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N° 212 - septembre 2002

Année de la militarisation de la globalisation
Jacques B. Gélinas

2001



2001 marque un tournant dans la géopolitique mondiale. Le capitalisme global, secoué par l’onde de choc du 11 septembre, rongé de l’intérieur par la cupidité et importuné par la montée de la contestation, a ressenti un pressant besoin, non pas de se réformer, mais de faire appel à l’appareil militaire pour assurer sa protection et sa progression. C’est la militarisation de la globalisation dont les États-Unis ont résolument pris le leadership. Quatre dates emblématiques jalonnent ce changement de cap.

11 septembre — Attentat terroriste contre le World Trade Center et le Pentagone

La jalousie furibonde d’un groupe de desperados a frappé deux des symboles les plus puissants de la capitale de la globalisation triomphante. Ce coup d’éclat d’une extrême perversité, en s’attaquant brutalement à la richesse d’un monde privilégié, a fait apparaître au grand jour l’insoutenable iniquité d’un système qui appauvrit impitoyablement les plus pauvres et enrichi scandaleusement les plus riches.

Le président George W. Bush a fait preuve d’une rare perspicacité dans son analyse à chaud de l’événement 0 « Ils sont jaloux de notre réussite », avait-il lancé. En effet, la civilisation de la technologie et de l’individualisme mercantile est trop fragile pour s’entourer d’un océan de gens en colère.

7 octobre — Début de la guerre sans fin contre le terrorisme

Le pays le plus puissant du monde déploie son formidable arsenal militaire contre l’un des pays les plus désemparés du globe, l’Afghanistan. Et les dirigeants étatsuniens avertissent qu’ils porteront cette guerre dans tous les pays qui abritent des terroristes, c’est-à-dire dans toutes les régions sous-développées où les élites cossues ont dissocié leur destin de celui de leurs malheureux peuples.

Dans les pays riches, les nouvelles lois antiterroriste, votées à la sauvette, serviront à réprimer la contestation montante de la société civile.

Cette campagne d’abord annoncée comme une « croisade », puis comme une « guerre sans fin contre la terreur », vise en somme tous les opposants à la globalisation. Elle vient encadrer militairement un système que ses excès ont rendu exécrable, donc vulnérable. Le discours ne suffit plus à assurer l’adhésion des masses. Les globalisateurs ont recours aux armes.

2 décembre — Implosion de la transnationale étatsunienne Enron

La transnationale Enron s’effondre, emportée par la cupidité de ses dirigeants. Ceux-ci, agissant en complicité avec les plus prestigieuses banques d’affaires et l’une des plus grandes firmes de vérification comptable, ont effectué à leur profit des malversations financières qui ont ruiné la compagnie et dévalisé ses petits salariés. Tout cela en connivence avec la classe politique et les gardiens du temple de la Bourse.

D’Enron à Worldcom, les scandales à répétition qui ébranlent les méga-entreprises ont tous la même racine 0 l’ambition incontrôlée de la global power élite d’accaparer toujours plus et toujours plus vite. Le mot d’ordre 0 « Get rich quick! » L’économiste Paul Krugman a écrit que « le scandale d’Enron, plus que le 11 septembre, constituera une date charnière dans l’histoire de l’Amérique ». En effet, le 2décembre a mis à jour ce mal inhérent au capitalisme global 0 « infectious greed », comme l’a si bien nommé le président de la US Federal Reserve, Alan Greenspan.

20 décembre — Crise du modèle néolibéral et soulèvement populaire en Argentine

En Argentine, un mouvement populaire au-dessus de tous les partis et de toutes les catégories force la démission en cascade de trois présidents indignes. La population en colère, armée de casseroles, rejette en bloc la classe politico-économique qui, en embrassant servilement les dogmes du néolibéralisme, a conduit le pays à la ruine.

L’Argentine en faillite, naguère une des nations les plus prospères de la planète, est la preuve grandeur nature que le FMI et la Banque mondiale, agents de la globalisation, ont engagé les pays du Tiers Monde dans une impasse.

Cette crise démontre le caractère vicieux d’une stratégie de développement fondée sur la libéralisation du commerce, l’investissement étranger incontrôlé et l’endettement extérieur. Elle place par ailleurs la société civile devant un défi inédit, celui de reconstruire un pays sur des bases nouvelles, c’est-à-dire d’inventer des formes novatrices de participation démocratique et d’auto-développement.

Une autre date, non moins significative, marque aussi ce grand tournant de l’an 2001 0 le 30 janvier, ouverture, à Porto Alegre, du premier Forum social mondial où une inquantifiable société civile, venue de tous les coins de la Terre, annonce qu’un autre monde est nécessaire et possible.

Un 11 septembre providentiel

Les auteurs intellectuels des attentats meurtriers du 11 septembre 2001 se sont révélés de bien piètres stratèges. « La règle d’or dans la guerre est de ne point faire ce que ton ennemi souhaite le plus que tu fasses », conseillait un général chinois de l’Antiquité.

À la lumière des événements qui ont suivi, il faut croire que les stratèges terroristes ignoraient cette leçon. Ils ont comblé les dirigeants des États-Unis et les compagnies transnationales (CTN), qui ont rapidement vu le moyen de tirer parti de cette épouvantable tragédie pour effectuer un repositionnement géopolitique et renforcer leur hégémonie.

Concrètement, le tandem EUA–CTN se sert avantageusement de ce nouvel ennemi planétaire, suffisamment dangereux et menaçant, pour donner réponse à sept besoins stratégiques 0

• Besoin pour les États-Unis et leurs grandes pétrolières de se tailler une place prépondérante permanente en Asie centrale, une région riche en ressources énergétiques, au carrefour du Moyen-Orient, de la Chine, de la Russie et de l’Europe ;

• Besoin de légitimer l’intervention militaire étatsunienne partout dans le Tiers Monde, intervention devenue nécessaire pour protéger les intérêts des CTN contre l’exaspération des masses appauvries, de plus en plus « jalouses » du mauvais partage des richesses de la planète ;

• Besoin d’endiguer les flux migratoires en provenance des pays pauvres dont les populations affamées par les politiques globalisatrices du FMI et trahies par leurs propres élites forcent les portes des pays riches dans l’espoir de participer au banquet ;

• Besoin d’alimenter par des contrats importants le complexe militaro-industriel en dépression depuis que l’effondrement du bloc communiste a mis un terme à la Guerre froide ;

• Besoin de justifier un regain de l’aide gouvernementale aux CTN, théoriquement opposées à toute intervention de l’État, mais qui sollicitent constamment son appui financier pour demeurer compétitives dans la jungle globalisatrice ;

•Besoin de rabattre la contestation (« suppressing dissent ») et de refouler par une législation policière, dite antiterroriste, une société civile devenue trop turbulente parce que plus consciente des effets délétères de la globalisation sur l’environnement, la démocratie et les droits sociaux ; et

•Besoin de conférer une nouvelle légitimité à l’actuelle équipe de politiciens de la Maison blanche qui a pris le pouvoir à l’automne 2000 grâce aux dollars électoraux des CTN et à un coup de pouce de la Cour suprême. J.B.G.

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