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Premier bilan de la grève des infirmières
N° 182 - septembre 1999

" Dans le secteur public, nous devons envisager sérieusement le débat sur une grève générale "
Pierre Klépock

Entrevue avec le secrétaire-général du Conseil central de Montréal-CSN



L'aut' journal a rencontré, en août dernier, le secrétaire-général du Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN) qui compte 75 000 membres. Près d'être élu à l'exécutif national au dernier congrès de la CSN en mai 1999 ( il a perdu par 5 votes), Jacques Létourneau est un militant en vue du mouvement syndical, un espoir, "le jeune qui monte" comme on dit familièrement. Devant les politiques néolibérales du gouvernement et des patrons, il propose un syndicalisme de combat pour répondre aux besoins immédiats des travailleuses et travailleurs.

AJ0 Comment s'annonce l'automne pour les négociations du secteur public?

Jacques Létourneau0 Les négociations s'annoncent difficiles et très politiques, car les revendications syndicales, notamment au plan salarial avec le 11,5% sur 3 ans, se heurtent au mur du néolibéralisme. Le gouvernement Bouchard va opposer aux revendications des salariés du secteur public la fameuse réduction des impôts, au détriment du financement des services publics.

C'est vraiment le projet néolibéral, sorti tout droit de la dernière conférence des premiers ministres canadiens. Bouchard s'est rangé du côté des Mike Harris et Ralph Klein sur cette question. Sa direction est claire0 à droite toute. Nous allons devoir construire un bon rapport de force, avec le Front commun CSN-FTQ-CEQ, pour être capable de défoncer le mur du gouvernement et envisager sérieusement le débat sur une grève générale.

AJ0 Quel bilan faites-vous de la grève des infirmières cet été ?

Jacques Létourneau0 Il faut saluer la combativité des infirmières, mais en termes d'évaluation stratégique, elles ont fait la démonstration qu'on ne peut pas, sans Front commun large, faire plier le gouvernement. Ce dernier veut maintenir le cap sur les 5 % d'augmentation salariale sur 3 ans et c'est avec la mobilisation des 415 000 salariés de l'État qu'on peut espérer le faire changer face à nos revendications légitimes.

AJ0 Quelle est votre évaluation du droit de grève au Québec?

Jacques Létourneau0 Dans le secteur privé, on oppose de plus en plus au droit de grève le lock-out, alors que dans le secteur public, il faut regagner ce droit. La grève demeure la seule arme syndicale et politique que la classe ouvrière possède pour se défendre.

Le gouvernement, représentant le capital et les patrons, a tout avantage à légiférer pour nous enlever ce droit fondamental. Le droit de grève rétrécit constamment au Québec, notamment dans le secteur public, et l'État met de l'avant des moyens dissuasifs pour nous empêcher de poursuivre librement notre action syndicale.

AJ0 Avec les pertes d'emplois vertigineuse, les lois du travail devraient-elles prévoir des mesures pour contrer les licenciements collectifs et les fermetures d'entreprises?

Jacque Létourneau0 Il faut que les multinationales et le capital financier ne puissent investir à un endroit et décider le lendemain d'investir ailleurs où la main-d'oeuvre coûte moins cher. Le capital financier se promène quand il veut, où il veut, sans qu'aucune mesure ne vienne le pénaliser. C'est trop facile de fermer une usine, de déplacer la production, de jeter à la rue des milliers de travailleuses et travailleurs. Il y a de la place au Québec pour avoir des législations qui vont permettre de garantir un minimum de droit pour les salariés.

AJ0 Quel bilan faites-vous du partenariat patronal-syndical?

Jacques Létourneau0 Le partenariat ne peut remplacer un syndicalisme militant et de combat. On ne peut pas dire, comme certains essaient de le faire, que le syndicalisme de combat est démodé sous prétexte que la mondialisation nous oblige à faire de la concertation pour maintenir des emplois. On peut travailler sur des convergences, par exemple pour le maintien des emplois, mais s'entendre sur cette finalité ne veut pas dire qu'on s'entend sur tout avec les boss.

Il faut réussir à dégager notre rapport de force pour éviter l'imposition des stratégies patronales. Il faut garder à l'esprit que les patrons n'ont pas les mêmes intérêts que les travailleurs et travailleuses. Les convergences entre les syndiqués sont plus importantes que les convergences avec le patronat.

AJ0 Pour de nouvelles conquêtes sociales, devrait-on se diriger vers un syndicalisme de combat?

Jacques Létourneau0 Je pense que c'est un incontournable. Au cours des prochaines années, si nous voulons être capables de faire avancer nos revendications syndicales, on va être obliger de se mobiliser et de se battre. De plus, même durant les années de concertation, un bon nombre de militantes et militants à la base ont continué à se battre. La réalité nous rattrape et le dernier congrès de la CSN en est un bon exemple. Il y avait une volonté et une détermination de plusieurs membres d'opérer un virage et un changement dans la façon de concevoir l'action syndicale.

Construire une alternative politique

AJ0 Est-ce que le dernier congrès de la CSN a remis en question sa neutralité politique ?

Jacques Létourneau0 Il y a effectivement une remise en question des stratégies syndicales qui se sont développées au cours des dernières années. Le meilleur exemple a été de parler de l'importance de se pencher sur la question de la neutralité politique des syndicats et sur l'importance de construire une alternative politique pour casser le monopole du PQ sur la question nationale. Lorsque la proposition a été faite, elle a été adoptée par une majorité des délégués. Prochainement, on fera donc le débat à l'intérieur de la CSN sur cette question.

AJ0 Vous êtes identifié à l'aile gauche de la CSN. Quel bilan faites-vous des élections du dernier congrès?

Jacques Létourneau0 J'ai été explicite durant le congrès sur mon programme et la façon de voir les choses. D'avoir perdu par 5 voix (679 contre 684) montre que de nombreux délégués étaient clairs sur leurs intentions. C'est une démonstration de la volonté des délégués de vouloir pratiquer un syndicalisme beaucoup plus militant et combatif. Même dans le secteur privé, avec les pertes d'emplois, les illusions sur le partenariat et la concertation sont en train de tomber. Il y a une volonté de la part des militants de voir les dirigeants syndicaux développer des perspectives d'action et de mobilisation.

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