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Où sont passés les pacifistes québécois ?
N° 213 - octobre 2002

L’Alliance des profs riposte
Pierre Dubuc

Poursuite de 30 millions



La Cour supérieure du Québec a autorisé un recours collectif réclamé par M. Alfred Gagné au nom de tous les parents de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) pour des dommages compensatoires et exemplaires évalués à 30 millions $ pour les trois jours de grève illégale des professeures de l’Alliance en faveur de l’équité salariale.

Pourtant, rappelle Pierre Saint-Germain, président par intérim de l’Alliance, nous nous étions pliés à une ordonnance du Conseil des services essentiels en mettant en place un plan rattrapage scolaire dans chaque école pour récupérer les trois journées de classe manquées lors de la grève. Le tout à la satisfaction du Conseil des services essentiels, de la CSDM et du Comité central des parents. »

Mais la Cour supérieure a vu les choses autrement et la facture risque d’être salée 0 la réclamation est de 100 $ par jour de grève pour les parents de chacun des 100 000 élèves. L’amende pourrait donc atteindre 30 millions $, soit l’équivalent de 5 000 $ par membre de l’Alliance !

De toute évidence, l’objectif de la Cour supérieure est de casser le syndicat des profs et d’intimider toutes les organisations syndicales du secteur public.

Aux parents de se désister

L’Alliance a décidé de ne pas attendre passivement le jugement. Elle a lancé une campagne invitant les parents à se désister de la poursuite, même si la mécanique pour y parvenir est assez complexe. Il faut savoir que tous les parents sont, bon gré mal gré, associés à ce recours et ont le fardeau de s’en dissocier.

Pour ce faire, ils doivent normalement envoyer, individuellement, une lettre certifiée, au coût de 4 $, au greffe de la Cour supérieure, à l’intérieur d’un délai de soixante jours.

Pour simplifier la procédure et réduire les frais, l’Alliance a produit des formulaires de désistement et des enveloppes pré-affranchies. Les parents qui sont solidaires des professeures de leurs enfants et veulent se désister de ce recours collectif doivent contacter l’Alliance le plus rapidement possible au 514-383-4880.

« Depuis que l’opération est en cours, les lettres de désistement rentrent au rythme de deux cents par jour », explique Pierre Saint-Germain. L’Alliance évalue le nombre de parents concernés à environ soixante mille.

Les tribunaux ont remplacé la police

Plusieurs ne croient pas que les tribunaux condamneront les profs à de telles amendes. Mais il faut se rappeler que le syndicat des chauffeurs d’autobus de la Société de transport de la Rive-Sud de Montréal avait été condamné à verser un montant équivalent à une journée de transport gratuit par suite d’un recours collectif.

D’autre part, nous avons l’exemple récent des membres de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (Fiiq) forcés de payer des amendes mirobolantes pour avoir enfreint la loi 160 suite à leur grève illégale.

Jadis, c’est la police qui mettait fin aux grèves illégales à coups de matraque. Mais, au cours des dernières décennies, les moyens de répression sont devenus plus sophistiqués. Les gouvernements ont mis en place une véritable panoplie de moyens judiciaires qui rendent le droit de grève dans le secteur public à toute fin pratique inopérant.

Au même moment, les tribunaux acquéraient une fausse respectabilité avec l’entrée en vigueur des chartes des droits et libertés. L’idéologie des droits humains s’est imposée. Les juges sont présentés – et souvent perçus – comme impartiaux, honnêtes, objectifs et sans partisanerie politique.

Ne serait-il pas temps que les organisations syndicales questionnent l’appareil judiciaire, critiquent l’idéologie dominante des droits humains et se demandent si – malgré des changements purement cosmétiques – nous ne faisons pas face aujourd’hui comme hier à une justice de classe au service des possédants ?

Pour en finir avec la logique comptable dans l’éducation

Le 3 octobre dernier, la Fédération autonome du collégial (Fac) rendait public le manifeste Pour un monde libre et responsable par lequel les 4 000 professeurs de cégep que la Fédération regroupe à travers le Québec s’engageaient à défendre le droit fondamental à l’éducation contre la marchandisation en cours. Jean-Claude Germain a assuré la lecture du manifeste et partagé avec l’auditoire quelques observations sur le milieu de l’éducation.

Parmi les principaux points du manifeste, soulignons la volonté de « défendre le droit à un enseignement gratuit pour toutes et tous » et l’importance d’« investir dans l’enseignement donné en classe en diminuant le ratio élèves/maître ».

À l’encontre de l’approche « obligation de résultats » en vigueur actuellement au ministère de l’Éducation, la Fac affirme que « les ressources en éducation ne sauraient être déterminées par une simple logique comptable liée au rendement ».

De même, la Fac défend le concept d’une « école du vivre ensemble » par opposition à une « école guerrière dont l’objectif serait d’assurer le triomphe des seuls meilleurs en fonction de critères de performance, de concurrence ou de réussite ».

À la défense des cégeps

Le syndicat enseignant réaffirme dans son manifeste son adhésion à l’objectif qui a présidé à la création de ce niveau d’enseignement original à la société québécoise qu’est le cégep, c’est-à-dire de « rendre l’éducation supérieure accessible à toutes et à tous sans égard au sexe, à l’origine sociale ou à la provenance ».

Pour ces élèves, le manifeste propose une conception large de l’éducation à l’encontre des « contenus hyperspécialisés » ou des « connaissances instrumentales qui subordonnent l’éducation aux besoins du seul utilitarisme économique ».

La Fac se porte également à la défense des conditions de travail de ses membres et plaide en faveur de « la stabilité et de la permanence du corps professoral », ce qui implique que la discipline dans laquelle un prof est spécialisé doit « être reconnue et maintenue comme son principal lien d’appartenance, puisqu’elle affirme son identité professionnelle ».

Le manifeste se conclut sur la conviction des profs qu’« enseigner est une œuvre de mémoire et d’évolution qui nous permet de léguer un héritage commun et de contribuer à la marche de la société et du savoir collectif ».

« On ne forme pas des élèves comme on formate des ordinateurs ; et si on poursuit dans cette voie, on s’expose à ce que les prochaines générations d’élèves subissent le même sort que les générations d’ordinateurs avec lesquelles notre système d’éducation semble les confondre 0 elles seront d’ores et déjà obsolètes dès leur sortie de l’école ou, pour parler administratif, dès leur entrée sur le marché de l’employabilité. » — Jean-Claude Germain

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