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Où sont passés les pacifistes québécois ?
N° 213 - octobre 2002

Robert Burns se souvient de l’adoption de la loi antiscab
Stéphanie Beaupied
Mardi 2 octobre, les travailleurs de Vidéotron manifestent dans la rue. Le lock-out dure depuis des mois et il ne semble pas y avoir de perspectives de règlement à l’horizon. Cela n’empêche pas Pierre-Karl Péladeau de manger 0 ses affaires roulent quand même… avec des scabs parce que Vidéotron tombe sous la juridiction fédérale, qui ne prévoit pas de loi antiscab. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler les circonstances de l’adoption de la loi antiscab québécoise, en 1977. Ce qu’a fait l’ex-ministre péquiste Robert Burns – jusqu’à tout récemment juge au Tribunal du travail – dans l’entrevue qu’il nous a accordée.

Avant l’adoption de la loi antiscab, raconte Robert Burns, qui fut négociateur syndical à la CSN avant d’être élu député péquiste en 1970, les conflits dégénéraient lorsque des briseurs de grèves étaient employés. Les grèves se terminaient devant les tribunaux avec des plaintes au criminel. Entre autres, en 1974, la grève de la United Aircraft, a donné lieu à des excès.

« C’est autour de cette grève que s’est concrétisée la nécessité d’adopter une loi anti-briseurs de grève, rappelle Robert Burns. Il fallait protéger le droit de grève par une loi qui empêcherait les scabs de briser l’équilibre entre les travailleurs et l’employeur. Le droit d’exercer la grève, continue M. Burns, c’est un rapport de force. Et la seule force du travailleur, c’est de pouvoir retirer son travail.

« À Ottawa, précise-t-il, il n’y a pas eu de gouvernement qui ont voulu de cette loi. Regardez qui finance la caisse électorale du Parti libéral du Canada, les grandes entreprises qui y contribuent, ce n’est pas vraiment dans leurs intérêts ! »

Le PQ dans l’temps !

Les années 1970 fourmillent de grèves exemplaires, longues et dures. Les plus connues sont celles de la United Aircraft – aujourd’hui la Pratt & Whitney – (vingt mois), celle de la Firestone et de la Canadian Gypsum à Joliette (dix et vingt mois), de la Robin Hood, de la Westinghouse, de La Presse…

Mais les plus violentes sont sans aucun doute celles où l’on a utilisé des briseurs de grève. « Dans ce contexte, nous explique M. Burns, le Parti québécois, alors dans l’opposition, avait pris l’engagement de faire passer une loi antiscab lorsqu’il arriverait au pouvoir. »

Ce fut chose faite en 1976 et plusieurs anciens syndicalistes firent partie de la députation péquiste et du premier conseil des ministres. Burns se souvient des noms de Pierre Marois, de Guy Bisaillon, ou encore de Guy Chevrette.

« À cette époque, ajoute-t-il, les milieux syndicaux étaient très écoutés tant au Conseil national et dans les associations de comté du PQ qu’au Conseil des ministres. Pour ces raisons, l’adoption de la loi anti-briseurs de grève en 1977 s’est faite sans objection.

« Le PQ n’était pas un parti d’extrême gauche, mais il avait (dans le temps) un préjugé favorable aux travailleurs, comme le voulait l’expression consacrée… »

Selon Robert Burns, « la loi anti-briseur de grève modifiant le Code du travail est la plus importante loi des trente dernières années ».

De son point d’observation au Tribunal du travail, il affirme que « cette loi est sans aucun doute bénéfique et utile aux les deux partis. Elle a assaini l’atmosphère lors des conflits et, après, lors de la reprise du travail. La loi antiscab a rendu de grands services dans les relations de travail. »

La grève de la United Aircraft

Longue de vingt mois, la grève de la United a marqué l’imaginaire québécois. En janvier 1974, 2 500 travailleurs unis de l’automobile et de l’aérospatiale entrent en grève. L’arrogante United Aircraft continue à fabriquer des moteurs d’avions à l’aide de scabs protégés par une milice armée, tout en inondant le syndicat de poursuites judiciaires.

Ça brasse sur les lignes de piquetage et la police intervient souvent. Le conflit dégénère lorsque certains travailleurs retournent à l’usine avec les scabs.

Puis, après seize mois de grève, trente-quatre grévistes réussissent à occuper l’usine de Longueuil. La police intervient, investit les lieux. Les travailleurs sont battus. C’est un massacre. D’ailleurs, l’événement restera dans les annales connu comme « Le massacre des 34 ». Par la suite, les « 34 » seront poursuivis devant les tribunaux.

Le conflit de la United Aircraft a donné lieu à une mobilisation générale d’une grande ampleur en solidarité avec les grévistes 0 manifestations, spectacles, gestes de soutien. Même si les ententes finales furent mitigées, la grève de la United Aircraft est à l’origine de gains syndicaux majeurs, dont évidemment l’adoption de la loi antiscab.

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