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Lulu 1er
N° 184 - novembre 1999

La relance du parti est urgente et impérieuse
Rémy Berthelot (membre de l'exécutif du RCM), Paul Cliche (membre du RCM, conseiller municipal de 1974 à 1978), Pierre Gélinas (membre de la commission du programme), Yves Pellerin (membre de l'exécutif du RCM), Roger Rashi (membre de la commission du pr

Où va le RCM ?



À la suite des élections municipales de novembre 1998, un constat largement partagé existait au sein du Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal. Tous convenaient qu'une relance politique et organisationnelle du parti s'imposait de toute urgence.

Le parti venait de sauver les meubles avec l'élection de quatre conseillers et l'obtention du statut d'opposition officielle. Mais la terrible année de crises et de scissions à répétition qu'il venait de vivre, l'avait laissé exsangue tant au niveau organisationnel que financier.

Qu'en est-il de cette relance aujourd'hui ?

Force nous est d'admettre qu'elle n'a pas eu lieu. Non seulement la vie de parti est inexistante, mais sa situation organisationnelle s'est détériorée au point d'être devenue proprement catastrophique. Quant à la relance politique, elle est fortement compromise par un chef parlementaire qui ne respecte pas le programme du parti et qui s'efforce d'en monopoliser toutes les interventions publiques.

La situation réelle du parti

Le RCM se limite aujourd'hui à deux douzaines de militants actifs, incluant l'exécutif, les élus et les fonctionnaires du parti. Il n'y a pratiquement plus d'organisations locales. Aucun suivi n'a été effectué après les élections et la très grande majorité des candidats et candidates ont disparu dans la nature.

L'exécutif du parti s'avère incapable d'exercer la moindre direction politique et se retrouve lui aussi passablement démobilisé. Cet exécutif a été court-circuité pratiquement dès son entrée en fonction. Il a été évincé de la direction de la campagne électorale de 1998 par un comité de stratégie fantôme qui pris la direction des affaires. Il n'a jamais proposé la moindre analyse de la situation politique et il n'a aucune emprise réelle sur les grandes décisions stratégiques, politiques ou financières du parti.

Quant au conseil général, il a été systématiquement occulté par la direction du parti. Il n'a été convoqué qu'une fois dans les seize derniers mois alors que les statuts du RCM stipulent qu'il doit se réunir un minimum de quatre fois par année. Non seulement n'a-t-il jamais statué sur la stratégie électorale, mais il n'en a même pas reçu un bilan digne de ce nom.

Mais qui donc exerce le pouvoir au RCM ? Avec un tel vacuum au niveau structurel, un pouvoir de fait s'est imposé. Il repose dans les mains de deux personnes, le président de l'exécutif, Abe Limonchik, et le chef du caucus parlementaire, Michel Prescott, qui négocient et règlent entre eux toutes les questions importantes.

Ce pouvoir de fait a mis au rancart toute stratégie de construction d'une force politique progressiste enracinée dans les milieux populaires. Il ne voit que le seul travail parlementaire, conçu d'ailleurs de façon on ne peut plus étroite. La mise en pratique du programme ne figure pas dans leur plan.

On aura reconnu ici les traits caractéristiques de l'électoralisme pratiqué par les partis traditionnels0 un pouvoir centralisé, la survalorisation du " chef ", l'accent mis sur l'image médiatique au détriment du contenu, les militants réduits au rôle de figurants, des " experts " en élections qui s'arrogent le contrôle des campagnes, un programme alléchant que l'on s'empresse de mettre sous le boisseau une fois les élections passées...

Le RCM actuel est réduit à l'état d'une annexe de son groupe parlementaire, voire du chef de l'opposition.

Travail électoral ou électoralisme ?

Dans les partis politiques traditionnels, une démobilisation des militants se produit suite à une élection0 soit que l'objectif est atteint (le pouvoir) et l'on retourne les militants à leurs occupations usuelles, soit qu'il n'est pas atteint (défaite électorale) et l'on promet de se reprendre dans quatre ans. Pour un parti réellement progressiste, cela devrait en aller autrement parce que l'objectif n'est pas nécessairement la prise du pouvoir formelle. Sur ce sujet, voici un extrait du Rapport du Conseil exécutif du RCM au congrès de 19750

" La reconnaissance que la lutte que nous avons entreprise sera longue et dure nous aidera à placer notre travail électoral dans la perspective juste. D'abord nous comprendrons que le travail électoral n'est qu'un aspect de notre travail de mobilisation. Donc, la perte d'une élection n'aura pas le même effet démobilisateur que si on avait mis tous nos espoirs là-dedans, comme le fait d'avoir gagné une élection ne nous amènera pas à penser que la lutte est gagnée. "

De plus, il y a un débat fondamental à faire sur la place que doit occuper une aile parlementaire, à l'intérieur d'un parti comme devrait être le RCM, autant en période d'opposition parlementaire que de pouvoir. Est-elle soumise au parti et tenue de se conformer au programme, ou bien est-elle autonome et le parti tenu de la suivre au gré des débats parlementaires ? Ne pas faire ces débats, c'est réduire les militants au rôle de travailleurs d'élection, que l'on mobilise et démobilise selon le bon vouloir des dirigeants.

Objectif0 jonction avec l'opposition sociale

L'état désastreux du parti témoigne de façon on ne peut plus éloquente de la faillite de l'orientation pratiquée par la direction actuelle du parti. Le RCM n'a d'avenir qu'en tant que force de gauche sur la scène municipale. La tentative d'en faire une force électoraliste, centriste et insipide, est proprement suicidaire. À court ou à moyen terme, elle ne peut mener qu'à sa disparition ou bien à son absorption dans une formation d'opposition dominée par des interêts de droite.

La relance du parti passe en premier lieu par la rupture avec cette orientation et l'adoption d'une stratégie préconisant la jonction avec l'opposition sociale.

Aujourd'hui, plusieurs mouvements sociaux sont en action contre le néolibéralisme ambiant. Mentionnons les mouvements de lutte contre la pauvreté, pour le logement social, pour la défense du transport en commun, les groupes de citoyens contre le développement urbain sauvage, ceux qui luttent contre la privatisation de l'eau potable. Sans oublier les syndicats, les groupes communautaires, de jeunes, de femmes, qui ont combattu la politique du déficit zéro du gouvernement Bouchard.

Malheureusement, le RCM s'est coupé des mouvements populaires au fil des dix dernières années. C'est même la raison principale de son déclin et des crises qu'il a vécues récemment. Il doit donc mettre tout en oeuvre pour corriger cette grave lacune et se rapprocher des mouvements sociaux. Car, en tant que parti progressiste, c'est là que réside sa base sociale.

Un vrai programme de relance

Pour redresser la situation, il faudrait convoquer à très brève échéance, une réunion extraordinaire du conseil général. Cette réunion ouverte à tous les militants du parti devrait adopter un programme minimal d'urgence visant à prévenir la déchéance complète du RCM. Pour en vérifier l'application, il faudrait en outre tenir systématiquement des conseils généraux spéciaux à tous les deux mois et ce, jusqu'au congrès du printemps prochain. La situation est gravissime. La lutte contre Bourque et les projets de Québec exigent la présence d'une opposition dynamique, ayant une vision progressiste et démocratique de notre ville, capable de mobiliser les forces vives de Montréal. Si le RCM s'avère incapable de relever le défi, nous sommes convaincus que d'autres forces progressistes prendront le relais.

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