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Premier bilan de la grève des infirmières
N° 182 - septembre 1999

Martial Henry, chômeur "qualifié", dit sa façon de penser au ministre Pettigrew
Dominic Fortin

En Gaspésie



Au printemps dernier, le ministre du Développement des ressources humaines, Pierre Pettigrew, invitait la population de la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie, à exprimer ses doléances au sujet du régime de l'assurance-emploi afin d'ajuster ses politiques. Certains citoyens "en beau fusil" ont répondu à cette invitation pour "se vider le cœur".

Récemment, on prétendait que le taux de chômage de la région du Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine avait chuté à 12,6 %. Le calcul de ce taux ne fait aucune distinction entre ces deux régions administratives. Or, lors de la rencontre en Gaspésie avec les représentants du gouvernement fédéral, Martial Henry, électricien de la construction spécialisé en industrie lourde et travailleur occasionnel, avait un message clair à transmettre et le ton de sa voix était mordant0 "Je suis membre d'une association, dit-il, où il y a 150 000 électriciens et dont 25 à 50 000 ne travaillent pas. Je ne suis pas un chômeur par choix et je ne suis pas un buveur de bière. Se qualifier au chômage en Gaspésie, ajoute-t-il, ce n'est pas un jeu, c'est un exploit pour survivre."

Une diminution trompeuse du taux de chômage

M. Henry a dit au ministre d'un ton indigné0 "S'il vous plaît, voulez-vous bien nous décrocher du Bas-Saint-Laurent. Vous savez bien que les jobs du Bas-Saint-Laurent, ça s'arrête à Rimouski." Ici il faut comprendre que la rémunération assurable de chaque chômeur est établie à partir du taux de chômage de sa région. Ainsi, on pénalise les chômeurs des régions présentant un taux de chômage plus faible. C'est pour cette raison que le statut de région autonome pour le calcul du taux de chômage est revendiqué par la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

De plus, M. Henry ajoute que "ce sont ceux qui ne sont plus qualifiés [réforme oblige…] qui font baisser le taux de chômage. Est-ce une autre astuce pour atteindre les “quotas” de M. Pettigrew ?", s'interroge-t-il. La baisse du chômage dissimule en fait les difficultés d'accès à la nouvelle assurance-emploi pour un grand nombre de citoyens qui ont pourtant contribué aux surplus de la caisse.

Punis pour avoir été en chômage

Cette nouvelle assurance-emploi s'appuie d'ailleurs sur un postulat fort discutable0 le marché du travail a la capacité de réintégrer les chômeurs et ce, dans un délai de moins de 45 semaines (durée maximale de prestations) suivant une perte d'emploi. Ce postulat a justifié la mise en place d'une nouvelle mesure qui réduit le taux de prestations en fonction du nombre de semaines de prestations reçues depuis 5 ans. Dans le jargon gouvernemental, on parle de "règle d'intensité". On enlève 1 % par tranche de 20 semaines de prestations reçues. Le maximum qui peut être retranché est 5 %, ce qui signifie que le prestataire, s'il a reçu plus de 100 semaines d'assurance-emploi depuis 5 ans, n'aura droit qu'à 50 % de sa rémunération assurable moyenne au lieu de 55 %. De cette façon, les chômeurs fréquents, les travailleurs saisonniers vivant surtout en région, sont punis ?

M. Henry est de ceux qui ont contribué à cette récupération sans réussir, malgré les “incitatifs” du ministre Pettigrew, à accéder à un emploi à temps plein. "Depuis 1996, dit-il, j'ai perdu 58 $ par semaine. Cela est dû aux coupures et à la règle d'intensité, en plus des semaines de prestations réduites" (réduction de 5 semaines).

L'indignation laisse place à la rage

M. Henry a également soulevé la question du remboursement des prestations au moment de la Déclaration de revenus. "C'est la goutte qui a fait déborder le vase, affirme M. Henry. C'est un truc qui a été découvert en faisant mes impôts et je pense qu'il n'y a pas beaucoup de personnes au courant." Si votre revenu est considéré élevé par le ministère du Développement des ressources humaines et que vous touchez des prestations d'assurance-emploi, vous devez rembourser ces prestations en tout ou en partie.

Il y a deux seuils de revenu qui s'appliquent. Vous commencez à rembourser dès que votre revenu net atteint 48 750 $ si votre dossier indique 20 semaines ou moins de prestations reçues depuis 5 ans (règle d'intensité). Dans ce cas, le taux de remboursement est de 30 % des prestations reçues durant l'année.

Si votre dossier présente plus de 20 semaines de prestations, vous remboursez dès que votre revenu atteint 39 000 $. Dans ce cas-ci, le taux de remboursement varie de 50 à 100 %. À chaque tranche supplémentaire de 20 semaines de prestations reçues, on ajoute 10 % au taux de remboursement et ce, jusqu'à un maximum de 121 semaines à partir duquel on exige un remboursement de 100 %. "Les chômeurs fréquents sont encore punis. C'est une injustice flagrante!", proteste M. Henry.

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