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Le FRONT COMMUN est ESSENTIEL
N° 183 - octobre 1999

Le monde coopératif en ébullition
Paul Cliche
Les transformations accélérées que subit le mouvement coopératif québécois suscitent plusieurs réactions. L'aut'journal en a recueilli quelques-unes qui dénonce l'orientation capitaliste que l'establishment de Desjardins tente d'imposer à son réseau de caisses populaires.

Une loi pour exproprier les sociétaires ?

Gaston Michaud, président du conseil d'administration de la Caisse populaire de Racine, est un des animateurs du Regroupement pour la survie des caisses rurales, créé afin de combattre le plan de Desjardins.

L'aspect qui le préoccupe le plus est l'adoption éventuelle d'une loi qui autoriserait la transformation du réseau des caisses populaires en banque. Il dit qu'un projet de loi en ce sens est en préparation actuellement dans les hautes sphères de Desjardins et que le lobbying a commencé auprès du gouvernement. Cela confirmerait l'expropriation des sociétaires qui sont les propriétaires des caisses. Ces dernières deviendraient ainsi de simples succursales comme dans le cas des autres banques. " Il ne faut pas que cela se produise et il faut livrer un combat énergique ", insiste-t-il. Il conclut en disant que le président Béland a un comportement schizophrénique0 il tient un discours coopératif mais il agit selon les règles du capitalisme sauvage.

Un choix suicidaire

Clément Guimond est coordonnateur général de la Caisse d'économie des travailleurs (Québec). Selon lui, le problème se pose à deux niveaux. D'abord, les dirigeants de Desjardins font preuve d'un manque de transparence et de franchise qui frise la malhonnêteté. Il ne s'agit pas que d'aménagements de structures, comme ils le prétendent, mais d'un changement de cap car on touche au coeur de l'action coopérative. " Le président Béland a le sophisme facile ", dit-il. Par ailleurs, le choix de Desjardins d'opter pour la stratégie des banques est suicidaire, estime-t-il. Le mouvement n'a d'avenir au Québec que s'il demeure une organisation coopérative. Comme banque, il se coupera de ce qui a fait sa force jusqu'ici et il ne tardera pas à disparaître, prédit-il.

Les défis sont grands, admet-il, mais si Desjardins avait mis autant d'énergie à s'adapter aux défis nouveaux en construisant une alternative solidaire de l'action collective des travailleurs qu'à reléguer la coopération aux oubliettes pour satisfaire les donneurs de cotes de chez Moody's, il aurait certainement réussi.

On coupe au mauvais endroit

Pour faire face à la mondialisation, les dirigeants de Desjardins veulent augmenter la compétitivité en réduisant les coûts. Dans ce but, ils coupent dans les services aux membres et réduisent leur personnel. Il préconisent aussi une accélération des fusions des caisses en fermant plusieurs d'entre elles surtout dans les régions rurales.

Mais plusieurs dirigeants locaux font valoir que ces coupures se font au mauvais endroit. Gérard Beaulieu, directeur général de la Caisse des Trois-Pistoles fait valoir que c'est la proportion de 35 % de frais d'exploitation que sa caisse verse à la fédération et à la confédération qui accable de dettes son budget. Il signale aussi que la rémunération des dirigeants est beaucoup trop élevée0 750 000 $ par année pour le président Béland et des salaires de 300 000 à 500 000 $ pour de nombreux cadres. " C'est là qu'il y a du gras et qu'on devrait faire des coupures; pas dans les services aux membres ", dit-il.

Les caisses rurales0 " Maîtres chez nous "

C'est le titre du manifeste publié par le Regroupement qui lutte pour la survie des caisses rurale qui compte des appuis dans plusieurs régions du Québec. En voici quelques extraits.

Les dirigeants de Desjardins tentent de nous faire croire que pour faire face à la mondialisation les petites et les moyennes caisses doivent se fusionner au profit de super-caisses disposant de centaines de millions d'actifs. Nous ne sommes pas d'accord! Nous croyons que cette centralisation constitue une perversion du message d'Alphonse Desjardins et du rôle même des caisses populaires. Notre mission n'est pas de faire des profits à l'échelle planétaire, mais de permettre à nos membres de s'entraider dans un contexte de sécurité financière. Il ne sert à rien d'ergoter sur le " village global " pendant qu'on fait mourir le village local. Notre mission c'est de constituer un outil de développement de notre communauté locale; ce n'est pas de devenir une grosse banque. Nous avons le pouvoir d'agir sur notre milieu. Nous avons le devoir de défendre nos institutions locales. Ces institutions comme l'église, l'école, la municipalité, le bureau de poste et la caisse populaire constituent le coeur et les poumons de nos communautés. Ne nous laissons pas amputer. Nous sommes loin d'être impuissants. Nous avons le pouvoir et le devoir d'exercer une influence sur notre milieu de vie. Nous en avons aussi les moyens, nos caisses étant financièrement solides.

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