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Depuis la charte, l'État c'est nous !
N° 208 - avril 2002

Considérations collatérales
François Parenteau
Juste parce que j'avais envie d'un bon thriller politique, j'ai loué cette semaine un film qui date déjà d'un an, Thirteen Days, qui relate les faits et gestes de John F. Kennedy et de son équipe pendant la crise des missiles cubains de 1962. On y voit JFK tenir tête à ses généraux qui sont trop pressés d'aller en découdre avec les chiens de rouges et d'envahir Cuba. Plusieurs scènes sont admirables, mais ce qui frappe en regardant ce film aujourd'hui, c'est à quel point Bush est, pour rester poli, un homme bien différent.

Dans une des répliques du film où John F. est en beau schnacker parce que des initiatives risquées ont été prises par l'armée sans son autorisation, il se demande avec son frère et un collègue si les Soviétiques ne finiront pas par croire qu'il y a eu un coup d'État aux États-Unis. En 1962, il n'y en avait pas eu. Mais souvenez-vous, en 2000, du cafouillage dans le vote en Floride, gouvernée par le frère de W, et même avant ça, de la campagne au leadership républicain qui avait écarté le populaire John McCain au profit de Bush qui avait plus d'argent que lui, notamment grâce aux dons d'une compagnie qui s'appelle Enron...

Là, on peut vraiment se demander s'il n'y a pas eu un coup d'État. C'est maintenant l'armée et les intérêts militaires américains qui, le 11 septembre aidant, ont pris le pouvoir aux États-Unis et George W. Bush n'est que leur haut-parleur. Il tient exactement le même langage belliqueux, méprisant et cow-boy que les généraux qui trouvaient Kennedy mauviette en 1962.

Des cartes de compétence pour faire la guerre

Maintenant que le coup a réussi, l'armée a sa mascotte au pouvoir et nous sommes en guerre contre les terroristes. Mais les prisonniers faits dans le cadre de cette guerre ne sont pas des prisonniers de guerre. C'est parce que, selon les États-Unis, ce ne sont pas des guerriers, mais des combattants illégaux.

Je ne savais pas que ça prenait des cartes de compétence pour se lancer en guerre, mais cette manœuvre nous rappelle à quel point l'art de la guerre, depuis quelques décennies, consiste pour une large part en un exercice de sémantique.

Voyez à quel point le département des communications de l'armée américaine a été productif 0 lors de la crise des missiles cubains, alors que John F. Kennedy était au pouvoir, on a évité de parler d'un blocus (blockade), car c'eût été un acte d'agression. On a donc parlé d'une quarantaine, mais c'était la même chose. La guerre du Vietnam était officiellement une opération policière. Au Nicaragua, les mercenaires payés par les États-Unis pour déstabiliser le gouvernement socialiste étaient des « freedom fighters».

Depuis la guerre du Golfe de papa Bush, on ne doit pas parler de victimes civiles, mais de pertes collatérales. Et maintenant, voici les combattants illégaux. Quel enrichissement culturel ! La droite américaine a raison 0 les dépenses militaires font vraiment avancer la société...

Nos soldats sont vi-si-bles

Et nous, pauvre Canada, on essaie de suivre... Pour faire sa part, le gouvernement Chrétien a tenu à envoyer des soldats en Afghanistan. Mais quand ils sont débarqués sur le terrain beige pâle des opérations avec leurs uniformes vert forêt, le monde entier a pu réaliser ce que nous savons depuis longtemps au Québec.

Quand le fédéral fait quelque chose, il s'arrange pour que ce soit VI-SI-BLE. Sheila Copps peut être fière 0 on les aura vus, nos soldats canadiens...

Puisqu'il est question de camouflage, ça me rappelle le scandale financier du courtier en énergie Enron qui a commis pour des milliards de dollars de fraude et dont les dirigeants étaient très proches de Bush. Pourtant, jusqu'à maintenant, cette proximité pour le moins suspecte ne semble pas du tout affecter la popularité du président qui a atteint récemment des sommets dans les 80 %.

Il semble donc qu'aux États-Unis, les crosses en dessous de la table soient beaucoup moins dangereuses politiquement que les pipes...

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