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En avant pour le changement !
N° 211 - juillet 2002

Un plan de match pour bloquer l’ADQ
Pierre Dubuc
La triple victoire de l’ADQ de Mario Dumont chambarde le paysage politique québécois. Un parti fédéraliste avec un programme ouvertement néolibéral s’attire un vaste soutien populaire. Cela constitue une menace pour les forces souverainistes et progressistes, mais pourrait également représenter un moment propice pour une nouvelle alliance.

Le Parti québécois doit soigner sa gauche

Au soir de la triple défaite de son parti, Bernard Landry s’est carrément positionné à gauche en rappelant les mesures progressistes récemment adoptées par son gouvernement (équité salariale pour les enseignantes, garderies à 5 $, promesse d’un « revenu de solidarité » pour les bénéficiaires de l’aide sociale) et s’est engagé à combattre le programme néolibéral de l’ADQ.

C’est évidemment mieux qu’une surenchère à droite, mais M. Landry – et le gouvernement du Parti québécois – sont-ils crédibles ? M. Landry a été le plus fervent promoteur du libre-échange et l’un des principaux artisans des politiques du « déficit zéro ». On peut douter que les bonnes intentions exprimées suffisent à ramener la gauche au PQ ou à endiguer la vague en faveur de Mario Dumont.

L’union des forces de gauche doit soigner son punch

La victoire adéquiste constitue également une menace et un défi pour la gauche, qui sort tout juste d’un important congrès. Que la fusion au sein de l’Union des forces progressistes (UFP) de trois partis de gauche soit un important pas en avant, on ne peut en disconvenir. Cependant, la faiblesse de la représentation syndicale, le maintien de la cohabitation de trois partis en son sein, l’absence de leadership reconnu et les réticences devant la joute électorale vont empêcher à court terme l’UFP de constituer aux yeux de l’électorat progressiste une alternative crédible. Plusieurs vont préférer voter PQ pour contrer l’ADQ et un plus grand nombre encore se réfugieront dans l’abstention.

Si la perspective de l’UFP est de présenter des candidatures dans toutes les circonscriptions, elle peut sans doute espérer faire un meilleur score que le Parti de la démocratie socialistes (PDS) qui n’est allé chercher que 0,83 % du vote avec 97 candidatures lors de la dernière élection. Mais ce score, même quintuplé, demeurerait non significatif.

Les seuls alliés du PQ sont à gauche

Le vent de droite qui souffle sur le Québec oblige les forces souverainistes et progressistes à une nouvelle alliance. Cependant, malgré les prétentions contraires de Bernard Landry, le PQ ne peut être le véhicule de cette coalition comme il l’a été au cours des années 1970. Aujourd’hui, la réforme du mode de scrutin est le cadre dans lequel peut se forger l’unité entre souverainistes et progressistes.

Concrètement, cela pourrait prendre la forme suivante. 1) Le PQ s’engage formellement, s’il est élu, à réformer le mode de scrutin et la Commission dirigée par le ministre Jean-Pierre Charbonneau présente des modèles de réforme d’ici le prochain rendez-vous électoral. Évidemment, les promesses ne suffisent plus. 2) Par ailleurs, comme gage de sa bonne foi, le PQ met en pratique l’esprit de la réforme à venir en libérant un certain nombre de circonscriptions « prenables » pour des candidatures de la gauche, soit de l’UFP ou encore des candidatures indépendantes. On peut penser par exemple à des candidatures de Paul Cliche, Françoise David, Roméo Bouchard de l’Union paysanne, etc. Dans un tel scénario, le PQ non seulement ne présenterait pas de candidatures dans ces circonscriptions, mais engagerait ses membres à soutenir les candidatures de la gauche.

En contrepartie, la gauche et, bien au-delà de la gauche politique, l’ensemble du mouvement syndical – dont les acquis sont sérieusement menacés par l’ADQ – s’engagerait à appuyer activement les candidatures du Parti québécois dans les autres comtés.

Les avantages d’un tel scénario sont clairs. Il permettrait de contrer l’ADQ et le Parti libéral. Pour la gauche, ce serait la chance de faire son entrée à l’Assemblée nationale et d’y travailler à la création d’une véritable alternative politique dans le cadre d’une réforme du mode de scrutin. De façon plus générale, nous croyons qu’une telle perspective – par sa nouveauté – stimulerait les troupes souverainistes et progressistes et ouvrirait la voie à un référendum gagnant !

1. Nous en avons expliqué les raisons historiques dans l’aut’journal nº 206, février 2002.

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