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Prostituée, un métier comme les autres ?
N° 212 - septembre 2002

La gauche doit se sortir de l’infantilisme politique
Pierre Dubuc

Notre réplique à l’Union des forces progressistes



Notre éditorial « Un plan de match pour bloquer l’ADQ », paru dans le dernier numéro de l’aut’journal, a suscité bon nombre de commentaires, plutôt favorables du côté des membres du Parti québécois et dans le mouvement syndical, mais défavorables du côté de la direction de l’Union des forces progressistes (UFP) dont nous reproduisons le texte en page précédente. Nous voulons ici répondre aux principales critiques formulées par l’UFP.

L’objectif d’un parti politique 0 le pouvoir

Quand on fonde un parti politique, ça doit être en vue de prendre le pouvoir. Sinon, on crée un mouvement d’éducation politique, un groupe de pression ou un club social. Bien entendu, on ne peut espérer prendre le pouvoir à la première occasion, ni même former l’opposition officielle. Mais on doit chercher rapidement à faire élire quelques députés pour assurer notre participation au débat.

Le mode de scrutin uninominal à un tour qui est le nôtre désavantage énormément les tiers partis et les condamne quasiment à la marginalité. C’est pour cela qu’il faut absolument revendiquer une réforme du mode de scrutin.

Mais une telle modification des règles électorales est peu probable avant le prochain scrutin, qui doit avoir lieu d’ici un an. Il y a donc tout lieu de penser que celui-ci se déroulera selon les règles actuelles. Dans ces conditions, quelle doit être la tactique de la gauche ?

On peut vouloir rééditer l’expérience du Parti de la démocratie socialiste (PDS), qui, lors des dernières élections, a récolté, avec 97 candidatures, 0,83 % des suffrages.

Dans un contexte électoral où l’attention des grands médias sera centré sur la « lutte à trois » entre le PQ, le PLQ et l’ADQ, quel score peut espérer l’UFP? Même si elle quintuplait les résultats du PDS, cela demeurerait insignifiant.

Profiter de la dégringolade du PQ

Michel Chartrand ne rate jamais l’occasion de souligner l’effet néfaste et démobilisateur d’une déconfiture électorale de la gauche. « On fait la preuve, dit-il, que nos idées sont impopulaires, alors que ce n’est pas le cas. »

Pour ces raisons, Chartrand propose, depuis plusieurs années, de concentrer nos efforts sur quatre ou cinq circonscriptions, où nous pourrons présenter des candidatures crédibles appuyés par un minimum d’organisation et de ressources financières.

Notre proposition va plus loin. Elle vise à faire élire quelques députés dès la prochaine élection, en tenant compte d’une conjoncture potentiellement favorable avec la dégringolade du PQ dans les sondages.

Au passage, nous ne partageons ni ne comprenons l’analyse de l’UFP, qui prévoit une alliance du PQ avec l’ADQ ! Cela n’a aucun sens. Au contraire, le PQ cherche plutôt à se positionner à gauche, en réhabilitant la social-démocratie et la souveraineté.

Notre proposition est la suivante 0 la gauche et le mouvement syndical devraient troquer leur appui au PQ en échange de l’engagement de ce dernier à libérer un certain nombre de circonscriptions « prenables» pour des candidatures de la gauche.

Nous avons mentionné, à titre d’exemples, Paul Cliche, Françoise David, Roméo Bouchard de l’Union paysanne… Mais on pourrait également envisager des candidatures syndicales.

L’UFP ne voit dans cette proposition que l’appui au PQ qui lui pue au nez. Nous y voyons surtout la possibilité de faire élire des candidatures de gauche qui, une fois à l’Assemblée nationale, pourront y représenter les intérêts des classes ouvrière et populaire. Des députés qui pourront utiliser leur prestige et l’accès aux médias qui l’accompagne pour faire réaliser un bond de géant à la création d’un véritable parti de gauche.

L’art de la politique

Évidemment, il y a des gens qui refusent tout type d’alliance conjoncturelle, alors que tout l’art de la politique est précisément de savoir profiter d’alliances temporaires, circonstancielles, pour faire avancer sa cause.

D’autres n’y sont pas réfractaires en principe. Ils vous justifieront les alliances circonstancielles de Mao avec Tchang Kaï-shek, de Staline avec Roosevelt et Churchill, mais ne leur parlez surtout pas d’une alliance de la gauche avec le PQ !

La direction de l’UFP réduit notre proposition à des « tractations d’états-major », à des « petits deals politicards». À quoi cela rime-t-il ? Si on veut faire de la politique, il faut se doter d’un « état-major » qui ira rencontrer les « états-majors » des autres formations politiques pour explorer les différentes possibilités d’ententes, d’alliances. Si un accord est possible, celui-ci est alors soumis aux différentes instances du parti pour approbation ou rejet. Cela n’a rien à voir avec de « petits deals politicards ».

C’est une pratique courante dans le mouvement syndical où « l’état-major » syndical recherche une entente de principe avec « l’état-major » patronal et le soumet par la suite aux membres.

Comment l’UFP entend-elle se comporter dans le système proportionnel qu’elle revendique à grands cris, où la règle de fonctionnement est précisément les « tractations entre états-majors » pour dégager des majorités sur les questions politiques en jeu ?

Notre proposition cherche à tirer profit d’une conjoncture potentiellement favorable pour la gauche avec les difficultés du PQ et le sentiment très palpable dans le mouvement syndical de vouloir faire « quelque chose » pour bloquer l’ADQ.

L’UFP est-elle prête à relever ce défi ? Sinon, il faudrait envisager des candidatures indépendantes de gauche bénéficiant de l’appui des organisations syndicales favorables à tel plan de match.

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