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Premier bilan de la grève des infirmières
N° 182 - septembre 1999

"Sa politique de prestige ignorait les besoins essentiels de la population" — Michel Chartrand
Propos recueillis par Paul Cliche
"Le long règne de Jean Drapeau à l'hôtel de ville de Montréal, ça ressemblait au cirque de l'empereur Néron0 beaucoup de jeux, mais pas beaucoup de pain". Avec son langage coloré Michel Chartrand décrit la politique de celui qui fut son compagnon de route dans les mouvements nationaliste de la décennie quarante.

"Drapeau était ce genre de politicien nationaliste qui veut sauver la langue française mais qui laisse crever ceux qui la parlent ", dit-il en rappelant qu'il a coupé tout contact avec lui après son élection à la mairie en 1954. Malgré ses promesses réformistes, il est devenu comme les autres politiciens. Les syndicats, qui l'avaient aidé à accéder au pouvoir, nourrissaient certains espoirs, mais ils ont été rapidement déçus. " Il nous avait dit qu'il serait le maire de tout le monde, mais on a vite réalisé qu'il était le maire de la rue St-Jacques ", commente Michel.

C'est d'ailleurs inévitable dans notre démocratie qui n'est pas le produit de la mobilisation du peuple mais de l'organisation de la bourgeoisie. Les pseudo-réformistes, qui veulent faire carrière dans un système semblable, se font vite bouffer par le système. S'ils prétendent le contraire, ils mentent.

Pas différent de Duplessis

À cause de son tempérament conservateur et de sa formation élitiste, Drapeau n'a jamais accordé d'importance aux problèmes sociaux. S'il avait défendu les grévistes de l'amiante devant les tribunaux en 1949, c'était par calcul politique afin que les syndicats lui accordent leur appui lors d'une éventuelle candidature. " Il n'y avait pas de différence entre lui et Duplessis ", estime Michel.

Le bilan a été catastrophique aussi bien dans le domaine du logement social que de l'aménagement urbain. On n'a qu'à songer à la destruction causée par l'autoroute Ville-Marie construite en plein coeur du tissu urbain (5 000 habitations rasées, 20 usines fermées). Selon Drapeau, le centre-ville n'appartenait pas aux résidents qui n'avaient qu'à déménager en banlieue. Il a aussi laissé défigurer la rue Sherbrooke en sacrifiant ses maisons victoriennes à des gratte-ciel. D'ailleurs, c'est cette artère qui devait faire l'objet d'un de ses coups de force les plus célèbres alors que, quelques jours avant les Jeux olympiques de 1976, il a fait démanteler, en pleine nuit, l'exposition Corrid'Art qui bordait la rue sur plusieurs kilomètres. Il s'agissait d'oeuvres d'art contemporaines qui contenaient un volet polémique dénonçant précisément la destruction d'édifices patrimoniaux. " Cela donnait une mauvaise image à la ville " décréta-t-il, tout comme d'ailleurs les taudis qu'il avait fait dissimuler par des panneaux à la veille de l'Expo de 1967.

La folie olympique ou la danse des millions

Et que dire de la folie scandaleuse des Jeux olympiques qui vira au désastre financier0 le montant de 310 millions $ prévus au départ la facture, épongée par Québec pour éviter la faillite de Montréal, atteindra 1 milliard 200 millions $, selon l'estimation de la Commission Malouf qui, après enquête, a blâmé Drapeau comme principal responsable de cette gabegie.

Et dire que Drapeau avait déclaré qu'il " serait tout aussi difficile pour les Olympiques d'avoir un déficit que pour un homme d'avoir un bébé! " Qu'on songe au Vélodrome dont le coût estimé de 17 millions $ est passé à 75 millions $ ; au Village olympique de 30 millions $ à 88 millions $ ; au viaduc de la rue Sherbrooke de 3 millions $ à 16 millions $.

Qu'on songe également à la firme de l'ingénieur Régis Trudeau, un incompétent, qui a reçu le contrat pour superviser la construction du stade sans aucune soumission; ce qui lui a rapporté plus de 7 millions $ même si tout son travail a dû être repris par une autre firme. La raison de ce traitement de faveur0 Trudeau avait construit gratuitement un chalet de près de 160 000 $ à Bromont pour le président du comité exécutif Gérard Niding, il avait versé 10 000 $ à la caisse du Parti civique de Drapeau et il avait donné 220 000 $ à la caisse du Parti libéral de Robert Bourassa de 1973 à 1976! Il partageait aussi un appartement à Québec avec l'éminence grise de Bourassa, son ami Paul Desrochers.

Drapeau a dit pendant plusieurs années qu'il préparait une réponse au rapport accusateur de la Commission Malouf, mais cette dernière n'est jamais venue parce qu'il n'a jamais réussi à le réfuter ni en tout, ni en partie.

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