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Le Bloc goes US
N° 180 - juin 1999

Un sommet sur la jeunesse… pour faire face aux vrais problèmes
Dominic Fortin

Le fléau de l'abandon scolaire



Il n'y a pas de doute, et toutes les données statistiques le confirment, le Québec a connu, depuis plus de trente ans, une progression substantielle de la scolarisation des jeunes. Cependant, ce progrès est relatif à bien des égards, car trop de jeunes quittent l'école avant d'obtenir leur diplôme d'études secondaires (DES).

L'échec scolaire, faut-il le répéter, est un problème social inquiétant qui préoccupe les milieux concernés. Avec raison d'ailleurs car, dans certaines écoles du Sud-Ouest de l'Île de Montréal et de la MRC Denis-Riverin en Gaspésie, près de 50 % de jeunes n'obtiennent pas leur DES. Dans l'ensemble du Québec, en 1996, ce taux se situait à 27 %. Toutefois, de façon générale, les études indiquent que le taux d'abandon scolaire est moins élevé dans les grands centres urbains qu'en régions périphériques, quoiqu'on observe depuis plus de dix ans une diminution des disparités régionales.

Quoi qu'il en soit, les milieux où l'on retrouve plus de pauvreté sont ceux où le taux d'abandon prend les proportions les plus dramatiques. Pauvreté et sous-scolarisation s'influencent l'une et l'autre et engendrent l'exclusion des individus et des coûts élevés pour la société. En effet, en 1992, on estimait à quatre milliards ce que coûteraient les cent trente-sept milles jeunes qui, en 1989, avaient quitté l'école, s'ils n'y retournaient pas. De plus, Renée Pinard, professionnelle de recherche en Sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Rimouski, ajoute que " l'absence de diplôme a des conséquences terribles sur la qualité de vie, la santé, l'insertion sociale et professionnelle des individus. " N'ayons pas peur des mots 0 c'est l'avenir de chaque jeune et de l'ensemble de notre société qui est en jeu. Et à cet égard, les régions périphériques sont gravement touchées et leur vitalité s'effrite peu à peu.

L'exode des " cerveaux " et l'abandon scolaire

On parle ici de l'exode des jeunes qui quittent leur région d'origine afin de poursuivre des études postsecondaires et de s'établir dans les grands centres urbains, là où l'on retrouve les plus importantes universités et les futurs employeurs. L'exode enregistré au cours de la décennie 1981-1991 était de 31 % pour les jeunes des huit MRC du Bas-Saint-Laurent. Ces milieux font ainsi face à un cercle vicieux 0 les jeunes qui poursuivent leurs études quittent les régions pour bien souvent ne pas y revenir et ceux qui y restent sont sous-scolarisés. Bien que les solutions doivent émerger des régions elles-mêmes, il n'en reste pas moins que l'ensemble du Québec est interpellé, car l'écart entre les régions périphériques et les grands centres urbains s'accentue et l'éducation, au lieu de le réduire, y contribue et devient un effet pervers de notre développement social.

Un sommet sur la jeunesse

Aussi, la mise en œuvre d'un sommet sur la jeunesse au Québec serait l'occasion de poser les problèmes dans toute leur complexité, en abordant à la fois l'abandon scolaire, l'accès à l'éducation, l'environnement scolaire, l'exode, le suicide, la violence… autant d'aspects qui remettent en question notre capacité à permettre aux jeunes de s'épanouir comme être humain et comme citoyen. Cela devrait être notre première préoccupation.

Le Québec des régions

Quand on s'attarde à quelques indicateurs socio-économiques, on constate assez vite le fossé qui sépare le Québec des régions et les grands centres urbains. À preuve, le taux moyen de chômage en 1998 se situait à 22 % en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et à 13,6 % dans le Bas-Saint-Laurent, alors qu'il n'atteignait pas 10 % dans les régions métropolitaines de Québec et Montréal. Outre l'aspect économique, le déclin démographique de certaines régions est criant. Ainsi, alors que la population totale du Québec augmentait de 34 % entre 1961 et 1991, elle diminuait de 10 % dans le Bas-Saint-Laurent et de 9 % en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. "Quand on quitte une région à 16-17 ans, explique Renée Pinard, l'image qu'on en garde est que c'est une région qui ne permet pas de gagner sa vie. Plusieurs décident de ne pas y revenir. Alors, on perd tous ces cerveaux, toutes ces énergies. Ce sont des jeunes qui, par ce qu'ils sont devenus, par leur niveau de scolarité, pourraient venir améliorer la situation, alors qu'ils vont œuvrer à améliorer d'autres communautés." Le poids démographique de plus en plus faible de ces régions contribue donc à leur décroissance et ce, aux profits des grands centres urbains.

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