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Où sont passés les pacifistes québécois ?
N° 213 - octobre 2002

Un consensus à l’arraché
Élaine Audet et Micheline Carrier

Débat sur la prostitution à la Fédération des femmes



Lors de l’Assemblée générale annuelle de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), le 22 septembre 2002, les déléguées en sont arrivé à un consensus pour « décriminaliser les pratiques exercées par les prostituées et les travailleuses du sexe ». Une position, peut-on lire dans un communiqué de la FFQ1, qui se situe « dans le cadre de la lutte contre la violence faite aux femmes ». Après avoir adopté une vingtaine de propositions soumises par le conseil d’administration à la suite d’une tournée provinciale sur la prostitution, l’assemblée a confié au conseil d’administration le soin de former un comité chargé de poursuivre la réflexion sur la nature de la prostitution 0 travail comme un autre ou forme d’esclavage et de violence envers les femmes.

La division des déléguées de la FFQ sur ces deux positions reste entière2. L’appui par d’influentes militantes de longue date, dont Françoise David, à l’utilisation de l’expression travailleuses du sexe, revendiquée comme « identitaire » par Stella, a permis d’inclure les deux formulations, soit celle de prostituées et de travailleuses du sexe, dans ce consensus partiel obtenu à l’arraché. Et ce, malgré l’opposition, notamment, des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (Calacs) et en dépit de l’indécision d’une partie des militantes présentes qui ne semblait pas avoir été préparées pour une telle tournure du débat.

Dans son document de travail3 de février 2002, le Regroupement québécois des Calacs affirmait qu’« en nommant les femmes travailleuses du sexe, on minimise la violence, la pauvreté et l’oppression qui mènent des femmes et des filles à la prostitution et les y confinent. On légitime également l’industrie du sexe comme un secteur économique au lieu de la voir comme un système d’exploitation. » Stella, un groupe d’aide et de défense des droits des « travailleuses du sexe » créé en 1995 s’est prononcé, à plusieurs reprises et dans divers forums, pour la décriminalisation de tous les aspects de la prostitution, y compris pour la décriminalisation des proxénètes et des clients.

Selon le communiqué de la FFQ, les propositions adoptées visent principalement 0

• « la mise en place de service adéquats et l’affectation des sommes nécessaires pour aider les travailleuses du sexe à défendre leurs droits et les protéger ;

• « la poursuite de la réflexion au sein des groupes féministes et la sensibilisation 0 former et éduquer les groupes qui interviennent auprès d’elles ;

• « la décriminalisation des pratiques exercées par les femmes qui font de la prostitution ou tout autre forme de travail du sexe 0 on sait que, légalement, le fait de payer pour un service sexuel n’est pas criminel ; cependant, les policiers peuvent arrêter les travailleuses du sexe pour sollicitation dans la rue, pour avoir amené un client chez elle (sous l’accusation de tenir un maison de débauche), etc. ;

• « la protection des femmes victimes de trafic sexuel à l’international. »

Le conseil d’administration de la FFQ et le mouvement des femmes ont du pain sur la planche pour les prochaines années. Ils auront à établir des priorités et à traiter également, selon leur importance, d’autres questions urgentes telles que la lutte contre la pauvreté et la violence, l’exploitation des immigrantes, les effets de la mondialisation sur les femmes, la mobilisation contre la guerre.

1. Source 0 www.ffq.qc.ca/communiques/comm-23-09-2002-prostit.html

2. Pour plus d'information sur les positions en présence, on peut consulter les références sur le site 0 www.sisyphe.levillage.org.

3. Source 0 www.sisyphe.levillage.org/article.php3?id_article=132

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