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En avant pour le changement !
N° 211 - juillet 2002

¡ Arriba Uribe !
André Maltais
Bien qu’à peine 24 % des Colombiens aient voté en sa faveur, le candidat indépendant d’extrême-droite et va-t-en-guerre Álvaro Uribe a été facilement élu à la présidence de la Colombie, le 26 mai dernier. C’est peut-être là tout ce qui manquait pour parachever l’état de guerre dans le pays et faire déborder la violence chez des voisins préoccupants, tels le Venezuela et le Brésil, que Washington est anxieux d’essayer de déstabiliser.

C'est avec 53 % des votes que le nouveau président et son mouvement « Colombie d’abord » ont été portés au pouvoir ce qui est au-delà des 50 % requis pour être dispensé de second tour.

Mais seulement 10 des quelques 22 millions d’électeurs colombiens ont voté, laissant le nouveau président se débattre avec un taux d’abstention phénoménal de 55 % et une proportion réelle d’électeurs ayant voté pour lui de 24 % !

La guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) avait exhorté la population à ne pas voter en plus de saboter elle-même le fonctionnement et le matériel de quelques bureaux de votation tandis que, durant toute la campagne présidentielle, les paramilitaires de droite des AUC (Brigades d’autodéfense de Colombie) menaçaient et intimidaient des villages et communautés entières afin qu’ils votent massivement en faveur de leur candidat, Álvaro Uribe.

Celui-ci a fait de la guerre contre les guérillas son presque unique cheval de bataille de la campagne. Ex-gouverneur de la province d’Antioquia, il y avait mis sur pied une unité paramilitaire légale cyniquement appelée Convivir (vivre ensemble).

Un million de délateurs

En tant que président, il entend presque doubler le nombre déjà impressionnant de soldats professionnels et d’agents de police colombiens en plus d’établir un réseau d’un million d’informateurs civils à la solde de l’armée.

Quelques heures à peine après l’annonce de la victoire d’Álvaro Uribe, l’ambassadrice étatsunienne en Colombie, Anne Patterson, se déplaçait pour aller féliciter le vainqueur et l’assurer de la collaboration de son pays avec le nouveau gouvernement.

Le 31 mai, Otto Reich (sous-secrétaire d’État pour les affaires interaméricaines) débarquait en Colombie pour rencontrer le nouvel élu. Même si celui-ci n’occupera ses nouvelles fonctions que le 7août prochain, il a aussi rendez-vous à Washington avec le président Bush dès le 20 juin.

« Uribe est déjà dans le trouble», selon Larry Birns de l’organisme indépendant Council for Interamerican Affairs. « Reich a déjà commencé à exiger de lui des résultats concrets sur la question de la guerre contre le terrorisme ».

¡Guerillas si…paramilitaires no!

Le FMI guette aussi le nouveau président dont le pays touchera en décembre prochain la dernière tranche d’un prêt de 2,7 milliards $. Dès le 28 mai, l’organisme s’est dit prêt lui aussi à « collaborer» avec le nouveau gouvernement.

Dès son premier discours, Álvaro Uribe semblait vouloir survoler très vite l’étape des négociations avec les rebelles liant celles-ci à deux conditions dont il sait qu’elles sont impossibles à remplir par les guérilleros 0 un cessez-le-feu unilatéral à la grandeur du pays et un arrêt des kidnappings.

Surtout que ces exigences ne s’adressent pas du tout aux paramilitaires qui, eux, resteront libres de commettre les massacres qui leurs sont typiques, comme celui du 18 mai où une centaine d’entre eux, armés jusqu’aux dents, étaient débarqué dans les villages de San Juan Ite et de La Congoja, établissant des barrages routiers pour ne pas être dérangés dans leur sinistre besogne et coupant le service téléphonique, et s’étaient emparé de plusieurs paysans à partir d’une liste de noms.

Gradué de l’École du meurtre

Trois jours plus tard, l’Association des paysans de la Vallée de la rivière Cimitarra (ACVC) rapportait la mort de quinze des paysans enlevés. Dans son communiqué, l’ACVC précise que l’armée colombienne est très présente dans la région et que, malgré cinq opérations menées depuis le début de l’année, elle n’a jamais affronté ni même inquiété les paramilitaires.

Au contraire, comme s’ils n’avaient rien à craindre et tout à gagner, ceux-ci « se déplacent en permanence le long des routes où il y a des points de contrôle de l’armée ».

L’association paysanne accuse le général Martín Orlando Carreño, chef de la deuxième division de l’armée, d’être responsable des attaques paramilitaires dans la région. Carreño est un gradué de la sinistre École des Amériques où il a suivi, en 1984, un cours intitulé « Opérations conjointes – Amérique latine » et, en 1990, un autre cours intitulé «Commandement et personnel général ».

Par ailleurs, suite à l’élection du candidat préféré des paramilitaires en Colombie, plusieurs analystes latino-américains n’ont pas manqué de souligner le dangereux contraste qui prévaut désormais entre les gouvernements voisins de la Colombie et du Venezuela. Autant, souligne-t-on, l’un est militarisé, défend les valeurs de la droite et est aidé par les Étatsuniens ; autant l’autre est respectueux de la démocratie, défend les valeurs de la gauche et est détesté des mêmes Étatsuniens.

Faire monter la violence

Certains n’hésitent pas à dire que toutes les armes des militaires colombiens auraient pu annihiler les Farc depuis longtemps si Washington n’avait pas des visées dans la région qui nécessitent de «faire monter » la violence à un niveau qui lui permettrait de déborder les frontières colombiennes.

Les visées étatsuniennes consisteraient surtout à « installer après guerre » au Venezuela et au Brésil des régimes plus amicaux pour s’assurer du premier un approvisionnement en pétrole à bas prix et faire du second la puissance régionale pro-étatsunienne qu’il se refuse à devenir.

Ce contraste entre la Colombie et le Venezuela est apparu dès le troisième jour après les élections colombiennes, lorsque Bogota a accordé l’asile politique au meneur civil du coup d’État manqué contre Hugo Chávez, le dirigeant du milieu des affaires Pedro Carmona.

Président pendant deux jours

Carmona s’était réfugié à l’ambassade colombienne à Caracas, le 23 mai, après qu’un tribunal eut statué qu’il disposait d’assez de preuves pour l’accuser de rébellion, crime passible de 20 ans d’emprisonnement.

L’ex-président-du-Venezuela-pendant-deux-jours s’est vu tout de suite accorder un passeport diplomatique qui lui permettra de voyager où bon lui semble sur la planète.

Le Brésil, pour sa part, marche de plus en plus « dans la mauvaise direction » (selon le mot de la conseillère étatsunienne en matière de sécurité, Condoleezza Rice, à propos du Venezuela) puisqu’il semble en voie d’élire un gouvernement de gauche lors des élections présidentielles du 20 octobre prochain.

Au secours, la gauche arrive !

Un sondage du 15 mai dernier donnait 43 % des intentions de vote à Luiz Inácio Lula da Silva, candidat du Parti des travailleurs contre seulement 17 % à son plus proche rival, Jose Serra du Parti social-démocrate du Brésil (au pouvoir).

Même si on est encore loin des élections, la firme de courtage new-yorkaise Goldman Sach conseillait déjà au investisseurs, au début du mois de mai, de réduire leurs avoirs au Brésil et de les transférer au Mexique parce que, «après trois essais à la présidence, Lula semble être parvenu à se gagner l’appui de la gauche modérée, ce qui apparaît suffisant pour lui procurer une victoire dès le premier tour ».

Deux autres firmes de Wall Street, Merrill Lynch et Morgan Stanley Dean Witter, commettaient aussitôt des déclarations similaires qui avaient des répercussions sur la bourse de São Paulo (baisse de 4,08 %) et sur la valeur du real qui atteignait son plus bas niveau depuis novembre 2001.

Les partisans de Lula da Silva à New York (New-yorkais pour Lula) ont réagi par une manifestation devant les bureaux de Morgan Stanley, le 10 mai. La firme de courtage n’a pas aimé ça du tout!

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