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Les Pistolois en beau fusil 0 Ne touchez pas à ma rivière !
N° 214 - novembre 2002

Dieu est un conteur compulsif
Jean-Claude Germain
Très tôt dans l’histoire de l’humanité, on a remarqué que les chasseurs les moins doués étaient habituellement les plus aptes à bien conter une chasse. Puis, par la suite, on a noté que, moins la chasse avait été fructueuse, plus les histoires de traque étaient prodigieuses, non par le nombre de trophées puisqu’on revenait les mains vides, mais par l’endurance, l’ingéniosité, le courage et les trésors d’adresse et de sagacité dont les chasseurs d’aurochs auraient fait preuve dans la poursuite des bêtes fabuleuses qui les auraient ensorcelés avant de leur échapper.

Les premiers philosophes, qui étaient encore moins bons chasseurs que les conteurs, ont rapidement conclu que l’homme n’était pas supérieur à la bête parce qu’il était le meilleur à la chasse ou parce qu’il était doué de la parole. Les animaux après tout émettent également des sons pour communiquer entre eux, mais ce qui différencie l’homme de l’animal c’est son pouvoir de conter et de fabriquer une autre réalité que ses contemporains préfèrent d’emblée à celle qui est leur lot quotidien depuis des millénaires, ennuyante comme la pluie et plate comme la terre.

La verge ou le verbe

De là à conclure que ce qui éloignait l’homme de la bête le rapprochait de Dieu, il n’y avait qu’un pas que les évangélistes, qui étaient plus doués pour la marche sur les eaux que pour la pêche et la chasse, ont franchi d’une parabole. C’est d’ailleurs saint Jean, le plus léger de pied d’entre eux, au point d’être mort en s’envolant vers les cieux, qui eut la vision qu’au tout début des tous débuts, l’acte créateur n’était pas la verge du chasseur mais le verbe du conteur. Au commencement était le Verbe ! Pas le souffle divin ou le doigt sans ongle du plafond de la Sixtine, mais le verbe qui est le moteur du conte et la verve du conteur qui conjugue les paroles en l’air de l’humanité pour en tirer des contrevérités, des légendes, des chimères, des mythologies et des religions révélées. Cric ! crac ! les enfants ! Parli ! parlons ! parla ! Pour en savoir le court et le long, passez le crachoir à Jéhovah ! Sacatabi ! sac-à-tabac ! à la porte les ceuses qu’écouteront pas !

Si la vie est un conte, disaient les Anciens, il importe encore plus de savoir la raconter que d’avoir su la vivre. Les conteurs sont à l’image du grand Verbomoteur qui les a engendrés, ils s’inventent des mondes imaginaires pour chasser l’ennui comme Dieu a créé des univers et des galaxies pour se sortir du trou noir.

Poseur de bombe ou conteur ?

De la révolution de la roue à la révolution de la puce, la question fondamentale demeure inchangée pour les humains. Faire l’histoire ou se raconter des histoires ? Se faire des peurs ou s’en conter? Y a-t-il vraiment un autre choix pour contrer la routine du travail et la répétition sans fin du pareil au même ? Retourner à la shoppe après le souper pour la faire sauter ou attendre le dernier coup de sifflet pour raconter sa journée en réinventant l’ordinaire à l’infini ?

Tous les conteurs sont compulsifs et Dieu le premier. On n’a qu’à balayer la voûte étoilée du regard pour se rendre compte que le Créateur n’est pas du genre à se contenter d’une seule version de la même histoire ou, à en juger par le nombre illimité de prototypes sans queue ni tête qu’on peut trouver dans la nature, le type à s’inquiéter que les cochons aient des ailes et que les poules aient des dents.

Le jour viendra bien sûr où les flos découvriront que, derrière toutes ces belles histoires d’usine autour de la table de cuisine, il y avait une vie sans histoire et à leur tour ils se trouveront face au même dilemme. Poseur de bombe ou conteur ? La vie n’a jamais été un cadeau ou pour bien parler comme les historiens, un présent. Depuis le début des temps, c’est la fonction des conteurs d’en fabriquer un et d’en faire cadeau au futur en lui faisant accroire que c’est son passé.

Dieu était-il à Trois-Pistoles ?

Ce qui nous amène à la question qui est sur toutes les lèvres 0 Si Dieu est un conteur émérite était-il présent cette année au sixième Festival de contes et de récits de la francophonie qui s’est tenu à Trois-Pistoles du 10 au 14 octobre ? Qu’on se rassure tout de suite, parole de président d’honneur ! Sa présence s’est fait encore une fois sentir non seulement partout et nulle part, mais un peu plus partout que nulle part, ce qui, avouons-le, est de sa part un endossement exceptionnel du Rendez-vous des grandes gueules sous différents pseudonymes 0 Michel Faubert, Catherine Gaillard (Suisse), Mike Burns (tradition irlandaise), Michel Leblond, Brigitte Fauchoux (tradition bretonne), Marc Laberge, Nicole O’Bomsawin (tradition abénaquise), Antoine Patigny (Belgique), Florant (France), Julie Beauchemin, Claudette L’Heureux, Luc Perron, François Lavallée, Mathieu Lippé et Fred Pellerin, sans oublier Gilles Garand à l’accordéon et aux harmonicas, Laura Risk au violon, Peter Senn à la guitare et le câlleur Gérard Morin.

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