L'aut'journal
Le samedi 19 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Prostituée, un métier comme les autres ?
N° 212 - septembre 2002

Les femmes ont été trompées
Abby Lippman

Hormonothérapie



La presque totalité d’un essai clinique très publicisé aux États-Unis, au cours duquel on a administré à des femmes en bonne santé un traitement hormonal censé les protéger d’un ensemble de maladies, a été abruptement interrompu, début juillet, lorsque des données ont démontré que la médication testée était dangereuse plutôt que préventive.

Depuis longtemps, et sans recherches solides, l’industrie pharmaceutique a pris ses désirs pour des réalités scientifiques en présentant de façon racoleuse l’hormonothérapie substitutive (HTS) comme une « arme miracle » capable de prévenir les maladies cardiaques de millions de femmes.

Un remède contre-productif

Mais il semble que l’HTS ait plutôt causé ces maladies chez les femmes préalablement en bonne santé s’étant portées volontaires pour cette Initiative pour la santé des femmes – Women’s Health Initiative (WHI) en anglais –, réalisée aux État-Unis.

Et pour tourner davantage le fer dans la « plaie » causée par cette « arme miracle », on a trouvé des preuves que l’hormonothérapie accroît aussi les risques de développement de cancers du sein, d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) et de thromboses.

C’est payer bien cher pour un éventuel soulagement des symptômes de la ménopause, surtout lorsque les femmes peuvent recourir à d’autres options.

D’ailleurs, même la diminution des cas de fracture de la hanche, et de cancer du côlon et du rectum observée chez les participantes ne peut justifier une exposition aux risques inhérents à l’hormonothérapie, alors qu’un régime alimentaire et un programme activité physique régulière constituent une alternative préventive naturelle et sûre contre ces risques.

Une initiative nécessaire

Les groupes de femmes étatsuniennes peuvent s’attribuer le mérite d’avoir lancé le programme d’Initiative pour la santé des femmes. À titre de rappel, ce programme comprend plusieurs études scientifiques, commencées en 1991 et devant s’échelonner sur quinze ans, dont le but est d’explorer des moyens – pharmaceutiques pour la plupart – de prévenir les maladies du cœur, le cancer du colon et du rectum, le cancer du sein et l’ostéoporose, chez des femmes en bonne santé.

Les groupes de défense pour la santé des femmes, inquiets de la médicalisation croissante de la vie des femmes et de la tendance des médecins à promouvoir les «pilules préventives » de tout, des bouffées de chaleur aux trous de mémoire, sans être sûrs de l’innocuité de celles-ci, ont exercé des pressions sur le gouvernement étatsunien afin que celui-ci finance le programme.

Ces groupes étaient convaincus que seule une étude financée par le gouvernement fédéral permettrait d’obtenir des informations qui ne fussent pas biaisées par l’intérêt des compagnies pharmaceutiques. Ainsi, ils ont réussi à démontrer que les femmes ont besoin de ce type d’information pour faire des choix éclairés quant à leur santé.

Sans l’intervention simultanée du Réseau pour la santé des femmes des États-Unis et d’autres organismes, des millions de femmes recevraient encore des ordonnances pour l’HTS, simplement à cause de ce qu’on a appelé «un triomphe du marketing sur la science », l’industrie pharmaceutique ayant dépensé des milliards en publicité pour convaincre le milieu médical et la population étatsunienne des effets miraculeux de ce type de thérapies.

La bonne santé se soigne-t-elle ?

Nous savons maintenant, comme plusieurs le soutenaient depuis longtemps, que l’hormonothérapie ne constitue pas une panacée. Pas même une aide limitée, sauf pour les femmes qui souffrent de symptômes insupportables à la ménopause.

Mais au-delà d’un message clair et direct donné par les résultats de l’étude – ne pas utiliser d’œstrogènes et de progestérone pour combattre les maladies chroniques –, on doit tirer une leçon plus profonde face à ce nouveau chapitre de la colonisation biomédicale de la vie des femmes 0 les pilules peuvent être dangereuses pour les gens en bonne santé !

Et la publicité des compagnies pharmaceutiques, ainsi que leurs autres activités de marketing, constituent une menace sérieuse, potentiellement mortelle, pour la santé et le bien-être.

Les marchés s’inquiètent

Comme on aurait pu s’y attendre, le marché boursier a répondu encore plus rapidement que les médecins aux résultats de l’étude. Quelques heures après son interruption, la valeur de l’action de Wyeth, la compagnie fabriquant le médicament utilisé dans le cadre de l’étude – un médicament qui avait rapporté plus de deux milliards $ de ventes en 2001 – a chuté de 19 %.

Mais comme on pouvait s’y attendre aussi, les dirigeants et les responsables des relations publiques de la compagnie ont immédiatement accouru à la rescousse, arguant que d’autres médicaments compenseraient les pertes de profit de la corporation 0 ce n’est après tout que la combinaison d’œstrogènes et de progestérone qui est mise en cause, mais il reste encore à étudier l’effet des œstrogènes seuls !

Et sans doute d’autres possibilités, qui nous protégeront – en particulier les femmes âgées – de tous les maux dont nous sommes victimes.

Le chant de sirène de l’industrie pharmaceutique

Toutefois, avant de courir à la pharmacie, avant de succomber au chant de sirène de l’industrie et de contribuer, une fois de plus, à l’escalade du prix des médicaments, nous devons prendre le temps d’étudier les autres leçons données par l’interruption de cette étude.

La plus importante est que la prescription de pilules à tort et à travers rapporte des millions aux compagnies pharmaceutiques, mais constitue une médecine dangereuse pour le reste d’entre nous – en plus de faire grimper le prix des médicaments pour tout le monde.

Les femmes sont mal informées, trompées, manipulées par une publicité qui les définit comme étant « à risque » et donc nécessitant des interventions.

Leurs médecins et même la communauté médicale ne sont pas exemptes du contrôle exercé par les compagnies pharmaceutiques sur le contenu des recherches, des revues médicales, des programmes d’éducation permanente, des conférences professionnelles.

Les études subventionnées par les compagnies pharmaceutiques ont pour objectif de découvrir des médicaments qui seront rentables pour les compagnies. Leur publicité et leur marketing ont pour but, non pas d’éduquer, mais de vendre des médicaments aux patients et aux médecins !

Sinon, pourquoi auraient-elles investi plus de 16 milliards $ US l’année dernière pour nous influencer afin que nous utilisions leurs produits ?

En finir avec les médicaments miracles

Il est temps d’en finir avec le mirage des médicaments miracles et des pilules préventives. Nous devons exiger qu’aucun médicament ne soit prescrit à une personne en bonne santé avant que son efficacité et sa sûreté n’aient été testées rigoureusement par des études indépendantes.

Nous devons exiger que le principe de précaution soit fermement appliqué dans l’élaboration de nos politiques concernant la santé et l’environnement.

Et nous devons nous assurer que ce ne sont pas les compagnies pharmaceutiques qui définissent l’ordre du jour dans le domaine de la santé, que des ressources communautaires soient accessibles pour permettre aux femmes – et aux hommes, et aux enfants – de bien se nourrir, de travailler dans des conditions sécuritaires, de faire de l’exercice et d’autres activités physiques, ainsi que de faire l’expérience d’une vie sociale enrichissante. Voilà une posologie éprouvée pour promouvoir la santé et prévenir les maladies !

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.