisse électorale relativement bien garnie. Imaginons cela dans une quinzaine de comtés ouvriers du Québec dans le cadre d’une campagne nationale. C’est un objectif réalisable pour la prochaine élection. C’est l’objectif que nous devrions nous donner.

Des objectifs et des moyens pour les atteindre

Bien sûr, la tâche peut paraître immense, mais elle n’est pas démesurée. Différentes étapes devront être franchies. Premièrement, créer un parti politique de masse. Le RAP en fera le principal sujet de débat de son congrès du printemps prochain. Puis, se doter de véritables organisations régionales pour faire de l’éducation politique, tisser des liens solides avec les organisations syndicales et populaires, constituer une caisse électorale digne de ce nom.

Enfin, pour débattre du programme et des enjeux politiques, pour s’informer et s’organiser, il nous faut un journal implanté aux quatre coins du Québec. C’est la tâche que nous nous assignons à l’aut’ journal. Nous y reviendrons dans notre prochain numéro.

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