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TEAM CANADA 0 41, ÉQUIPE QUÉBEC 0 59
N° 185 - décembre 1999

La solidarité 0 seule solution au mépris répété des banquiers
Jacques Larue-Langlois
La troisième semaine de novembre offrait l'occasion aux grandes entreprises banquières du Canada de se lancer, en bombant fièrement le torse, un camouflet sans réplique et bien appuyé à la grande majorette de la population de ce pays, composée de gagne-petit à qui les fantoches élus pour gérer le bien public promettent, au mieux, des hausses des salaire de 5% échelonnées sur trois ans, tout en permettant que le rendement de l'avoir des actionnaires de la seule Banque Toronto-Dominion atteigne 18,3%.

Et pan ! dans la gueule. Ensemble d'ailleurs, les six grandes banques à charte du Canada ont accumulé, en 1998, des profits de 7 milliards 40 millions de dollars et s'en vantent effrontément, qualifiant de " bonne gestion " leur entreprise d'accumulation des capitaux dans les mains des mieux nantis. Bonne gestion égale riches profits pour les possédants, bien sûr, mais surtout, pas question de partager le gâteau avec les employéEs, dont le travail a permis de tels bénéfices.

Voracité sans borne

Au contraire 0 la Banque Royale, dont les profits avaient atteint un milliard 800 millions en 1998, a annoncé une nouvelle hausse de 11% au cours du seul dernier trimestre de cette année et, du même coup, (histoire sans doute d'épargner les frais d'une autre conférence de presse d'où son image aurait pu sortir amoindrie) elle prévenait qu'en vue d'atteindre ses cibles d'efficacité, elle devait supprimer 6 000 postes à plein temps sur deux ans. La voracité du capitalisme ne connaît aucune borne. Idem pour la Banque de Montréal, dont les profits, de l'ordre d'un milliard 382 millions, sont en hausse pour une dixième année consécutive et qui, elle aussi, annonçait récemment d'importantes réductions de personnel.

Profits égale chômage

Rien n'est trop mesquin si cela peut permettre aux actionnaires d'une institution bancaire de réaliser d'imposants profits - pour lesquels ils bénéficient d'ailleurs de cent moyens de ne pas payer d'impôt. C'est ainsi que l'économie globale canadienne s'enrichira d'une dizaine de milliers de chômeurs supplémentaires aux seuls fins d'augmenter les profits des banques, alors que le taux de chômage oscille déjà autour de 7,2%. (9% au Québec 0 nos administrateurs gouvernementaux sont-ils vraiment encore plus bêtes que les leurs ?)

Au mois d'octobre, l'indice des prix à la consommation, au Québec comme au Canada, avait grimpé de 2,3% par rapport à l'an dernier. Une des causes premières de cet accroissement tient - au Québec en particulier- à une hausse de 1,9% des frais de logement, un bien essentiel pour chacun et dont la progression des prix s'avère supérieure à elle seule à la proposition d'augmentation de salaire du gouvernement du Québec à l'endroit de ses employés, mais bien en deça des 18,3% de profits réalisés par les actionnaires des grandes banques.

Ce qui est particulièrement obscène, c'est qu'il suffise d'avoir de l'argent pour en faire et qu'il soit à la portée des seuls nantis de s'enrichir davantage, augmentant la fortune d'un tout petit nombre de possédants au détriment de la majorette des citoyens qui ne cessent de s'appauvrir. Et pour cause, les revenus des salariéEs dépendent des emplois qui sont offerts et dont le niveau de rémunération n'a rien à voir avec le profit des entreprises. Nous mourrons pauvres comme nous sommes nés. Et tant pis, nous n'avions qu'à naître riches.

À nous de faire preuve de solidarité

Non mais vraiment, ils rient de nous. Pour retrouver un minimum de dignité, il faut les empêcher de nous maintenir en état de pauvreté, même relative. Comment ? Après tout, nous faisons le nombre et il paraît qu'en régime démocratique, la majorité a toujours raison. À nous donc de leur montrer que nous sommes capables de solidarité. C'est ensemble seulement que nous pouvons leur tenir tête.

Comment se fait-il que, pour des raisons dites de stratégie, le front commun CSN-FTQ-CEQ se soit aussi rapidement effrité sans prendre conjointement des mesures radicales, comme le débrayage en masse de tous les fonctionnaires de l'État québécois ? Il suffirait de paralyser l'administration pour un certain nombre de jours –ou de semaines, au besoin – manifestant collectivement notre ras-le-bol avec vigueur, pour forcer la main aux législateurs. Pour le moment, ces derniers se foutent éperdument de nous puisque leur pouvoir tient avant tout à l'appui des riches et à leurs caisses électorales, un appui conditionné par la liberté qui leur est donnée de continuer à exploiter les travailleurs. " Nous ne voulons que votre bien ", proclament-ils. Et si nous les laissons faire, ils le prendront... sans vergogne.

Des fois, il semble évident que Pierre Falardeau avait raison quand il constatait simplement dans Le temps des bouffons 0 " Pis après ça, y sont surpris d'en trouver un dans une valise de char ! "

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