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Premier bilan de la grève des infirmières
N° 182 - septembre 1999

Pour quelques milliards de dignité
Paul Rose
En juin dernier, à quelques jours de la Fête nationale du Québec, le pDS tenait son congrès statutaire. Non seulement le nombre de déléguéEs a-t-il doublé par rapport au dernier congrès en 1996, mais de plus toutes les grandes régions du Québec y étaient représentées (sauf l'Abitibi-Témiscamingue où les déléguéEs inscrits ont été placés devant un empêchement majeur de dernière minute) 0 ce qui est un signe de la bonne santé de notre jeune formation politique. Mais le succès de cette rencontre, combien essentielle à la vie démocratique de tout parti qui se respecte, n'a pas seulement été d'ordre quantitatif.

Si la croissance de nos effectifs et notre percée relativement récente dans tous les coins du Québec ont été largement mises en évidence pendant ces deux journées, c'est en regard de la qualité des questions débattues, des propositions et des résolutions mises aux voix que le congrès a eu le plus de succès.

À l'exécutif national, dix nouvelles figures ont été élues. Au total, il s'agit d'un exécutif des plus représentatifs de l'ensemble des régions du Québec et des différents secteurs de la vie sociale, culturelle et économique québécoise. Les féministes, les défavoriséEs des communautés culturelles, les anglophones progressistes, les petitEs producteurEs de fermes et les artistes du travail autonome, les jeunes et moins jeunes de gauche, les sans travail, les syndicalistes et les militantEs communautaires de la base, tant urbains que ruraux, y sont directement représentés, par leur pair. Les représentantes et représentants des milieux populaires occupent au pDS, contrairement aux partis traditionnels, une place décisionnelle de choix.

Un défi de taille

Les déléguéEs, après en avoir longuement débattu, se sont prononcés en faveur d'une campagne majeure de réinvestissement socio-économique massif d'au moins "10 milliards $" de l'État québécois dans les services publics et para publics, dans les programmes sociaux, dans l'emploi, l'équité et le développement durable0 une somme qui correspond aux surplus accumulés par le Québec au chapitre de ses revenus autonomes (en excluant donc les paiements de transfert du fédéral).

La tâche qui nous attend est donc de taille. Mais le défi est à la hauteur de notre engagement collectif et de notre pertinence comme parti voué essentiellement à la libération nationale et à l'émancipation sociale du peuple québécois en solidarité avec les peuples opprimés de la terre. Une pertinence libératrice accrue, décuplée par la mondialisation du capital, le néolibéralisme galopant de pouvoirs politiques qui troquent leur souveraineté contre la promesse de quelques miettes de pain tombées des mains souillées des valets de queue de la Banque mondiale et du FM. Reconquérir toutes les souverainetés populaires perdues partout où elles l'ont été; affranchir les nations de tous les jougs sans exception puisque, du point de vue des dominés, l'oppression, quelles que soient son origine et sa nature, est totale, unique et omniprésente; opposer à la solidarité du capital la solidarité des peuples, des peuples affranchis comme des peuples opprimés, n'est-ce pas en ce début de troisième millénaire l'essence et l'urgence de toutes les formations politiques de gauche dignes de ce nom?

Contrer le discours dominant du projet de société patronal

Les débats sur la proposition majeure de l'exécutif sortant ont porté, notamment, sur la force du discours "réaliste" néolibéral au Québec et les diverses façons de le contrer avec efficacité.

Au Québec, pendant l'année fiscale courante (1999-2000), les deux gouvernements détourneront plus de 24 milliards $ des fonds publics et les verseront tout de go au service de la dette, en plus clair, dans les poches des magnats de la finance0 5 milliards $ en remboursement direct (capital) et plus de 19 milliards $ en intérêts. Un puits sans fond et sans commune mesure en regard des montants d'origine prêtés par ces mêmes magnats et déjà plusieurs fois remboursés aux "taux du marché". Des taux transformés en de véritables prêts usuraires lors des renégociations captives au moment du terme. Un système de "shyloking" édifié par des firmes financières qui se composent et se décomposent à volonté, au gré des prêts. Ces cartels à numéros sont devenus au cours des dernières décennies de gigantesques pirates internationaux de trésors publics.

Comment de façon réaliste, précisément, pouvons-nous alors laisser piller les fonds de la collectivité, dilapider un après l'autre nos acquis sociaux populaires les plus importants, obliger le peuple québécois à payer aujourd'hui 17 milliards $ de plus en impôts et taxes qu'il y a cinq ans et à "bénéficier" de deux milliards $ de moins en dépenses sociales?

Et tout ça pour casser fatalement le cochon du déficit zéro sur le dos du peuple et engraisser davantage les seuls responsables des déficits accumulés et gonflés artificiellement0 les magnats des banques et du grand capital financier international. Pour ces gouvernements qui ne gouvernent plus, zéro en déficit, au même titre que zéro en mathématiques ou en comptabilité! Tout aussi éphémère et trompeur que le geste de vider le trou d'eau creusé dans le sable de plage sur le bord d'une mer démontée. Un 101 % en magie noire quand en plus le prestidigitateur peut créer l'illusion qu'on peut ralentir et même mater la marée de la dette en jetant l'eau du déficit aux requins de la mer en furie!

Devant les requins faiseurs et suceurs de déficits et de dettes publics, la seule attitude réaliste et raisonnable à adopter n'est-elle pas justement de lutter ensemble pour l'arrêt de ce sacrifice collectif de notre sang et de nos sueurs? N'est-elle pas pour le parti d'oppostion que je représente de mettre de l'avant minimalement la seule position politique défendable devant l'histoire humaine0 le gel des paiements de la dette publique et de ses intérêts!

Voilà une réalité libératrice et émancipatrice qu'un parti indépendantiste, francophone et profondément de gauche peut contribuer à transmettre au cœur de l'antre du nouvel ordre capitaliste mondial qu'est l'Amérique du Nord.

Un projet de société populaire libérateur et réalisable à court terme

Dans cette perspective large, les participants au congrès ont donné mandat au nouvel exécutif et au conseil national de formuler la campagne dite des "10 milliards $" en termes non exclusivement économiques, de ventiler en ordre de grandeur les réinvestissements par secteurs et par régions et, enfin, d'intégrer à la démarche publique, de façon constante et répétitive, l'identification claire de la provenance des ressources financières étatiques mises en cause.

Précisons que les demandes de l'ensemble du secteur public syndiqué, y compris l'affichage de postes et les remplacements prévus à l'entente non respectée du printemps 1998 sur les départs volontaires, ont été évaluées par les centrales syndicales à moins de 1,5 milliard $ en argent neuf. Ce montant global tient compte des retombées en impôts et taxes engendrées par le dégel des salaires. Les sbires néo-libéraux du gouvernement québécois parlent plutôt de 3 milliards $ en argent brut, comprenant cependant les cadres; des données patronales qu'il nous faudra éplucher de plus près. D'autre part, les demandes du milieu étudiant lors des manifestations du printemps étaient estimées par celui-ci à 500 millions $, soit l'équivalent des coupures dont il a été l'objet au cours des cinq dernières années. Quant aux coûts de l'établissement des mesures d'équité salariale pour les femmes, ils ont été établis à 2 milliards $.

En fait, la majeure partie de ce premier 10 milliards $ dégagé du surplus budgétaire et du gel du paiement de la dette de l'État québécois (les deux combinés totalisent un montant de plus de 25 milliards $ de revenus récurrents pour les deux gouvernements ,rappelons-le) pourrait être consacrée0

- au rétablissement des services sociaux vitaux en logement, en santé (notamment dans les centres hospitaliers régionaux, les centres communautaires en santé mentale et de lutte à la violence), en éducation (livres, support et encadrement scolaires et universitaires, programmes de formation, garderies), en environnement (transport public, recyclage, coupe à blanc, budget et personnel accrus au ministère);

- au développement durable en agriculture, en foresterie et en pêcherie, ainsi qu'à la consolidation des organismes de gestion en commun et de coopération;

- au soutien au travail autonome, à la création artistique et aux événements culturels locaux.

De part et d'autre, tous ces réinvestissements se traduiraient, conséquemment, par la consolidation et par la création d'emploi.

Enfin, même si elles ne sont pas directement visées par la campagne, il faudra tout de même, à titre de parti d'opposition, chiffrer de façon plus précise certaines des ressources financières étatiques prévues au programme du pDS et qui pourraient indirectement être mises à contribution dans les débats sur les 10 milliards $. Je pense plus particulièrement aux estimations des recettes tirées de la taxation de biens de grand luxe (autos de collection, bateaux de plaisance, avions personnels, domaines, etc.), à l'impôt minimum aux entreprises capitalistes, aux ajustements fiscaux en rapport avec les gains en capitaux, les profits des banques et autres institutions financières, les opérations boursières et les pénalités imposées aux employeurs responsables de licenciements. La refonte fiscale soulevée ici, même si nous n'en faisons pas une priorité à ce moment-ci, occupera à n'en pas douter une place importante dans le débat devant le discours patronal dominant de "baisse de l'impôt"... des corporations.

... Ensemble

Cependant, je le soulignais dans l'allocution de clôture du congrès, cette campagne du "10 milliard $" d'une portée majeure au Québec en termes de libération et d'émancipation ne pourra être pleinement réalisée que dans la mesure où nous réussirons à aller chercher du sang neuf.

C'est donc un appel pressant à toutes et tous que je fais de rallier cette campagne large que s'apprête à mener, avec toutes les responsabilités que cela impose, le plus important parti d'opposition au néolibéralisme au Québec.

De par sa position, le pDS se doit de mener cette lutte essentielle au moment où le Québec est l'objet de la plus imposante tentative de désarticulation de ses fondements populaires. Laisser à elle-même, notre formation politique n'y pourra pas grand chose. Je vous invite à vous associer à la campagne de toutes les façons dont il vous sera possible0 de l'extérieur ou encore en joignant directement les rangs du parti.

Nous avons fait nos devoirs. Le pDS, en vue de cette campagne nationale, est à compléter la mise en place de ses structures démocratiques de base au plan organisationnel dans l'ensemble des comtés et des régions (ce qui a fait l'objet d'une autre importante résolution au congrès). Seule l'édification de solides associations de comté et de conseils régionaux nous permettra d'assurer une présence publique locale significative partout au Québec.

J'ai la conviction profonde que ce sont les appuis et les engagements concrets des gens de terrain qui feront la différence dans cette campagne.

Disons-le, malgré toute notre bonne volonté, l'ampleur concrète de la campagne sera, pour l'essentiel, celle de l'engagement du monde qui est le Nôtre, celle des moyens de Notre monde.

Celle des moyens que nous avons aujourd'hui et celle de ceux que nous aurons demain ensemble.

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