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Lulu 1er
N° 184 - novembre 1999

Tout un chemin à faire
Nathalie Marois

Femmes et pauvreté



Si la pauvreté dans le monde n'est pas exclusivement une affaire de femmes, elle l'est majoritairement et la tendance va en s'accroissant. Les règles de l'économie mondiale conjuguées aux préjugés sociaux et culturels persistants à l'égard des femmes rendent ces dernières beaucoup plus vulnérables à la pauvreté. De la course à la réduction de la dette dans les pays du Nord aux programmes d'ajustement structurel imposés au Sud, ce sont souvent les femmes qui en paient le plus les frais.

En dépit des droits acquis, les femmes ne gagnent, en moyenne, que de 42 à 80 % du salaire des hommes. Au Québec, l'iniquité salariale se chiffre à 70 %. La Tanzanie détient le record de l'équité avec 92 % alors que les femmes du Bangladesh s'en tirent beaucoup moins bien avec 42 % du salaire des hommes.

Encore aujourd'hui, au Québec, la majorité des emplois occupés traditionnellement par des femmes (aide-domestique, secrétaire, préposée aux bénéficiaires, etc.) continuent, en dépit de la loi sur l'équité salariale, d'être moins bien rémunérés que ceux occupés majoritairement par des hommes. Au Québec, 54 % des emplois de bureau, dans les services et dans la vente sont occupés par des femmes. Or, ces emplois sont parmi les moins bien payés et les plus précaires.

L'exploitation des femmes

La situation n'est pas plus reluisante dans les pays du Sud, où elle atteint dans certains cas des dimensions dramatiques, surtout dans certains territoires déréglementés.

Par exemple, les zones franches d'exportation (ZFE) sont des territoires qui échappent à toute législation ou contrôle de l'État. Depuis une vingtaine d'années, on assiste donc au phénomène de plus en plus inquiétant de relocalisation massive d'industries vers ces zones, qui permet aux multinationales de transformer leurs produits à des coûts défiant toute concurrence. Présentes dans une cinquantaine de pays du Sud, ces zones se concentrent surtout en Amérique Centrale, et en Asie du Sud et du Sud-Est.

Constituée à 80 % de femmes, la main-d'oeuvre des ZFE ne bénéficie d'aucune protection minimale d'emploi et d'aucune norme en matière de santé. Le travail des femmes ressemble souvent à de l'esclavage 0 temps supplémentaire fréquent, de jour comme de nuit, exposition à des produits chimiques dangereux, chaleur extrême et air malsain, etc. Mentionnons également que le climat de répression expose ces femmes au harcèlement sexuel. En dépit de l'ampleur importante de ce phénomène, rares sont les cas déclarés, faute de recours légaux et par peur de renvoi.

D'autre part, la non-reconnaissance économique du travail «fantôme», essentiel à la survie, tel que le transport de l'eau, l'agriculture, le soin des enfants, pénalise particulièrement les femmes des pays en voie de développement. Par exemple en Afrique, les femmes représentent 70 % des producteurs de denrées alimentaires. À travers le monde, selon les Nations Unies, les femmes consacrent de deux à neuf fois plus de temps que les hommes à des tâches non rémunérées. Quoique non reconnu, ce travail invisible est un apport vital à l'économie mondiale.

Coupures massives

Que ce soit au Québec ou ailleurs, les coupures dans les services sociaux contribuent à accroître la pauvreté des femmes. Elles doivent travailler davantage afin de payer des services auparavant subventionnés par l'État. Plus encore, elles suppléent aux carences en effectuant du travail bénévole. « Dans les pays de l'Europe centrale et orientale, par exemple, l'effet le plus désastreux de la réduction des dépenses publiques et de la privatisation des entreprises d'État a été la désintégration des infrastructures sociales, notamment la fermeture des crèches et des garderies, ainsi que l'abandon de la protection de la maternité sur laquelle s'appuyaient les femmes pour concilier les obligations professionnelles et familiales ».

Au Sud, avec les nombreuses coupures et les programmes de réajustement structurel, le travail au noir a connu un essor important, au point d'occuper un milliard d'individus. Marchande de fruits à Dakar, couturière à domicile à Mexico ou agricultrice en Inde, ces activités, précaires et peu rémunérées, sont laissées pour compte par les politiques publiques, donnant place à de nombreux abus.

Au Québec, l'ensemble des coupures dans les programmes sociaux, issues de la politique de « déficit zéro », se traduisent notamment par un accès plus limité aux services de santé, aux logements sociaux et aux transports en commun. Cela affecte donc grandement les femmes en raison de leur situation économique plus précaire (voir encadré).

Les coupures dans le système de la santé ont également occasionné une surcharge de travail pour les femmes, qui assument très majoritairement les soins à domicile aux personnes malades, auparavant de responsabilité publique. Beaucoup d'entre elles ont dû, pour cette raison, renoncer à un emploi ou aux études. De plus, la réduction du nombre d'employés dans la fonction publique affecte particulièrement les femmes qui occupent majoritairement ces emplois.

La pauvreté, dont celle des femmes, n'est pas un mal inéluctable mais bien une construction politique, économique, sociale et culturelle. Seuls des changements fondamentaux s'attaquant aux causes structurelles de la pauvreté (libéralisme économique, patriarcat, etc.) assureront des changements réels. C'est dans cette visée que s'inscrit la Marche des femmes en l'an 2000.www

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