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Prostituée, un métier comme les autres ?
N° 212 - septembre 2002

L’Union des forces progressistes exige une réforme préalable du mode de scrutin
Molly Alexander* et Pierre Dostie*

En réponse au « plan de match pour bloquer l’ADQ » de l’aut’journal



Dans l’édition de juillet–août 2002 de l’aut’journal, l’éditorial de Pierre Dubuc proposait un plan de match pour bloquer l’ADQ qui ne comprend rien de moins qu’une alliance des progressistes avec le PQ. Celle-ci reposerait sur un engagement ferme de réformer le mode de scrutin et libérerait un certain nombre de comtés « prenables », soit pour l’UFP, soit pour des candidatures indépendantes de prestige. Le mouvement syndical et populaire serait alors enclin à appuyer cette alliance, et le tout, en plus d’éviter une victoire électorale de l’ADQ, paverait la voie à un référendum gagnant.

Il y a belle lurette que le PQ soigne plutôt sa droite

Le PQ a largement investi le créneau néolibéral, principalement au cours de ses deux derniers mandats, se vidant en bonne partie de ses éléments progressistes et contribuant largement à dégoûter les gens de la politique. Nous dénonçons d’ailleurs le pseudo-progressisme de ce parti, les belles paroles des deux côtés de la bouche de ses dirigeants, cherchant à plaire aux capitalistes de New York et à récupérer du même coup le Forum social mondial de Porto Alegre. Plutôt que de s’allier au PQ, il est nécessaire de le démasquer et d’accentuer la rupture avec celui-ci.

L’opération charme prévue à l’automne pourrait bien plutôt renforcer le néolibéralisme du PQ

L’opération de maquillage « progressiste » que veut lancer le premier ministre Landry à l’automne pourrait bien être compromise par la crise interne dans ce parti et la montée d’un courant franchement néolibéral autour de Facal, Legault, Boisclair. Ou encore si jamais un nouvel emballage progressiste est imposé par la vieille garde qui tient – tant par nostalgie que par calcul interne et électoral – à conserver la rhétorique social-démocrate (Landry, Marois, etc.), celui-ci sera marqué d’une division au sein du parti et il ne sera pas perçu comme crédible par la population. Après deux mandats consécutifs au pouvoir, la population jugera incontournablement ce parti à ses actions plutôt qu’à ses promesses de la veille des élections. L’éminence de la défaite électorale ne fera qu’attiser les tensions au PQ. Il nous semble donc plutôt probable que le courant néolibéral, majoritaire, soit plutôt tenté, au gré des « vents dominants «, de faire alliance avec l’ADQ, bien davantage qu’avec les progressistes de l’UFP.

On demande encore aux progressistes de « ne pas diviser le vote »

Cette notion de « diviser le vote » ou « vote utile » est indissociablement liée aux comportements électoraux induits par le mode de scrutin actuel. Voter « pour le moins pire » signifie que l’électorat ne dispose pas d’un véritable choix. Or depuis sa fondation, le PQ promet de réformer le mode de scrutin. Ce qu’il n’a pas fait et ce malgré ses engagements et les mille signaux envoyés par la société civile. Que la direction péquiste cesse de plaider sa propre turpitude et assume. Ils seront d’ailleurs les prochaines victimes, sur le plan de la députation, de l’effet de distorsion de ce mode de scrutin.

La tentative de la direction péquiste de « culpabiliser » la gauche, en invoquant l’argument de la division, est dérisoire. Le résultat des dernières partielles démontrent que le PQ est tout a fait capable de perdre seul les élections aux mains de l’ADQ même lorsqu’il n’y a pas de candidature progressiste… La machine péquiste est de plus en plus incapable de mobiliser. Et pour cause.

Les progressistes doivent compter sur leurs propres bases

Le mirage porté par l’ADQ pourrait se dissiper si la gauche est sérieuse, crédible et visible. L’UFP doit s’efforcer d’être le meilleur critique du programme adéquiste. La direction péquiste sera, soit du même discours de droite, soit trop divisée pour le faire jusqu’au bout. L’UFP représente une véritable alternative et le défi des progressistes est « d’en faire la démonstration sur le terrain » comme le dirait notre camarade Paul Cliche.

C’est en s’appuyant sur la jeunesse et le mouvement antimondialisation que l’UFP consolidera ses premières bases. L’UFP est en rupture avec le néolibéralisme. C’est sur la base de cette rupture, et de ce qu’elle porte en elle d’alternatives, que l’UFP trouve sa raison d’être.

Enfin, la mise en œuvre de la proposition de Pierre Dubuc présuppose 0

• Des tractations d’états-majors au détriment du choix des membres au sein des circonscriptions et

• Que l’électorat péquiste et progressiste potentiel suive les consignes de vote de ces états-majors. Rien n’est moins sûr… Les gens n’aiment pas trop ces petits « deals » politicards.

L’UFP aspire à faire autrement la politique et à le faire maintenant dans ses pratiques démocratiques. Les beaux discours ne leurrent plus les gens, nos actions doivent traduire nos valeurs et nos principes. Autrement, nous faisons du vent comme les autres partis. Nous rejetons cette conception « presse-bouton depuis le sommet » de la politique. Ce serait un beau début de carrière pour l’UFP ! Cela veut dire pour les progressistes qu’il n’y aura pas de raccourci vers le pouvoir électoral. Que le pouvoir, ce n’est pas seulement être à l’Assemblée nationale à tout prix. Que le pouvoir, ce n’est pas un but en soi mais c’est pour en faire quelque chose, quelque chose qui doit être visible maintenant dans la pratique du parti, qui est un avant-goût de ce qu’on veut faire à l’échelle de la société.

Non plus «souveraineté d’abord, démocratie ensuite » mais bien « démocratie d’abord ».

En conclusion, nous pourrions faire une contre-proposition à celle de M. Pierre Dubuc. Il reste quinze mois de gouvernement péquiste avant la fin de son mandat. Il est encore possible de réformer le mode de scrutin en faveur d’une proportionnelle. Cette réforme est une promesse maintes fois faite, puis écartée depuis trente ans. On la ramène aujourd’hui comme une nouvelle promesse ! Or, nous l’avons dit, la population va juger le PQ sur ses réalisations des deux derniers mandats et non sur ses promesses. C’est une loi fondamentale de la politique. Mais si le gouvernement agissait avant la fin du présent mandat, la gauche unie pourrait enfin, lors des prochaines élections, être modestement représentée à l’Assemblée nationale et la démocratie s’en porterait mieux. Même le PQ y gagnerait 0 l’effet de sa prochaine déconfiture électorale sur l’ampleur de sa députation serait en partie contré.

* Vice-présidents porte-parole de l’Union des forces progressistes

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