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N° 212 - septembre 2002

Les scabs, un autre bienfait du fédéralisme
Gabriel Sainte-Marie

Conflits chez Vidéotron et Sécur



Les conflits chez Vidéotron et Sécur pourrissent depuis de longs mois parce que les entreprises ont recours à des scabs. Le Code du travail du Québec interdit l’utilisation de scabs, mais les activités de Vidéotron et de Sécur sont régies par le Code du travail du Canada.

Depuis le 8 avril dernier, des briseurs de grève remplacent les 1 800 syndiqués du local 2815 les 370 du local 1417 du SCFP–FTQ. Les scabs sont embauchés par des compagnies sous-traitantes. Comme l’explique Yves Lalonde, président du 2815 0 « Même avant le début du lock-out, Vidéotron recourait à la sous-traitance de façon illégale, pour les services d’installation, ou dans les centres d’appel. »

Une fois le conflit amorcé, la sous-traitance devient plus ou moins légale. Le Code du travail canadien permet à l’employeur de se servir de scabs pour atteindre des « objectifs légitimes ». Il lui est cependant interdit d’en faire usage pour miner la capacité de représentation d’un syndicat. Mais nous fait remarquer Yves Lalonde, «l’article de loi est vague et il revient au syndicat de prouver qu’il y a mauvaise foi de la part de l’employeur ».

600 scabs chez Vidéotron

Il y a au moins 600 scabs actuellement impliqués dans le conflit chez Vidéotron, selon Yves Lalonde. De ce nombre, 300 travaillent dans des centres d’appels. « Les effectifs du centre d’appels Joncas, qui appartient aussi à Pierre-Karl Péladeau, ont triplé depuis le début du conflit. »

D’autres compagnies embauchent des scabs pour s’occuper de la facturation, des services technologiques, de l’installation de câbles, de réseaux, ou encore d’ajout de prises. À cela s’ajoutent environ 500 cadres. M. Lalonde note que « les scabs reçoivent de 8,88 à 10 $ l’heure, des salaires bien inférieurs à ceux normalement payés. »

Luc Lavoie déteint sur les scabs

Le climat est tendu sur les lignes de piquetage. « Les scabs nous harcèlent, nous insultent. Les doigts d’honneur sont au rendez-vous. Des briseurs de grève ont foncé sur nous avec nos camions de travail ! » s’indigne Yves Lalonde. «Cette attitude se marie bien avec celle du porte-parole de Vidéotron, Luc Lavoie 0 jeter de l’huile sur le feu. »

Internet est également mis à profit. Le site Jobboom affiche depuis le début du lock-out les postes des employés de Vidéotron. On retrouve les mêmes titres et les mêmes tâches, sans toutefois nommer la compagnie.

Les scabs font pourrir le conflit

L’utilisation des scabs débalance le rapport de force en faveur de la partie patronale. « Avec autant de briseurs de grève, on perd notre arme principale, celle de priver l’employeur du fonctionnement régulier de son entreprise », explique Yves Lalonde . « Sans eux, le conflit serait réglé depuis longtemps. »

Il ne semble pas y avoir d’issue au conflit à court terme. « On est passé de l’espoir avec la médiation au désespoir lorsque Vidéotron s’est retiré de la table », précise-t-il. « Les dernières offres patronales étaient inférieures aux premières. Elles ont aussi été rejetées à quasiment 100 %. »

Le recours aux briseurs de grève et la provocation continuelle de la part des patrons donnent les résultats qu’on connaît (vandalisme, sabotage, etc.), malgré les appels répétés du syndicat à ne pas tomber dans le jeu patronal.

Péladeau à La Presse

Yves Lalonde ne s’étonne pas des entrevues accordées par Pierre-Karl Péladeau à des journaux concurrents comme La Presse 0 « Péladeau se retrouve dans une situations inconfortable. Il est mal pris. Mais il ne bougera pas pour autant, au risque de mettre l’existence de l’entreprise en péril. Il a la tête dure. »

Lorsque Péladeau et Lavoie affirment que les salaires des employés de Vidéotron doivent baisser pour que l’entreprise demeure compétitive, Denis Plante, conseiller syndical et négociateur, réplique 0 « Bell est le principal concurrent de Vidéotron. Leurs travailleurs ont déjà de bien meilleures conditions que les nôtres. »

Dignité et respect n’ont pas de prix

En faisant appel à des briseurs de grève et en ayant recours à la provocation, Pierre-Karl Péladeau joue gros jeu. Pour les travailleurs, la dignité et le respect n’ont pas de prix. Le mépris ne les rend que plus combatifs et plus solidaires.

Quand Desjardins se cache sous les jupes du fédéral

Les 900 employés de la compagnie Sécur, une filiale du Mouvement Desjardins, sont en grève depuis le 5 juillet. « Une trentaine de scabs, loués à des compagnies concurrentes, transportent de l’argent entre les différentes succursales », selon Joscelyn Tremblay, le président du syndicat local 3812 du SCFP–FTQ. De plus, les employées des Caisses populaires sont réquisitionnées pour alimenter les guichets automatiques.

Sécur–Desjardins a profité de la présence de quelques succursales en Ontario pour obtenir d’être régi par les lois fédérales plutôt que provinciales. « La juridiction fédérale permet à l’employeur d’épargner 10 % sur les frais reliés à la CSST. On parle de 800 000 $ d’économies sur six ans », de nous dire Joscelyn Tremblay. C’est un beau cas de fédéralisme rentable.

Le changement de juridiction a également permis de fusionner dix syndicats en un seul. « Certains employés n’ont pas eu d’augmentation depuis 8 ans ; la plupart étaient sans contrat de travail depuis 5 ans », ajoute Joscelyn qui nous rappelle que le salaire maximal d’un employé de Sécur est de 11 $ l’heure. « C’est le salaire d’un livreur de légumes», dit-il. Pourtant, les employés de Sécur véhiculent chaque jour des sommes d’argent importantes au péril de leur vie.

Une autre revendication majeure est la sécurité d’emploi. « 45 % de nos membres travaillent sur appels. On veut que Sécur les engage sous une base régulière, avec un statut de travailleur à temps partiel », explique le président du syndicat.

Des situations inquiétantes

« Depuis le 10 juin, soit près d’un mois avant le déclenchement du conflit, la direction avait déjà embauché ses briseurs de grève », déclare Joscelyn, qui trouve risqué de confier le travail difficile et dangereux des employés de Sécur à des sous-traitants.

« Les scabs sont mal équipés, dit-il. Par exemple, ils n’ont pas de matériel pour communiquer entre eux. De plus, un peu n’importe qui, dont plusieurs étudiants, se retrouvent avec un permis d’arme à feu. Ce qui n’est pas rassurant. »

Depuis le début du conflit, plusieurs problèmes sont survenus selon Joscelyn Tremblay. « Il y a eu des vols à l’interne. On a retrouvé des portes de guichet déverrouillées. Des alarmes partent pour rien. Les interventions sont de deux à trois fois plus longues. Il y a eu quelques cambriolages à Montréal et la Sûreté du Québec a eu vent d’un complot qui aurait pu se dérouler entre Québec et Montréal. »

Le mépris des patrons

Comme chez Vidéotron, le syndicat a déposé une plainte contre l’employeur pour pratique déloyale et réclame que le Code du travail canadien soit amendé de façon à protéger les syndiqués.

De son côté, Alban D’Amours, le président du Mouvement Desjardins, joue à l’autruche et se comporte comme si Sécur était une entreprise indépendante de Desjardins. Fleuron économique du nationalisme québécois, Desjardins a découvert, comme Quebecor, les bienfaits du fédéralisme canadien. Preuve, une nouvelle fois, que le patronat québécois n’a que mépris pour la classe ouvrière québécoise.

Le 10 juillet dernier, les offres patronales étaient rejetées à 99 %. Les grévistes ont occupé pacifiquement les bureaux administratifs de Desjardins et effectué bénévolement un lav-o-thon au bénéfice de la fondation Enfant Soleil. D’autres actions sont à prévoir au cours des prochaines semaines.

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