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Où sont passés les pacifistes québécois ?
N° 213 - octobre 2002

Les images d’une résistance
Gabriel Anctil

Squat !



Squat est un film nécessaire, puissant et beau, réparateur. Un film qui fait du bien à voir, qui soulage. Rappelez-vous l’été 2001 0 en pleine crise du logement, une cinquantaine de jeunes et de moins jeunes, de mal-logés ou de sans-abri prennent courageusement d’assaut un bâtiment désaffecté de la rue Overdale. Commencera alors une longue lutte pour le droit au logement, à la dignité et à la différence. Quelques jours plus tard, grâce à un maire Bourque en campagne électorale, la ville leur propose de s’installer loin du centre-ville, au centre Préfontaine, énorme édifice de la rue Rachel. Ils y resteront alors deux mois avant de se faire expulser à coups de matraque et de charges électriques par les policiers « anti-émeute », grands défenseurs de la propriété privé, lobotomisés, prêts à tout pour plaire à leurs maîtres.

En réalisant ce documentaire engagé, Ève Lamont renouait avec un sujet qui lui était familier et qui lui tenait à cœur 0 elle avait déjà connu et observé des squats à Genève, à Toulouse, à Amsterdam et à New York, et y avait participé à sa façon.

C’était par contre la première fois qu’elle vivait l’expérience à Montréal 0 « Quand les squatteurs ont pris possession du squat d’Overdale, j’étais sur la Côte-Nord. Je ne savais pas encore que j’allais faire un film sur eux mais déjà je me voyais là-bas.

« Ensuite, on m’a invité au squat Préfontaine pour présenter un documentaire que j’avais réalisé sur les femmes squatteuses en Europe (Des Squatteureuses, 1988). C’est à ce moment là que je suis tombée dans le sujet, que j’ai décidé de suivre leur projet et de faire un documentaire sur leur lutte. »

Un lien de confiance s’est développé entre elle et les nouveaux résidents du squat Préfontaine. Ils ont accepté en assemblée générale que le film se réalise avec leur participation. Certains d’entre eux ont même conseillé la réalisatrice au montage, pour faire en sorte que le film reflète vraiment ce qui s’était déroulé.

Une voix aux squatteurs

Parce que la force première du film est de prendre le temps de raconter les faits à travers les mots et les gestes des squatteurs. Loin de l’approche des médias de masse qui les ont condamné sans tenter de les comprendre, le film donne la voix aux squatteurs qu’on apprend à connaître et à respecter.

Un ex-itinérant responsable de la bouffe communautaire, un ébéniste sans emploi et sans logement qui s’occupe des travaux de rénovation, un travailleur au salaire minimum, père de trois enfants, qui n’arrive plus à payer son logement, une jeune mère monoparentale et son fils, une punk qui a connu les squats sauvages, un toxicomane qui veut s’en sortir…

Rapidement on comprend que le squat, en plus d’être un logement fixe et gratuit, est un défi qu’ils doivent relever collectivement, un projet qui les rattache plus que tout à la vie, qui leur donne la force et l’espoir de pouvoir enfin, en dehors des contraintes imposées par le capitalisme sauvage, prouver la viabilité et la nécessité d’une alternative politique à une société où les exclus sont de plus en plus nombreux et de plus en plus pauvres.

Comme l’exprime si bien Ève Lamont, « dans nos société capitalistes, le logement devient un produit de consommation et de spéculation plutôt qu’un droit fondamental. Le squat offre une solution immédiate pour qui doit subvenir au besoin vital de se loger sans qu’on lui en donne les moyens. »

La lutte des squatteurs de Préfontaine rejoint celle de millions de personnes dans le monde qui agissent aujourd’hui, bâtissant dans l’urgence des conditions de vie plus respectables au lieu de quémander pour demain un monde meilleur.

Les médias s’attaque au squat

Squat montre, comme rarement au cinéma, la manipulation des médias qui, tels des chiens enragés, ont littéralement attaqué le squat, s’introduisant, comme les « journalistes » de TQS, à l’intérieur sans autorisation, au nom du droit à l’information et du bien public, jouant les détectives et les policiers zélés en manque de sensations fortes, allant jusque, comme le Journal de Montréal, à prétendre avoir trouvé sur le terrain de la merde humaine et animale.

Les journalistes ont concocté une véritable campagne de salissage, passant d’observateurs à acteurs des événements, demandant clairement au maire Bourque d’expulser ces « punks », détournant le public des véritables enjeux (la crise du logement et le logement social).

« Il y a eu une campagne médiatique superficielle, grossière et caricaturale. Les journalistes se sont retrouvés devant un monde qu’ils ne connaissaient pas et l’ont complètement méprisé, déplore Ève Lamont. Avec ce film, j’ai voulu m’adresser à l’intelligence des gens, ce que les médias ne font pas. »

Le sort de ces squatteurs fut à la hauteur de la campagne de désinformation des médias 0 le 3 octobre, au petit matin, les policiers sortent les occupants du lit et les expulsent sauvagement du squat qui était devenu leur maison.

Plusieurs arrestations et hospitalisations ont lieu. Un peu plus d’un an plus tard, rien n’est réglé, la crise du logement s’est aggravée et les médias gardent encore la population dans l’ignorance.

Pire encore 0 rien n’a été fait pour les anciens squatteurs qui, laissés à eux-mêmes, démolis physiquement et psychologiquement, ont perdu leur logement, leur espoir et leur combat. Ils sont de retour dans la rue, entourés du mépris et de l’inhumanité d’une société égoïste, injuste et sans cœur.

Comme une justice à la lutte

C’est un film à voir, à faire voir comme arme d’autodéfense contre les médias. Tout comme dans cette mémorable scène d’Orange mécanique, les Pierre Bourque, Gérald Tremblay, Michel Prescott, les policiers de l’escouade anti-émeute et les journalistes devraient voir ce film, les yeux grands ouverts, pour réaliser toute la barbarie de leurs rôles, toute l’imbécillité et la profonde répression de leurs gestes.

Répression de vérité et de justice, répression d’espoir, répression de courage, répression de leurs semblables. Un film à voir et à faire voir. Un film d’espoir.

Vive la révolution des images !

Nous sommes les Lucioles. Nous sommes un collectif de vidéastes prêts à tout pour mettre en images la réalité dure et injuste qui nous scandalise quotidiennement, prêts à tout pour prouver la manipulation des médias, prêts à tout pour montrer la force d’une information démocratique et populaire qui prend aussi le courage de proposer.

Dans une démarche qui s’oppose à celle des médias de masse, nous ne croyons aucunement en l’objectivité parce qu’elle est une notion d’absolu qui n’existe pas. Loin de nous la prétention extrêmement manipulatrice de pouvoir, à l’aide d’un jugement sans faille, être les seuls détenteurs de la vérité.

En dehors des cadres institutionnels, nos vidéos ont pour but de créer des discussions, lancer des idées, dénoncer des injustices et proposer des solutions pour une société libre et égalitaire.

Je suis les Lucioles, vous êtes les Lucioles, nous sommes les Lucioles, et nous prenons nos caméras pour défendre les faits et redonner leur voix aux sans-voix, à ceux dont les médias de masse ne parlent jamais, à ces oubliés et ces laissés pour compte qu’ils cachent dans le silence pour mieux nous garder dans l’ignorance.

On dit que c’est assez, qu’il faut briser ce mur du silence et cette pensée unique. On a donc fait des vidéos sur la déportation de ce millier de réfugiés algériens que le gouvernement canadien expulse en ce moment, sur ces étudiants pacifiques de l’Université Concordia qu’on a démonisés lors de la manifestation du 9 septembre dernier alors que les journalistes n’ont pas tout dit, du cas des prisonniers politiques du groupe Germinal qui croupissent en prison pour avoir rêvé d’une société meilleure…

C’est pour eux mais aussi pour vous et avec vous tous qu’on lutte pour proposer une alternative aux bulletins d’information sensationnalistes, réducteurs, bourrés de clichés et de préjugés.

On vous invite donc mercredi le 23 octobre prochain à l’Alizé (900, rue Ontario Est), à 20 h, pour une soirée différente avec une dizaine de courts-métrages, où pour une fois, c’est la population qui a le droit de parole.

Contribution volontaire

Il y aura une projection par mois. Pour information ou pour commander des vidéos 0 leslucioles@ziplip.com.

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