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En avant pour le changement !
N° 211 - juillet 2002

Québec doit intervenir !
Pierre Dubuc

Conflit chez Vidéotron



Les 2 200 employés de Vidéotron affrontent, les mains attachées dans le dos, un employeur arrogant, un porte-parole baveux, des scabs, une loi fédérale pro-patronale, des médias tendancieux, la police qui effectue des descentes dans les locaux du syndicat et des tribunaux qui penchent tous du même bord. À Québec, le gouvernement se dit progressiste. Hier, le premier ministre se plaisait à se faire photographier avec les lockoutés de Radio-Canada. Qu’il se « branche » aujourd’hui dans le conflit de Vidéotron d’autant plus qu’il a sa large part de responsabilité.

Dans la très grande majorité, sinon la totalité, des conflits, les syndicats affrontent plus puissant qu’eux. C’est doublement vrai chez Vidéotron. Pour briser le moral des lockoutés, Pierre-Karl Péladeau utilise des scabs, « vend » 650 techniciens à une filiale d’Entourage avec la promesse de conditions de travail et salariales réduites, annonce la vente de deux des trois immeubles que l’entreprise possède à Montréal – ce qui signifie que 540 employés devront se rendre travailler, à l’autre bout du monde, dans le parc industriel de Saint-Hubert.

Le « nationaliste » Péladeau n’hésite pas à se réfugier derrière le Code canadien du travail qui permet l’emploi de briseurs de grève. Le Code québécois, qui l’interdit, ne peut être invoqué, le secteur des communications étant de compétence fédérale. Il faut se rappeler qu’il n’avait pas hésité, jadis, à faire imprimer le Journal de Montréal à Cornwall, en Ontario, pour contourner les lois du Québec.

L’article 94 du Code canadien interdit à tout employeur d’utiliser des scabs « dans le but établi de miner la capacité de représentation d’un syndicat ». Mais comment prouver cela devant un tribunal ? D’autant plus que les tribunaux ont accordé une injonction à Vidéotron limitant le nombre de piqueteurs à douze par entrée, tout en leur interdisant formellement d’insulter les scabs !

Le Bloc québécois a déposé, avec l’appui d’un député néo-démocrate, un projet de loi privé visant à interdire l’utilisation de scabs. Mais, même si elle était votée, la loi ne pourrait s’appliquer qu’aux conflits postérieurs à son adoption, excluant donc Vidéotron.

Le petit baveux

Le porte-parole patronal Luc Lavoie juge que la partie patronale n’a rien à se reprocher. « La loi est la même pour tous, déclare-t-il aux médias. Nous nous conformons strictement à la loi et nous souhaitons du fond du cœur que les employés en fassent autant. » (La Presse, 19 juin)

Devant le Conseil canadien des relations industrielles, qui entendait une plainte pour pratique déloyale et négociation de mauvaise foi, le même Lavoie déclarait que Vidéotron « s’est conduit de façon honorable » et « a œuvré énergiquement et avec imagination à tenter de conclure une convention collective ».

C’est sans doute pour faire preuve de sa « bonne foi » que Luc Lavoie « œuvre énergiquement et avec imagination » à saboter toutes les interventions publiques du syndicat en convoquant le même jour des conférence de presse pour traiter, devant des médias complaisants, le président du syndicat de «tarfuffe et de menteur ».

Le spectre de Steinberg

Pierre Dupuis, le directeur général du SCFP-Québec, auquel est affilié le syndicat de Vidéotron, a traité la Caisse de dépôt de «complice de cette situation » et a demandé une intervention du gouvernement.

La ministre des Finances, Pauline Marois, a répondu 0 « Nous n’intervenons pas, comme gouvernement, auprès de la Caisse. » C’est rire des lockoutés en pleine face. Car c’est un secret de polichinelle, comme l’a rappelé Pierre Dupuis, que « c’est la Caisse qui est allée chercher Pierre-Karl Péladeau pour créer, avec lui, Quebecor Média, qui a ensuite acheté Vidéotron et Média ». La Caisse a investi 3 milliards dans cette aventure dont un milliard, provenant de l’épargne des travailleurs québécois, a été radié des comptes à jamais.

Les syndiqués craignent de voir se répéter le scénario de Steinberg. La Caisse s’était alors associée à un prête-nom, Michel Gaucher, pour prendre le contrôle de Steinberg et vendre les magasins d’alimentation pour se débarrasser du syndicat qui avait la meilleure convention collective du domaine de l’alimentation, le tout afin de rentabiliser ses investissements dans les marchés Provigo et Métro.

Si le spectre d’un nouveau Steinberg se précise, il ne faudrait pas se surprendre qu’il y ait, malgré les mises en garde du syndicat contre toute action illégale, plus de sabotage sur le réseau, et que les syndiqués débarquent en masse dans les locaux du Journal de Montréal et du Journal de Québec, dans librairies Archambault et les autres commerces du groupe Quebecor.

Québec doit donc intervenir avant que les lockoutés, sentant qu’ils n’ont plus rien à perdre, jouent le tout pour le tout et que le conflit ne dégénère.

Le scab

Quand Dieu créa le serpent à sonnette, le crapaud et le vampire, il lui restait de la matière affreuse avec laquelle il créa un scab.

Un scab est un animal à deux pattes doté d’une âme en tire-bouchon, d’une tête d’eau et d’une colonne de gélatine. Où les autres ont un cœur, il porte une tumeur de principes pourris.

Quand un scab passe dans la rue, les hommes lui tournent le dos, les anges au ciel pleurent et le diable ferme les portes de l’enfer pour l’empêcher d’entrer.

Aucun homme ou femme n’a le droit de scabber tant qu’il y a une marre d’eau où noyer sa carcasse ou une corde assez longue pour le pendre. Judas était un gentilhomme comparé à un scab. Pour avoir trahi son maître, il a eu assez de caractère pour aller se pendre. Un scab n’en a pas.

Esaü a vendu son droit d’aînesse à son frère pour un plat de lentilles. Judas a vendu son sauveur pour trente pièces d’argent. Benedict Arnold a vendu son pays pour une promesse de commission dans l’armée britannique. Le scab vend son droit d’aînesse, son pays, sa femme, ses enfants et ses confrères pour une promesse non tenue de son employeur.

Esaü était un traître envers lui-même ; Judas était un traître envers son Dieu ; Benedict Arnold était un traître envers son pays ; un scab est un traître envers Dieu, son pays, sa famille et sa classe.

Jack London, écrivain progressiste étatsunien, (1876–1916)

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