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En avant pour le changement !
N° 211 - juillet 2002

L’imm-unité canadienne
François Parenteau
On se scandalise beaucoup, ces temps-ci, de découvrir le nombre de firmes de publicité et de relations publiques qui n’existent qu’en raison des accointances libérales fédérales de leurs patrons ; on s’étonne de l’ampleur de leurs contrats et des pitoyables stratagèmes de facturation utilisés pour nous faire payer à tous plusieurs centaines de milliers de dollars trois copies d’un même rapport bâclé.

Mais tout cela m’apparaît comme un cas patent d’arbres qui cachent la forêt. Même le Bloc, dont c’est supposé être la mission, omet de poser la question. Il demande qui, combien, quand, comment, où, par quel canal, en combien de copies et quelle grandeur de drapeau a été exigée. Ils ne demandent pas pourquoi.

Oui, on sait bien que c’est pour l’unité canadienne. C’est toujours pour l’unité canadienne. Mais il ne serait pas inutile de le faire répéter. Et d’abord, pourquoi l’unité canadienne a-t-elle besoin qu’on la défende avec une telle vigueur et un tel empressement ?

De l’avis de tous les spécialistes, de tous les sondeurs et de tous les monsieur-madame-tout-le-monde que les premiers réussissent à convaincre de la chose, la menace séparatiste, loin d’être un incendie, n’est-elle pas supposée n’être aujourd’hui qu’un petit tas de cendres où ne brûle plus qu’une braise si faible que même en exposant un mâche-mâlo tout près, on ne parviendrait pas à lui donner cette belle couleur dorée qui rappelle la tête des fous de Bassan ?

Les Québécois sont la tare du Canada

Alors pourquoi ? La braise serait-elle plus chaude que ce que l’on veut nous faire croire ? Ou alors c’est que tout ça n’est que prétexte ? C’est ce que semble en penser l’inénarrable Diane Francis, émérite chroniqueuse en Quebec-bashing du National Post.

Elle prétend que le Canada est ici victime des mœurs politiques douteuses des Québécois qui, tant au fédéral qu’au provincial, ont de tout temps été plus enclins à ce genre de trafic d’influences que les purs anglo-saxons au fair-play légendaire.

En passant, admirez comment cette spécialiste des figures de littérature haineuse de bon ton exécute ici un magnifique double-bouclé-piqué raciste 0 ce n’est plus qu’une affaire de bons fédéralistes et de méchants séparatistes, ce sont tous les Québécois qui sont la tare du Canada.

On peut même se demander pourquoi elle ne tire pas la conclusion logique de ses propres propos en suggérant qu’on nous foute à la porte de ce pays que nous ne méritons pas.

Les magouilles du « French power »

D’abord, disons-le tout de suite 0 il n’y a aucune commune mesure entre les magouilles des fédéralistes sous prétexte d’unité canadienne et les petits copinages péquistes. Même si des moyens considérables étaient alloués à la promotion de l’unité canadienne, le Parti québécois s’est toujours opposé à l’utilisation de fonds publics pour faire la promotion de la souveraineté.

Bien sûr, ça ne les empêche pas de dépenser régulièrement quelques millions pour crucifier de braves citoyens sur le fleurdelisé afin de souligner à quel point notre gouvernement travaille pour nous. Mais ça n’accotera jamais les budgets fédéraux récurrents des programmes d’infrastructures, du ministère des Travaux publics et de celui du Patrimoine, le ministère des Drapeaux impudiques.

En fait, je crois que, pour l’essentiel et pour une fois, Diane Francis a raison. Mais elle omet de préciser que ces manigances sont d’abord le fait de politiciens fédéralistes issus du Québec et de leurs amis. Tout ça me fait penser à un livre paru en 1997 sous la plume du sociologue québécois Stéphane Kelly, La petite loterie.

Kelly y étaye la thèse que la Canada a gagné la soumission (apparente) des Québécois par l’octroi de toutes sortes de petits privilèges à une certaine élite politique et économique. En clair, en pays conquis, les premiers à s’enrichir et à prendre du pouvoir sont ceux qui acceptent de collaborer avec le conquérant. Les oisillons affamés qui ouvrent grand le bec pour faire commanditer leurs événements par la feuille d’érable en sont les descendants directs.

Plus on collabore, plus on s’enrichit

Pourtant, la doctrine libérale voudrait nous faire croire qu’il n’y a qu’un peuple au Canada et que personne ne domine personne. Or même le chef du Parti libéral prouve le contraire. Jean Chrétien a déjà fait en entrevue une déclaration qui m’a intriguée pendant des années. Il disait que, lui aussi, il aurait bien aimé qu’on gagne la bataille des plaines d’Abraham mais que, que voulez-vous, on l’avait perdue, qu’il en avait fait son deuil et qu’il fallait aller de l’avant.

Qui ça « on » ? Qui a perdu ? Si un bord a perdu et l’autre gagné, c’est qu’il y a donc deux bords, donc deux peuples, non ? Pourquoi alors leur gouvernement a toujours refusé de le reconnaître ? Et puis n’est-ce pas là l’aveu d’une mentalité de collabo ? Quand on fait carrière en politique, c’est soit pour des idées ou une cause, soit par simple soif de pouvoir ou pour s’enrichir.

Jean Chrétien a depuis longtemps prouvé qu’il n’était pas en politique pour ses idées. Et on peut se demander si l’acceptation d’une défaite comme source d’allégeance au Canada n’encourage pas plutôt les vocations politiques cyniques et profiteuses que la réelle défense des intérêts d’un peuple. Ni de l’autre, d’ailleurs.

Il serait peut-être le temps de le dire aux Canadiens anglais qui se font embrigader dans cette obsession stérile, de leur démontrer que, si le Québec fait toujours partie du Canada, ce n’est que le fait de quelques collabos cyniques qui travaillent avec acharnement à maintenir le système qui leur permet de s’en mettre plein les poches sous l’immunité que leur procure le fait de servir l’unité canadienne. Tous les Canadiens paient pour ça.

Et à voir à quel point le Québec leur apparaît comme une société ethnocentrique et inférieure, le reste du Canada finirait sûrement par trouver que c’est beaucoup trop cher payer et nous laisserait partir sans trop nous embêter. Suffirait juste de leur montrer le vrai montant de la facture.

Et il n’y aurait pas besoin de faire trois copies…

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