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Prostituée, un métier comme les autres ?
N° 212 - septembre 2002

À la santé de la famille Desmarais
Pierre Dubuc

Fin de mandat de Chrétien



Lors de sa démission « anticipée », le premier ministre Chrétien a promis de se consacrer « totalement », au cours des dix-huit prochains mois, à des politiques qui tiennent à cœur aux Canadiens. En tête de liste figure le sort qu’il réservera au rapport de la Commission Romanow sur la réforme du système de santé dont on s’attend à ce qu’elle ouvre la porte à une plus grande privatisation. Nous saurons si M. Chrétien avait en tête les intérêts de l’ensemble des Canadiens ou ceux d’une famille bien précise.

Derrière le débat sur la santé se cachent des intérêts obscurs dont ceux des compagnies d’assurance. Ainsi, au cours des dix dernières années, les primes payées aux assureurs privés de personnes (ce qui exclut les assurances habitation et automobile) ont presque doublé, passant de 23,6 à 44,4 milliards $. Elles ont plus que quintuplé au cours des deux dernières décennies… pour le plus grand bénéfice des compagnies d’assurances.

L’État désassure

Seulement au chapitre des assurances de personnes, les compagnies d’assurances s’accaparent 7,1 % du revenu disponible des particuliers au Canada, comparativement à 5,2 % il y a dix ans. Dix-sept millions de Canadiens ont une assurance-vie, soit deux fois plus qu’il y a dix ans.

Du côté de l’assurance-maladie, 23,5 millions de Canadiens sont couverts par une assurance complémentaire, soit presque un tiers de plus qu’il y a dix ans. Tout cela dans un pays soi-disant renommé pour son régime public d’assurance-santé !

Quand l’État privatise certains soins de santé, les compagnies d’assurances rappliquent immédiatement pour offrir un régime complémentaire. En fait, plus du tiers du secteur de la santé est déjà sous l’emprise d’un secteur privé en constante progression.

Les compagnies assurent…

La privatisation accélérée des soins de santé – et l’explosion parallèle des assurances privées – découle de la réduction des budgets provinciaux. Celle-ci s’explique par la diminution draconienne des transferts fédéraux aux provinces orchestrée au cours des dernières années par le tandem Chrétien–Martin à la faveur de la lutte contre le déficit – 24 milliards$ depuis 1995 – et de la campagne pour une réduction des impôts personnels menée tambour battant par les médias et la classe politique.

Qui profite de cette situation ?

Toute désassurance de soins de santé dans le secteur public amène automatiquement les compagnies d’assurances à proposer un nouveau régime complémentaire privé. Aussi, une bonne partie des réductions d’impôts servent à payer les augmentations de primes d’assurances, si bien que les compagnies d’assurances de personnes s’accaparent aujourd’hui de 7,1 % du revenu disponible des particuliers. Nous assistons à un énorme transfert de richesse collective de l’État vers le secteur privé.

Qui en bénéficie ? Des compagnies comme la Great West et la London Life, deux compagnies d’assurances parmi les plus importantes au Canada. Les deux appartiennent à Power Corporation de la famille Desmarais. À chaque trimestre, les résultats financiers de Power Corporation démontrent que les profits de ces deux entreprises sont en bonne partie responsables des bénéfices de la maison mère.

Une affaire de famille

L’an dernier, une commission d’enquête créée par le gouvernement albertain a produit un rapport prônant une plus grande privatisation des soins de santé. Le rapport a fait scandale dans l’Ouest du pays parce que la commission était présidée par l’ancien ministre conservateur Don Mazankowski, qui siégeait en même temps sur le conseil d’administration de la Great West.

Mais cette information n’a jamais été publiée dans les médias traditionnels au Québec. Par exemple, l’éditorialiste André Pratte du journal La Presse a loué les conclusions du rapport Mazankowski sans jamais mentionner que celui-ci était en flagrant conflit d’intérêt, tout comme Pratte l’était d’ailleurs lui-même.

On sait, en effet, que la famille Desmarais est propriétaire de La Presse et de tous les autres quotidiens du Québec, mis à part Le Journal de Montréal et de Québec, et Le Devoir. Aucun des journaux de Power Corporation n’a mentionné que Mazankowski était à l’emploi du patron.

Le danger est grand que le premier ministre Chrétien suive l’exemple de Mazankowski. Rappelons que sa fille a épousé un membre de la famille Desmarais.

Que ceux qui croient que l’arrivée de Paul Martin à la tête du pays changera quelque chose se détrompent. Le principal actif de Paul Martin, la Canadian Steamship Lines, dont les bateaux sont enregistrés dans des paradis fiscaux, lui a été cédé, à la fin des années soixante, par nul autre que Paul Desmarais !

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