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Où sont passés les pacifistes québécois ?
N° 213 - octobre 2002

Les syndicats, l’ADQ et les prochaines élections
Pierre Dubuc
Avec ses propositions de système de santé à deux vitesse, de « bons » d’éducation ou de réduction de la taille de l’État, ses déclarations à l’emporte-pièce contre la sécurité d’emploi dans la fonction publique et ses affirmations à l’effet de « ne pas laisser dicter sa ligne de conduite par les syndicats », Mario Dumont oblige lesdits syndicats à considérer sérieusement leur éventuelle implication dans la prochaine compagne électorale.

La politique du pire n’est pas une politique

Plusieurs se demandent si la gauche et le mouvement syndical québécois ne se retrouvent pas aujourd’hui dans une situation analogue à celle à laquelle étaient confrontés leurs collègues ontariens à la fin du mandat du gouvernement néo-démocrate de Bob Rae en 1995. On se rappellera que, déçus de l’adoption par le NPD de politiques à saveur néolibérale, les syndicats ontariens lui ont retiré leur appui, ce qui a laissé la voie libre au parti conservateur de Mike Harris et à sa « révolution du bon sens », une entreprise de démolition à la tronçonneuse des acquis sociaux.

Sommes-nous placés devant une situation similaire ? Notre choix pour les quatre prochaines années se limite-t-il à se faire servir l’huile de ricin néolibérale à la petite cuillère par le PQ ou à en boire toute la bouteille d’un trait avec l’ADQ ? Nous croyons, au contraire, que la gauche et le mouvement syndical peuvent tirer avantage de la situation.

Apprendre de l’exemple ontarien

Les syndicats ontariens avaient fait le pari qu’une défaite du NPD serait, somme toute, bénéfique. Le parti pourrait être épuré des éléments à la Bob Rae gangrenés par le néolibéralisme et reconstruit sur de nouvelles bases. La réaction syndicale et populaire prévisible aux politiques de Mike Harris aurait – croyait-on – un effet régénérateur. La mobilisation a effectivement été au rendez-vous. Des actions de grande envergure, comprenant la fermeture complète de certaines villes lors de grèves générales, ont été organisées. Mais cela ne s’est pas traduit par un renouveau politique. Mike Harris a été réélu en juin 1999 et le NPD n’a pu faire mieux qu’aboutir en troisième place, son nombre de sièges chutant de dix-sept à neuf. Aujourd’hui, les mouvements syndical et populaire sont essoufflés, et il n’y a toujours pas d’alternative politique en vue.

Cela illustre bien que les mouvements sociaux et l’action politique partisane ont chacun leur dynamique propre. Aussi, quand l’Union des forces progressistes (UFP) aborde, en page précédente, la question des tactiques à mettre de l’avant lors des prochaines élections en renvoyant au développement d’un vaste mouvement d’éducation politique, d’un « mouvement populaire à construire », elle parle en dehors du sujet. Qu’on nous comprenne bien. Nous souhaitons ardemment qu’il y ait plus d’éducation politique dans les syndicats et les organismes populaires, et un mouvement dédié à cette cause serait le bienvenu. Mais le débat porte sur l’action politique électorale dont il ne faut surtout pas sous-estimer le rôle éducatif.

Donnons un exemple. Si, au terme de la Marche mondiale des femmes, Françoise David avait appelé à la création d’un nouveau parti politique, avec le capital politique qui était alors le sien, sa crédibilité médiatique, et la mobilisation de milliers de femmes et d’hommes autour du programme de la Marche, le parti qui en serait issu occuperait aujourd’hui le terrain où trône Mario Dumont. Et quel travail d’éducation politique aurait pu faire ce parti ! Beaucoup plus rapidement et plus efficacement que le mouvement populaire à la création duquel appellent aujourd’hui l’UFP et Françoise David.

Pour mille et une raisons, cette occasion historique a été ratée. Mais il s’en présente une autre aujourd’hui que le mouvement syndical devrait saisir. Résumons l’essentiel de la proposition présentée dans les deux derniers numéros de l’aut’journal.

Pour des candidatures indépendantes de gauche ou syndicales

La gauche et le mouvement syndical devraient négocier leur appui au PQ en échange de candidatures indépendantes de gauche ou syndicales dans un certain nombre de comtés « prenables » où le PQ ne présenterait pas de candidat.

Des personnalités bien connues du PQ nous ont fait savoir qu’ils voyaient un intérêt à cette proposition. Mais, bien entendu, si le PQ pense pouvoir obtenir l’appui du mouvement syndical sans devoir faire cette concession, il se gardera de la faire. C’est à la gauche et au mouvement syndical de négocier leur appui éventuel au PQ. Examinons quelle forme pourrait prendre une éventuelle entente.

Dans l’article publié en page 5, l’ex-ministre Robert Burns rappelle les conditions ayant mené à l’adoption de la loi antiscab par le premier gouvernement de René Lévesque 0 une longue série de grèves militantes, l’adoption de propositions en faveur de cette loi dans les différentes instances du PQ et la forte présence de syndicalistes à l’intérieur du PQ et du cabinet. Des conditions qui, manifestement, n’existent plus.

Nous croyons que la forme future de l’alliance entre souverainistes et syndicalistes passe par le scrutin proportionnel et des coalitions entre différentes formations politiques. À défaut de la proportionnelle pour le prochain rendez-vous électoral, nous pourrions en avoir une préfiguration avec une entente entre le PQ et des candidatures de gauche ou syndicales indépendantes.

Au mouvement syndical de relever le défi

Imaginons des députés de gauche ou syndicaux à l’Assemblée nationale. Ils y seraient la voix du monde syndical et populaire, la voix de sans-voix. Les médias ne pourraient les ignorer. Autour d’eux s’articulerait la construction d’une véritable alternative politique progressiste.

Pour différentes raisons, seul le mouvement syndical a le bargaining power nécessaire pour relever ce défi et tirer profit d’une conjoncture politique aussi favorable. Un simple appui au PQ ne ferait que prolonger la morosité ambiante et la politique du pire n’est garante de rien, comme l’a prouvé l’exemple ontarien. Par contre, des candidatures syndicales bousculeraient la donne politique, galvaniseraient le monde syndical et rétablirait un nouveau rapport de forces. La partie est encore à jouer.

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