L'aut'journal
Le dimanche 18 novembre 2018
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Premier bilan de la grève des infirmières
N° 182 - septembre 1999

La FIIQ favorable à un rapprochement avec le Front commun
Pierre Dubuc

Entrevue avec Jenny Skeene



Au moment où s'enclenche la grande négociation du secteur public, quel sera l'impact de la grève illégale de 23 jours des infirmières cet été et de sa fin dramatique sur la mobilisation et la négociation. Un facteur de démobilisation ou, au contraire, un argument décisif en faveur de la nécessité du regroupement le plus large possible pour faire plier un gouvernement coriace. Mme Jenny Skeene, présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), trace pour nous un premier bilan de l'affrontement de cet été.

On se souvient des événements. Une grève illégale des 47 000 infirmières et infirmiers de la FIIQ avec un extraordinaire appui du public. Des infirmières si déterminées qu'elles défient non seulement la loi 160, qui prévoit des coupures de salaires de deux jours par jour de grève, mais également la loi 72 forçant leur retour au travail.

Puis, devant l'intransigeance d'un gouvernement qui refuse de négocier tant que les infirmières sont sur les piquets de grève, la FIIQ réussit la manoeuvre périlleuse d'une trêve de quelques jours pour forcer la négociation. La suite est dramatique0 le comité de négociations parvient à une entente de principe avec le gouvernement, le Comité exécutif et l'assemblée des personnes déléguées en recommande l'adoption, à 60% dans ce dernier cas, mais les membres la rejettent à 75%, tout en décidant de mettre fin à la grève générale.

Comment expliquer un tel renversement? C'est la première question que nous avons posée à Mme Skeene. "Il y avait de véritables gains pour nos membres dans l'entente sur des points particuliers, que ce soit au chapitre de l'affichage de poste, de l'invalidité, de la relativité salariale" affirme-t-elle, "mais il manquait des clauses universelles dont les effets auraient été visibles immédiatment". De plus, elle ajoute à propos des clauses, comme la relativité salariale, qui demandaient des études et dont les résultats n'auraient été connus que plus tard0 "Nos membres n'avaient pas confiance au gouvernement"

Le salaire ne faisait pas partie de la négo

Mme Skeene nous déclare que, contrairement à l'impression véhiculée par les médias, la question salariale ne faisait pas partie de la négociation. "La question du 5% ou plus d'augmentation salariale restait ouverte dans le projet d'entente; il était clair que cela allait être réglé avec les autres composantes du secteur public à l'automne" précise-t-elle. Il en allait de même pour toutes les clauses qui avaient une incidence sur les autres catégories d'employés du secteur public. "Le gouvernement refusait d'ouvrir, dit-elle. Il ne voulait pas donner d'indication à d'autres syndicats".

La négociation a donc porté uniquement sur des clauses spécifiques aux infirmières, mais "vingt-trois jours de grève illégale avaient évidemment fait naître chez les infirmières des attentes qui dépassaient ce cadre" reconnaît Mme Skeene. Ce fut, selon elle, un autre motif du rejet de l'entente.

Protocole de retour au travail

On a beaucoup reproché, dans certains milieux, aux infirmières d'être retournées au boulot sans protocole de retour au travail. Mme Skeene rétorque que, par le passé, il n'y a jamais eu d'amnistie accordée et qu'il était impensable de croire qu'il en serait autrement pour un groupe particulier de syndiquées à la veille des négos du secteur public.

Elle s'empresse toutefois d'ajouter qu'il s'est souvent avéré, par le passé, que les pénalités étaient inapplicables. Elle donne l'exemple des pertes d'ancienneté prévue à la loi 160 qui n'ont jamais été appliquées suite à la grève de 1989. De plus, ajoute-t-elle, "plusieurs administrations locales échelonnent sur une plus longue période de temps les pertes de salaires de 20% et, enfin, les infirmières ont leur propre "protocole" qui prévoit de répartir entre toutes les pénalités qui ont frappé les grévistes".

La nécessité du Front commun?

La leçon qu'il faut tirer du dénouement de la grève et des propos de Mme Skeene n'est-elle pas la nécessité du Front commun le plus large possible? Mme Skeene répond0 "C'est le Front commun qui ne veut pas des indépendants!"

On touche ici au délicat contentieux qui existe entre les grandes centrales syndicales, FTQ, CSN et CEQ, regroupées dans le Front commun, et les syndicats indépendants comme la FIIQ, mais aussi le Syndicat des fonctionnaires (SFPQ), le Syndicat des professionnels (SPGQ), la Fédération autonome du collégial (FAC) et une série d'autres syndicats de moindre importance numérique. Le poids des indépendants n'est pas négligeable. Ils représentent autour de 120 000 membres, alors que le Front commun des grandes centrales en regroupe 275 000.

Cependant, malgré les frictions existant entre ces organisations, Mme Skeene voit le rapprochement possible et nécessaire. "On va être à la même table, avec tout le monde, pour les matières communes comme les salaires, la retraite. En 1996-1997, pour les négociations sur les départs à la retraite anticipés, nous étions à la même table".

D'ailleurs, Mme Skeene reconnaît qu'il y a déjà des contacts avec le Front commun. "Il y aurait intérêt, ajoute-t-elle, à une collaboration plus suivie, une meilleure coordination". Elle conclut0 "Quant l'intérêt commun est en jeu, il y a intérêt à se rapprocher. Nous serons probablement là avec les autres lors du dénouement final, ça c'est toujours fait ensemble par le passé".

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.