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Premier bilan de la grève des infirmières
N° 182 - septembre 1999

Loi des mesures de guerre à l'iranienne
Élaine Audet
L'Iran a vécu, du 7 au 14 juillet, la semaine la plus chaude depuis le renversement du régime du Chah, il y a vingt ans. Après l'élection, en 1997, du président Khatami avec 70 % des voix et la victoire écrasante des candidatures réformistes lors des élections municipales de mars dernier, les forces intégristes, prises de panique à l'approche des élections législatives en février 2000, ont choisi de jouer la carte des assassinats, de la censure, de la répression brutale, des arrestations massives, de la torture, de l'intimidation judiciaire et paramilitaire.

C'est la fermeture, le 7 juillet dernier, du journal Salam, favorable aux réformes de Khatami, qui a jeté le feu aux poudres et fait spontanément descendre dans la rue plusieurs centaines de protestataires du milieu étudiant. Le régime n'a pas tardé à répondre en investissant l'Université, mettant à sac les dortoirs, jetant des contestataires par les fenêtres, les frappant avec une brutalité inouïe et arrêtant 1500 personnes les jours suivants. Selon le Bureau étudiant de renforcement de l'unité, il y aurait eu cinq victimes dont une femme.

Le lendemain, quelque 20 000 personnes manifestent en réclamant la liberté de presse, la libération des personnes inculpées et le limogeage des responsables policiers. Pour la première fois, la foule lance des slogans hostiles aux plus hauts dignitaires religieux, surtout contre Khamenei, guide suprême de la Révolution islamique, à la tête des forces les plus conservatrices du régime. Des manifestations similaires éclatent dans 15 villes du pays.

Les forces paramilitaires ont carte blanche

Devant l'ampleur de la riposte populaire, le pouvoir interdit les manifestations. Le 12 juillet, quelques protestataires défient l'interdiction et, sous l'œil complaisant des forces policières, des "volontaires" paramilitaires (bassidjis) les attaquent sauvagement à coups de gourdins et de chaînes. La presse locale et étrangère parle d'éléments non étudiants, qualifiés presque unanimement de "durs", de "casseurs", de "provocateurs". Ces commandos "professionnels" frappent et disparaissent aussitôt. Ils s'attaquent au ministère de l'Intérieur, saccagent deux mosquées, brûlent trois banques et deux autobus, endommagent plusieurs voitures, brisent les vitrines des commerces, etc.

Les étudiants se dissocient aussitôt de ces actes violents mais il est trop tard. Le régime s'en servira pour les discréditer ainsi que les forces qui se réclament du président Khatami. Ce dernier condamne la violence qu'il attribue cependant à des groupes étrangers au milieu étudiant et qui auraient intérêt à faire échouer son plan de réformes, alors que les conservateurs en rendent responsables des étudiants manipulés par l'étranger. Cette nuance est de taille alors que certains médias mettent l'accent sur le ralliement de Khatami au pouvoir intégriste.

Qui commandite les casseurs?

Le 14 juillet, les conservateurs font descendre dans la rue une centaine de milliers de personnes dont la plupart émargent aux différentes caisses et fondations d'aide aux "déshérités", aux familles de martyrs, etc. À la suite des tortures subies, quelques inculpés avouent devant les caméras de télévision, travailler pour l'étranger (États-Unis, Turquie, Israël). Mais plus personne en Iran ne croit à la main occulte de l'étranger. Les protestataires savent que ceux qui les ont frappéEs sont commandés de l'intérieur, directement du conseil suprême de la Révolution.

Les tribunaux islamiques interdisent le journal Salam pour cinq ans et son directeur ne pourra exercer son métier pendant trois ans pour avoir posé trop de questions sur la collusion du pouvoir avec les assassins de personnalités intellectuelles et politiques à l'automne 1998. La censure envers les médias resserre chaque jour son étau. Une nouvelle loi sur les délits politiques a été promulguée, le 3 août, faisant un crime politique de toute critique du régime islamique ou de tout contact avec des non-Iraniens. Les organismes internationaux de défense des droits sont intervenus, mais on est sans nouvelles des personnes détenues et les policiers responsables de la répression sont toujours à leur poste. Le comité étudiant reste uni et demande sans répit des comptes au gouvernement.

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