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N° 185 - décembre 1999

Un réinvestissement s'impose
Pierre Klépock

Santé-sécurité en milieux hospitalier



Parce qu'elles travaillent dans le réseau de la santé, nous croyons que les salariées ne sont pas exposées à des risques d'accidents et de maladies professionnelles, qu'en général, "elles travaillent propre". Mais "Mieux vaut être syndiquées", s'il faut en croire Louise Magny, qui représentait le Québec à une Conférence internationale sur la santé au travail. Louise est secrétaire-générale de la puissante Fédération de la santé et des services sociaux, regroupant 100 000 membres (FSSS-CSN).

A.J0 Des comités de santé et sécurité sont en place dans plusieurs établissements, mais ce mécanisme de participation des salariéEs n'est pas obligatoire dans le secteur de la santé et des services sociaux, pourquoi?

Louise Magny0 L'association des hôpitaux du Québec, entre autres, n'est pas intéressée à ce qu'on soit reconnu comme groupe prioritaire, parce que ça va impliquer, de leur part, des coûts supplémentaires. Il faudrait notamment dans chacun des établissements des représentants à la prévention désignés par les travailleuses et travailleurs, avec des heures de libération payées par l'employeur. Malgré le fait qu'il y a déjà des comités de santé et sécurité dans certains établissements, cela ne règle pas tous les problèmes.

A.J0 Quels sont les problèmes de santé-sécurité que l'on rencontre le plus souvent dans le secteur de la santé?

Louise Magny0 Il y en a environ cinq0 les problèmes de santé mentale, particulièrement la détresse psychologique due à tout le chambardement du réseau de la santé. Le problème de la violence au travail qui est de plus en plus présente sous toutes ses formes, verbale, physique et économique, en maintenant les gens avec des bas salaires. Il y a aussi celui des maladies infectieuses, le domaine de la santé étant le plus mal équipé face à ses employéEs. Le quatrième concerne les instruments de prévention, car il faut convaincre les employeurs d'investir dans du matériel plus sécuritaire. Le dernier ce sont les problèmes musculo-squelettiques, parce qu'il faut souvent déplacer les patients sans matériel adéquat.

A.J0 Actuellement, est-ce-que vous menez une bataille pour être dans un secteur prioritaire, comme le secteur des mines par exemple?

Louise Magny0 Effectivement, on mène la bataille pour être reconnu comme groupe prioritaire. La CSN a engagé un recours judiciaire pour faire corriger cette situation. Elle vise à établir qu'il y a discrimination sur la base du sexe, compte tenu que seuls les secteurs d'activités où la main-d'oeuvre est fortement masculine (mines, transformation), sont couverts par la réglementation. Mais la bataille se situe aussi au plan de la déresponsabilisation de l'État. En effet, même si le gouvernement est responsable des établissements, il s'en remet aux administrations locales qui sont libres de gérer comme elles veulent. Pour les problèmes de santé mentale, les employeurs refusent d'accepter qu'ils sont occasionnés par ce qui se passe dans le réseau.

A.J0 Depuis le virage ambulatoire et les compressions, est-ce que ces problèmes se sont aggravés?

Louise Magny0 Absolument, on n'a jamais eu autant de suicides parmi nos membres. Par exemple, pour l'année dernière, on a rejoint tous nos établissements et on a relevé, en l'espace de 6 mois, 18 cas de suicide chez les travailleuses et travailleurs. Mais la difficulté est que l'on n'est pas capable de déterminer s'ils sont morts à cause de la problématique dans le réseau, les gens partant avec leur secret. Une chose est sûre0 les cas de suicide ont augmenté. On arrive au travail stressé, les boss sont de plus en plus exigeants, il n'y a aucune reconnaissance de notre travail et ce phénomène crée une détresse chez les salariées.

A.J0 Quelles solutions voyez-vous, à la FSSS, pour améliorer ces conditions de travail?

Louise Magny0 On tente d'équiper nos gens dans les syndicats locaux, en leur donnant de la formation syndicale en santé-sécurité au travail. Tel que le Front commun le revendique, il est certain qu'avec un réinvestissement dans les services de santé, on pourrait permettre aux établissements de se doter d'instruments plus adéquats pour aider les salariées dans leur travail, d'embaucher du nouveau personnel car il est actuellement à bout de souffle. De plus, contrairement à la croyance populaire, nos membres n'ont pas des salaires mirobolants, il font en général 35 heures semaine à 14$ de l'heure. On s'est battu pour se donner un réseau de santé gratuit et universel et on est en train de remettre en question ces valeurs fondamentales, ce qui est très grave.

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