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Le FRONT COMMUN est ESSENTIEL
N° 183 - octobre 1999

" J'accuse la Couronne, les policiers et la Ville de Montréal de collusion "— Jean Lapierre
Pierre Dubuc
Vingt-neuf jours de prison ne sont pas venus à bout de la détermination de Jean Lapierre et Denis Maynard, respectivement président et secrétaire-trésorier du Syndicat des cols bleus de la Ville de Montréal. Au terme de leur sentence, ils reviennent sur les circonstances entourant la manifestation du 13 septembre 1993 au cours de laquelle les portes de l'hôtel de ville ont été défoncées à coup de bélier et sur leur condamnation à six mois pour avoir soi-disant comploté ces événements.

D'entrée de jeu, Lapierre et Maynard ont présenté aux journalistes assistant à leur conférence de presse du 22 septembre dernier des extraits des bulletins de nouvelles télévisées du 13 septembre 1993 au cours desquels les reporters affirment que Jean Lapierre est intervenu pour calmer les manifestants casqués occupés à défoncer les portes de l'hôtel de ville à l'aide d'un bélier. Des extraits que jamais on n'a repassé à la télévision par la suite lorsqu'on a rappelé ces événements.

Jean Lapierre et Denis Maynard nient avoir comploté pour pénétrer par effraction à l'hôtel de ville. " Si nous avions voulu pénétrer à l'intérieur de l'édifice, nous aurions pu le faire facilement. Nous avons 70 cols bleus qui y travaillent ". Lapierre ajoute 0 " Les individus qui se sont servis du bélier ne faisaient pas partie de la structure syndicale ". Il précise que lorsqu'il est allé les arrêter, il a trouvé des types très costauds qui faisaient peur. On peut trouver pour le moins curieux qu'aucun d'entre eux n'ait fait l'objet de poursuites, ni ne se soit retrouvé devant les tribunaux.

Une provocation

Lapierre rappelle le déroulement pour le moins intrigant des événements de cette journée-là. " Nous n'en étions pas à notre première manifestation spectaculaire devant l'hôtel de ville. Le scénario habituel était le suivant 0 les policiers de l'anti-émeute formaient un cordon devant l'édifice et des représentants de la sécurité venaient me chercher pour me conduire à l'intérieur de la salle du conseil où je pouvais prendre la parole. Par la suite, nous quittions tous pacifiquement ".

Mais le 13 septembre, des choses bizarres se sont produites. Il n'y avait pas de cordon policier devant l'hôtel de ville, mais des policiers de l'anti-émeute étaient cachés à l'intérieur. " Voulait-on que la manifestation dégénère ? " demande le président du syndicat, qui précise que la présence de cols bleus portant casques avec visière n'avait pour but que de protéger les manifestants contre une intervention policière.

Tout en évoquant la possibilité d'une provocation, Lapierre n'en continue pas moins d'assumer la responsabilité des événements du 13 septembre 1993. " Nous avions organisé la manifestation, son bon déroulement était de notre responsabilité. Nous avons commis l'erreur de ne pas tout prévoir. Nous en avons assumé les conséquences ".

En arrière-plan 0 la privatisation de l'eau

Lors de la conférence de presse, Jean Lapierre a rappelé les circonstances bien spéciales de cette manifestation. Les cols bleus étaient engagés dans des négociations intensives avec la Ville de Montréal dans le cadre de la loi 102 qui, rappelons-le, prévoyait une coupure de salaire de 1 % récurrente pour tous les employés municipaux et le gel des conditions de travail pour une période de deux ans, à moins que les parties en viennent à une entente avant minuit, le 14 septembre 1993.

Les négociations allaient bon train mais, coup de théâtre, à 03h40 du matin, le 13 septembre, la Ville dépose un projet de convention qui prévoyait la privatisation de plusieurs services, y incluant un projet de privatisation de l'eau ! Rappelons qu'à l'époque, sous l'administration Doré, les projets de privatisation étaient très avancés. " Déjà, raconte Lapierre, l'ancien ministre Yves Séguin faisait du lobbying auprès de nous au nom de la Lyonnaise des Eaux ". Devant ce revirement, les Cols bleus mettent fin aux négociations, convoquent leurs instances syndicales et organisent la manifestation devant l'hôtel de ville.

Un procès politique

Pour Lapierre et Maynard, il est clair que le procès qu'on leur a fait était un procès politique. L'intervention de Claude Champagne, gérant de la sécurité à la Ville mais également membre du comité de négociations, comme principal témoin, les irrégularités qui ont entaché le procès, la procédure d'accusation, la sévérité de la sentence si on la compare à d'autres causes ; tout démontre qu'on a cherché à intimider, à briser le Syndicat des cols bleus, un des syndicats les plus militants au Québec, et conséquemment l'ensemble du mouvement syndical.

Lapierre et Maynard ont étayé leurs accusations à l'aide d'une solide documentation. Nous vous la présentons dans notre dossier en pages 6 et 7. À vous de juger.

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