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Premier bilan de la grève des infirmières
N° 182 - septembre 1999

Été chaud en Amérique latine
André Maltais

Colombie, Venezuela, Équateur, Brésil



Un vent nouveau semble souffler cet été dans tout le nord de l'Amérique latine. Encouragées par le départ des Américains du Panama et le mouvement populaire qui a porté au pouvoir Hugo Chavez au Venezuela, les populations sont descendues dans les rues comme jamais criant leur colère contre des plans d'austérité qui ne réduisent jamais ni le chômage ni la pauvreté.

Par les temps qui courent, c'est surtout en Colombie et au Venezuela que les chaleurs de l'été donnent des sueurs froides aux Américains! En Colombie, ce n'est pas tellement à cause du traffic de drogues comme essaient de nous le faire croire nos médias, mais surtout parce que la population rejette en masse le modèle néolibéral que tente d'imposer le président conservateur Andres Pastrana.

Surtout aussi parce que, depuis 1964, le gouvernement et les paramilitaires n'arrivent pas à vaincre les deux mouvements de guérilla communistes (Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et Armée de libération nationale (ELN)) malgré une aide militaire américaine continue et colossale.

D'ailleurs, les 31 août et 1er septembre, un "arrêt civique national" a complètement paralysé la Colombie. Vingt millions de travailleurs sont descendus dans les rues des villes pour exiger la fin des politiques de libre marché, un moratoire sur la dette publique du pays, la reprise des pourparlers de paix avec la guérilla et la fin des assassinats (72 dirigeants syndicaux ont été tués en 1998).

La population demandait aussi l'arrêt des négociations entourant l'octroi d'un prêt de trois milliards de dollars par le FMI en échange de nouvelles réformes structurelles créant davantage de chômage, de bas salaires, de transfert de ressources aux régions et de détérioration des programmes d'éducation et de santé publiques.

Chavez, ce nouveau Bolivar

La Colombie traverse déjà sa pire récession depuis 70 ans et compte officiellement 20% de sa population active en chômage.

Au Venezuela, le plus important pays producteur de pétrole du continent américain, ce qui préoccupe les États-Unis c'est l'immense soutien populaire dont jouit le président Hugo Chavez, lui qui se dit " bolivarien " (et même " anti-américain ") et ne cache pas ses ambitions nationalistes et réformatrices.

Les Américains s'inquiètent notamment des mesures drastiques prises par Chavez pour éliminer la corruption (nouvelle constitution, quasi-abolition du Congrès et de la Cour suprême) et de sa politique en matière de pétrole.

Équateur 0 mois de juillet chaud

Mais d'autres pays bougent, notamment l'Équateur et le Brésil. En Équateur, le mois de juillet a été marqué par deux semaines d'un mouvement social d'ampleur nationale. Manifestations gigantesques, blocages routiers, occupations de stations de radio et de télévisions, le mouvement était mené par la Confédération des nations indigènes de l'Équateur (CONAIE).

Des millions de personnes exigeaient l'arrêt des privatisations, la renégociation de la dette externe du pays et la fin d'un accord de collaboration conclu entre le gouvernement de Jamil Mahuad et les militaires équatoriens et américains.

Cet accord prévoit compenser le départ des États-Unis du Panama en implantant une importante base militaire américaine dans le port équatorien de Manta ainsi qu'une série de dix " centres d'entraînement de lutte antidrogue " disséminés dans tout le pays.

Au Brésil, succès de "La marche des 100 000"

Au Brésil, le 26 août, plus de 80 organisations populaires, syndicales et étudiantes ont vu 130 000 personnes répondre à leur "marche des 100 000" dans les rues de Brasilia contre le néolibéralisme et les politiques d'austérité budgétaire du gouvernement de Fernando Henrique Cardoso.

Les gens demandaient la démission du président, une baisse des taux d'intérêt, une renégociation de l'accord de 41.5 milliards de dollars conclu avec le FMI l'hiver dernier et une enquête parlementaire sur les irrégularités entourant la privatisation de l'entreprise de télécoms Telebras.

Pendant ce temps, des groupes de travailleurs agricoles, de "sans terre" et de petits propriétaires terriens campaient autour de l'édifice du gouvernement pour exiger leur part des capitaux qui sortent du pays par milliards de dollars.

La "marche des 100 000" suivait d'un mois les blocages routiers de toutes les grandes villes du pays par les camionneurs protestant contre le prix de l'essence et les péages exhorbitants exigés sur les autoroutes privatisées et une grève victorieuse de 12 jours des métallurgistes du pays forçant Ford à reporter la fermeture de son usine de Sao Paolo qui aurait jeté à la rue plus de 1500 travailleurs.

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