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Prostituée, un métier comme les autres ?
N° 212 - septembre 2002

Encore 298 ménages sans logement
Patrick Lamoureux

À Montréal



Deux mois après la date fatidique du 1er juillet, la situation ne s’est guère améliorée en matière de logement locatif. Les derniers chiffres en termes de taux d’inoccupation étaient de 0,6 % pour Montréal et Gatineau et de 0,8 % pour Québec. Du côté de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), on nous informe qu’après l’émission des 759 lettres disponibles pour suppléments au loyer il restait 298 ménages sans logis à Montréal, seulement parmi ceux qui étaient éligibles à ce programme.

En fait, le problème n’est pas nouveau et la situation se corse depuis 1997. Le Frapru, qui étudie la question de près, y voit l’effet pervers qu’a pu avoir le retrait des investissements du fédéral dans le logement social en 1994.

D’autre part, l’immobilisme du provincial est d’autant plus déplorable qu’il a coupé sa mesure de supplément au loyer. Cela aurait pour effet de pousser la Ville de Montréal à renvoyer les nécessitants aux CLSC ou aux comités logements de quartier qui ne possèdent pas les ressources nécessaires. Cul de sac.

La solution néolibérale miracle

Pendant que François Saillant, porte-parole du Frapru, fait pression auprès de Jacques Côté, ministre délégué à l’Habitation, l’IEDM publie une étude qui tente de faire contre-pied aux positions défendues par le Frapru.

Franchement néolibérale et miraculeuse, leur étude prône une déréglementation de l’industrie de la construction, un allégement du Code du bâtiment et une altération du mandat et des règles de fixation des loyers de la Régie du logement.

Au téléphone, M. Saillant me rappelait qu’environ 1 % seulement des loyers avait été fixé par la Régie du logement et que les causes de la crise actuelle ne pouvaient donc pas se situer de ce côté. Aussi, il me lançait que, avec son étude, « l’IEDM se tire une balle dans le pied ».

Il y a logement et logement à prix abordable

Il est vrai, en effet, que cette recherche comporte sa part de contradictions et d’hypocrisie. En affirmant pouvoir régler la crise par une déréglementation profitable au secteur privé, l’étude apporte une solution au manque de logements, mais pas au manque de logements à prix abordable.

On peut y lire que, avec la politique de réglementation du prix du loyer de la Régie, « les ménages les plus pauvres sont paradoxalement les plus touchés, car l’offre de nouveaux logements abordable chute rapidement dès que l’on instaure cette politique».

Mais si l’on fait sauter cette politique, les loyers augmentent de sorte qu’il soit payant pour le privé de construire des logements locatifs. Or si c’est payant pour les propriétaires, c’est que ce n’est pas abordable pour les ménages à faibles revenus…

Comment l’IEDM, qui préconise l’approche économique dans l’étude des politiques publiques, résout-il cette contradiction ? Par une intervention de l’État (!) sous forme d’aide monétaire directe aux plus démunis, m’a confié son auteur, Pierre Desrochers, rencontré dans les jolis locaux de l’Institut.

Parallèlement, l’ADQ, qui trouve l’étude intéressante, parle de réduire le rôle de l’État. C’est inquiétant, lorsqu’on pense que, d’après les chiffres de 1996, 273825 ménages locataires devaient dépenser plus de la moitié de leurs revenus en loyer.

Les leçons ontariennes

Au Frapru, où l’on pense, de concert avec la Commission des droits de la personne, en terme de droit au logement plutôt qu’en terme de profit, on défend les qualités et les acquis du logement social en ses différentes formules.

François Saillant rappelle le cas de l’Ontario où, après l’abolition du contrôle des loyers, le taux de logements inoccupés est demeuré très bas et les loyers ont connu une explosion remarquable. Avec des leçons de déréglementation semblables, il y a lieu de poursuivre la lutte pour les logements sociaux, conclut-il.

« Même s’il continue de croire qu’il faut en priorité s’attaquer à la pénurie même de logements locatifs, en accélérant et en augmentant la réalisation de logements sociaux, le Frapru croit que le gouvernement et les autorités municipales ont la responsabilité d’aider les ménages présentement sans logis et ceux qui le deviendront dans les prochains mois. »

À cet effet, les débats de l’automne devront porter, entre autres choses, sur l’option d’un allégement fiscal, avancé par la Communauté métropolitaine de Montréal, de même que sur le nombre de logements sociaux nécessaires (jusqu’à maintenant 8 000), à revoir à la hausse.

A–D–Cul

On pouvait lire dans l’édition du 27 juin de la Presse, sous la plume de Marie-Claude Girard, que l’Action démocratique du Québec défendait sensiblement les mêmes idées en matière de crise du logement que l’Institut économique de Montréal (IEDM). De son côté, François Gaudreau, député adéquiste de Vimont et responsable du dossier logement, confiait au journal que son parti n’avait pas encore de position officielle sur la question. Un air connu ?

Sans trop s’avancer, le député affirme considérer les propositions de l’étude Comment résoudre la crise du logement ? de l’IEDM. Ça aurait pu s’appeler Comment empirer la crise du logement ? mais cela n’empêche pas l’ADQ, du moins son chef, d’adhérer aux grandes lignes de l’étude. Pour l’instant, il est difficile d’en savoir plus sur leur position évasive en matière de logement, car le programme du parti éclipse cette question.

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