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N° 208 - avril 2002

Les syndicats d'Alcan obtiennent la cogestion de leur caisse de retraite
Pierre Dubuc

Une importante percée



Quand une caisse de retraite de 1,2 milliard $ est administrée par un employeur comme Alcan qui peut décider arbitrairement de ne pas indexer les pensions des retraités et, de façon tout aussi discrétionnaire, de se donner des congés de cotisation, il n'est pas étonnant que ça réagisse. Surtout lorsque les retraités sont au nombre de 4000 et que la moyenne d'âge des 5700 travailleurs actifs est de 48-49 ans.

Car il est bel et bien révolu le temps où les travailleurs décédaient quelques années après avoir pris leur retraite et que les pensions concernaient surtout les veuves et les orphelins. Le vieillissement de la population n'est pas qu'une donnée statistique qui embête les ministres de la Santé. C'est aussi devenu une préoccupation majeure pour les organisations syndicales qui désirent assurer une retraite décente à leurs membres.

Le pouvoir gris syndical

« Ce sont les retraités, avec à leur tête les anciens officiers syndicaux, qui ont été la bougie d'allumage », nous dit Alain Proulx, le président du Syndicat national des employés de l'aluminium à Jonquière en parlant de l'entente intervenue entre Alcan et l'intersyndicale formée de syndicats de la CSN, des Métallos et de la FSSA.

« Les retraités étaient à la merci de l'employeur qui indexait ou pas les rentes selon son bon vouloir », rappelle Proulx pour expliquer la mobilisation des retraités à partir de 1997. Des assemblées publiques réunissant jusqu'à mille retraités ont envoyé un premier signal à l'employeur que le « bon temps » achevait.

Quand le syndicat a accepté d'intégrer trois représentants des retraités, avec droit de vote, à son conseil syndical de 41 membres, et d'en faire siéger un sur son comité de négociation, le message était encore plus clair. Puis, il est devenu limpide lorsque le syndicat a informé l'employeur que la caisse de retraite était sa priorité pour les négociations à venir en 2003.

« L'employeur savait que nous pourrions facilement aller chercher un mandat de grève sur cette question », déclare Alain Proulx en rappelant que le dernier arrêt de travail, en 1995, a coûté 100millions$ US à Alcan. La négociation s'est enclenchée sans plus attendre.

Des congés de cotisations de 200 millions $

Quand les travailleurs décident de voir à leurs affaires, ils font parfois des découvertes malodorantes. En examinant d'un peu plus près les livres, ils se sont rendus compte qu'Alcan prenait des congés de cotisations sous prétexte que les surplus générés par les rendements boursiers suffiraient à rencontrer les obligations actuarielles de la caisse.

« Pour la seule année 2000, relate Alain Proulx, Alcan n'a versé dans la caisse que 6,6 millions $ alors que sa cotisation aurait dû s'élever à 14,1 millions $. C'est un congé de cotisation de 7,5millions $ !!! Notre actuaire a évalué à 200 millions $ le congé de cotisations que s'est octroyé Alcan au cours des quinze dernières années !!! » ajoute-t-il, indigné. Alcan s'enrichissait, les retraités s'appauvrissaient !

Diviser pour régner

Réalisant que le « bon temps » achevait – d'autant plus que la loi 102 régissant les régimes de retraite obligeait dorénavant les compagnies à s'entendre avec les syndicats pour obtenir un congé de cotisations – Alcan essaie de semer la division entre les retraités et les travailleurs actifs.

Elle propose aux retraités une formule d'indexation intéressante, mais conditionnelle à ce qu'elle ne soit pas négociée en même temps que le contrat de travail. « Les retraités ont compris que leur intérêt était de lier leur sort à celui des travailleurs actifs, raconte Alain Proulx. Plus de 1200 retraités réunis en assemblée générale ont rejeté à l'unanimité une proposition d'indexation malgré des augmentations allant jusqu'à 25 %. »

Alcan a dû se résigner à retourner à la table de négociations. Quelques mois plus tard, le syndicat est revenu présenter à ses membres une proposition globale comprenant une hausse triplée des cotisations d'Alcan, la constitution d'une réserve de 100 millions $ financée par la compagnie, l'utilisation des surplus générés par les rendements pour l'indexation des prestations, l'amélioration de la retraite anticipée par la réduction des pénalités actuarielles, l'amélioration de la rente de retraite et d'autres avantages.

Une importante percée

Mais le gain le plus spectaculaire est sans doute la parité obtenue dans la gestion de la caisse de retraite. Le syndicat et la compagnie désigneront dorénavant cinq administrateurs chacun. Le conseil d'administration sera complété par un membre indépendant proposé par Alcan mais devant être accepté par le syndicat. Les décisions seront prises au 2/3 des voix, alors que la double majorité s'appliquera pour la politique de placement et les actes de délégation. «Le contrôle important que nous exercerons maintenant sur notre caisse de retraite est du jamais vu au Québec dans le secteur privé », nous dit Alain Proulx.

Comme dans toute négociation, le syndicat a dû consentir un certain nombre de concessions à la compagnie. La convention collective a été prolongée de trois ans, ce qui a été facilement accepté parce que la question du fonds de pension allait de toute façon être la principale revendication syndicale pour la négociation de 2003. La concession la plus importante a été sans contredit l'acceptation par le syndicat de restrictions au plan de partage du travail négocié en 1995. L'ensemble de la proposition de convention collective a été accepté par les travailleurs avec une majorité des deux tiers.

« Nous devons reconnaître, conclut Alain Proulx, que la majorité des objectifs syndicaux que nous nous étions fixés pour cette négociation ont été atteints. Nous y sommes parvenus grâce à la solidarité et à la mobilisation que nos membres, actifs et retraités, ont démontrées. »

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