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Le FRONT COMMUN est ESSENTIEL
N° 183 - octobre 1999

Le Front commun, un des derniers remparts
Michel Bernard et Michel Chartrand
L'enjeu des négociations du Front commun n'est que secondairement le partage d'un surplus que le gouvernement dissimule. Partout, les salaires stagnent, les travailleurs sont docilisés par la précarisation pendant que le capital explose. La montée générale de l'ultralibéralisme et de sa mythologie économique placent le capital en position de force pour obtenir des réductions d'impôts, la compression de l'État, de sa capacité de redistribuer et de réglementer. L'enjeu est politique, c'est la réduction du pouvoir résiduel des syndicats devant la libéralisation du capital.

Le libéralisme pouvait s'approcher d'une pratique sociale de coexistence quand les résultats de la productivité étaient partiellement partagés avec les travailleurs par les hausses de salaires, avec les consommateurs par la réduction des prix et avec le capital par le profit. Mais l'indice Toronto Stock Exchange a augmenté de 75 % de 1995 à 1998. Le capital des compagnies canadiennes a obtenu un rendement de 16,2 % en 1997. Pendant ce temps, de 1983 à 1997, les gains hebdomadaires moyens des travailleurs salariés québécois ont chuté de 595 $ à 566 $ en termes réels 1.

Ce n'est jamais le temps pour les travailleuses et les travailleurs salariés

Les employés des secteurs publics et parapublics n'ont pas participé à de véritables négociations depuis 1989. Cette concentration du capital permet aux politiques gouvernementales de servir les intérêts d'une petite minorité de riches.

De 1989 à 1995, ce fut la guerre à l'inflation. Les piles d'argent des riches fondaient, exposées qu'elles étaient à l'inflation pendant que la plupart des Canadiens endettés bénéficiaient du phénomène en remboursant avec des dollars de pouvoir d'achat dévalués.

La Banque du Canada déclencha sa politique de hauts taux d'intérêt et une stupide politique d'inflation zéro qui ont coûté 475 milliards à notre économie de 1989 à 19972. Une fois l'inflation domptée, ce fut le déclenchement de la guerre du déficit zéro qui a supprimé 30 000 postes dans la fonction publique québécoise.

Le déficit zéro atteint, les travailleurs du secteur public ne peuvent toujours pas en profiter, car l'ère des réductions d'impôt est venue pour concurrencer les sociétés qui versent dans le néolibéralisme comme l'Ontario et les États-Unis.

On oppose maintenant aux syndicats nationaux les impératifs de la concurrence internationale dont les coordonnées échappent présumément aux États. On parle de geler le salaire minimum cette année à 6,90 $ pour imiter l'Ontario qui a gelé le sien à 6,85 $.

Dans vingt ans, on paiera dix fois pour cette bombe à retardement, pour les coupures actuelles du PQ dans la santé et l'éducation; mais qui fera le lien avec l'absurde politique du déficit zéro, qui se rappellera de Bouchard ou de Landry, de leur manque à investir dans l'avenir inspiré par leur obsession à balancer les comptes courants ?

La stratégie de division des travailleurs

Le PQ utilise une petite stratégie de démobilisation en montant les parents, les organismes culturels et les étudiants contre les professeurs. Il soutient que les activités parascolaires boycottées par les professeurs sont cruciales pour l'éducation des enfants; or, elles s'appuient sur le bénévolat des professeurs et le bénévolat des acteurs des organismes culturels. Si c'est si indispensable, qu'on les inclut dans le budget des dépenses publiques plutôt que de les faire reposer sur la charité.

Bouchard a qualifié les travailleurs du secteur public de privilégiés. Il y a pourtant 13 000 employés précaires seulement au Syndicat de la fonction publique. Le gouvernement veut régler en désolidarisant et même en dressant les travailleurs du secteur privé contre ceux du secteur public, comme il a entretenu son absurde politique du déficit zéro sur le dos des démunis, multipliant le désespoir pour ne pas dire les enterrements. A-t-il parlé une seule fois des rendements outrageux du capital financier, dont fait état notre encadré en page 5 ? Jamais. Bouchard ne montre ainsi sa préférence pour courtiser le capital aux dépens des travailleurs.

L'oreille est tendue vers le Conseil du patronat et l'Alliance des manufacturiers qui réclament des baisses d'impôts 0 sans doute une autre condition gagnante !

Ajuster les salaires du secteur public sur les plus bas salaires du privé

La seule chose que cela démontre, c'est que le secteur privé a, comme le secteur public, besoin de syndicalisation pour affronter le nouveau rapport de force avec le capital. Bouchard parle de la présumée sécurité d'emploi du secteur public comme si la précarité instituée par le capital dans le privé au nom de la concurrence constituait la norme à universaliser.

Le président d'une compagnie de bière ou un pousseux de rondelles de hockey peut gagner plus que 150 professeurs ou 200 infirmières, c'est le juste prix, c'est le marché, c'est le privé, c'est la référence.

Bouchard use sciemment de démagogie en opposant une réduction d'impôt à la hausse salariale des employés publics, comme si les deux étaient mutuellement exclusifs. Il lance en l'air 5 % sur trois ans sans avancer aucune justification.

Le secteur public a déjà un droit de grève encadré par les services essentiels, Bouchard parle de grève intolérable. Le " cheuf " affirme d'avance qu'il ne négociera pas, rejetant l'obligation de négocier de bonne foi pour des conventions échues depuis plus d'un an. Même s'il s'agit d'une négociation dans le secteur public, elle a valeur d'exemple, car il importe de brûler les derniers hérétiques qui s'opposent à l'ultralibéralisme.

La raison sert de paravent à une nouvelle mythologie économique qui ne bénéficie qu'au capital et à une minorité et qui nous présente la mondialisation, la mise en concurrence de tous les travailleurs de la terre, la privatisation, la précarisation du travail, comme la seule voie possible. On comprend la tactique du Fraser Institute et du Conseil du patronat d'entretenir le mépris envers les employés du secteur public, car ils veulent l'État minimal.

Les tactiques de l'État employeur ne devraient pas nous faire oublier que les employés du secteur public, les serviteurs de l'État occupent des fonctions cruciales dans la santé, dans l'éducation, dans la fonction publique et qu'ils méritent notre respect.

Nous préférons avoir affaire à la bureaucratie de l'État tournée vers le bien public plutôt qu'à la bureaucratie de Bombardier, de Bell ou de Power tournée vers la maximisation du profit de son organisation. Quand l'État dérive et se propose de réaliser le programme du capital de destruction des structures collectives, la désobéissance civile devient un devoir, il n'y a plus de grèves illégales.

1. LANGLOIS, Simon, Québec 1999, Fides-Le Devoir, p. 43.

2. OSBERG, Lars, FORTIN, Pierre, " Credibility Mountain " in Hard Money, Hard Times, James Lorimer & Co. Toronto, 1998, p. 163.

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