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Prostituée, un métier comme les autres ?
N° 212 - septembre 2002

Salut Louis !
Émile Boudreau
Au salon funéraire, après avoir rendu un dernier hommage à Louis, qui repose dans son cercueil, et avoir offert mes condoléances à sa femme, Lucille, et aux membres de sa famille, je rencontre, au hasard de mes déplacements, un certain nombre de personnes qui l’ont côtoyé de près, qui ont travaillé avec lui, et même qui ont eu à l’affronter lors de litiges comme il s’en présente souvent au cours d’une carrière dans le monde des relations de travail. La plupart d’entre eux et elles évoquent des souvenirs, émettent des commentaires sur la personnalité de Louis, sur sa contribution à l’essor de la FTQ et du mouvement ouvrier dans son ensemble, et du rôle important qu’il a joué dans l’évolution de la société québécoise dans le domaine social.

Un des membres de l’équipe de la FTQ au sein de laquelle j’ai eu le privilège de travailler au cours des dernières années de ma propre carrière me dit 0 « Une des choses qui ont fait la force de Louis à la présidence de la FTQ fut qu’il savait reconnaître les compétences au sein des membres de l’équipe, qu’il leur faisait confiance pour mener à bien les dossiers dont ils étaient chargés et qu’il les appuyait de tout le poids de la centrale lorsque nécessaire. »

À mon avis cette remarque exprime, mieux que tout ce qui a été dit sur Louis, la façon dont il a su s’acquitter de la lourde responsabilité qui était la sienne comme président de la centrale. C’est l’histoire de la plupart des grands dossiers auxquels la FTQ a été associée au cours des années.

C’est presque l’histoire, par exemple, du Fonds de solidarité. Qui se souvient des noms des membres de l’équipe très réduite qui a eu l’idée d’un tel fonds et a soigneusement mûri cette idée pour en faire un projet bien documenté avant de la soumettre aux instances décisionnelles de la centrale ? Une utopie, ont dit certains. D’autres, dont Louis, ont écouté. Ils ont pesé le pour et le contre.

En dernière analyse, qui a réussi à convaincre les instances politiques de la centrale qu’il fallait que la FTQ se lance dans cette aventure ? Une idée géniale, porteuse d’avenir, un rêve qui aurait sans doute sombré dans l’oubli sans l’adhésion totale de Louis, dont le poids politique a fait que le rêve de quelques collaborateurs, est devenue une réalité qui demeure l’un des plus beaux héritages que Louis pouvait laisser à la centrale et à l’ensemble de la société québécoise.

Le Fonds de solidarité, c’est Louis. Parce que, dans l’opinion publique et dans l’esprit de la très grande majorité des membres des syndicats affiliés, la FTQ c’est Louis, et Louis c’est la FTQ. Cela, Louis le savait dès le moment de son élection à ce poste à l’automne 1964. Sur le plan politique, il représentait quelques centaines de milliers de travailleurs et travailleuses, mais l’affiliation, qui est facultative, n’était que d’à peine 50 %.

Il fallait corriger cette situation. Il devait donc être un rassembleur, Il l’a été. Magnifiquement. Je dirais même « majestueusement » ! En plus d’être un organisme politique de première importance, la FTQ devait aussi faire la preuve qu’elle pouvait fournir des services à ses composantes, les syndicats affiliés et les conseils du travail. Cela aussi, Louis l’avait bien compris.

Il disait 0 « La FTQ doit faire la preuve qu’elle est utile. Si les syndicats jugent qu’elle est utile, c’est qu’ils la jugent nécessaire. De là, il nous appartient de faire le nécessaire pour devenir indispensable. »

Indispensable ! Louis ne voulait rien de moins pour la FTQ. Sur le plan syndical, bien sûr, par son appui aux syndicats affiliés lorsque ces derniers avaient à faire face à une crise, mais indispensable aussi dans son rôle de composante majeure de la société québécoise.

Et c’est là que s’est révélé l’homme d’État que tous et toutes reconnaissent en lui. Il a su faire de la FTQ un instrument indispensable entre les mains des travailleurs et travailleuses du Québec sur les plans social et politique.

J’ai évoqué le dossier du Fonds de solidarité. Parmi les autres dossiers majeurs, il y a eu celui de la prévention et de la réparation des accidents et des maladies du travail. Personnellement, c’est surtout dans ce dossier que j’ai pu mesurer toute la dimension d’homme d’État du syndicaliste Louis Laberge. Parce que dans ce dossier il fallait agir sur le plan législatif.

Dans le domaine de la prévention, les règlements qui existaient relevaient de plusieurs législations sectorielles, (établissements industriels et commerciaux, construction, mines, etc.) et ils étaient tous totalement inadéquats.

Dans celui de la réparation, c’était l’antique Loi sur les accidents du travail, loi «moisie » s’il en fut, pour utiliser une expression de L’ancien président Maurice Bellemarre.

Le cahier des revendications de la FTQ avait été adopté lors du congrès de la centrale tenu en décembre 1975. C’était sous le régime du Parti libéral.

En novembre 1976 ce fut l’élection du Parti québécois. René Lévesque, le nouveau premier ministre, proclame immédiatement que l’une des priorités de son gouvernement sera la santé et la sécurité du travail.

En mai 1977, à la demande de Louis, je mets fin à une carrière de 26 ans au services du Syndicat des métallos et j’entre au service de la FTQ comme responsable du service « santé et sécurité du travail », un service que la FTQ est tenue de mettre sur pied en vertu de la résolution adoptée au congrès de 1975.

À ce sujet, une anecdote. Lorsque Louis m’avait offert le poste, j’avais posé une condition 0 que l’on m’identifie non pas comme « responsable du dossier», mais comme « directeur du service ». «Ça va mieux pour correspondre avec le patronat, avec les médecins et avec les ministres », avais-je dit.

Louis avait été immédiatement d’accord… «pourvu que tu ne te désignes pas comme président», avait-il dit avec un sourire en coin. C’était une approbation, mais c’était aussi un avertissement… comme j’ai pu m’en rendre compte à quelques reprises par la suite.

Quoi qu’il en soit, à partir du moment où ce dossier est devenu l’un des dossiers majeurs de la FTQ, ce fut la collaboration la plus totale entre le président de la centrale et le directeur du service santé et sécurité du travail. On connaît les résultats.

J’ai parlé du dossier que j’ai le mieux connu et auquel j’ai consacré le plus clair de mon temps pendant les quelques années au cours desquelles j’ai fait partie de l’équipe de la FTQ. Il y a eu d’autres dossiers, dont certains, d’une importance majeure, ont accaparé les efforts de tel ou tel membre de l’équipe et parfois l’implication de tel ou tel syndicat.

Partout, Louis était présent et partout il ne craignait pas de se « mouiller » et de faire sentir le poids politique qui était le sien en tant que président de la FTQ.

Il suffit de regarder un peu en arrière pour réaliser pleinement que ce fut ce genre de direction, de confiance mutuelle et de collaboration qui a fait de la FTQ la plus grande centrale ouvrière du Québec et un « partenaire » à part entière dans les domaines politique et social.

Salut Louis.

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