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N° 185 - décembre 1999

Sauver les campagnes 0 Un front commun pour l'environnement
Roméo Bouchard *
Le Rendez-vous Sauver les campagnes, qui a réuni plus d'une centaine de leaders de comités de citoyens ruraux et de groupes écologiques québécois à Saint-Germain-de-Kamouraska du 21 au 24 octobre a marqué un nouveau départ pour la protection de l'environnement rural.

La qualité des participants et leur représentativité des luttes actuellement en cours en fait foi0 Louise Vandelac de Eau-secours, Pierre Dubois de la Coalition pour la sauvegarde des forêts vierges, Jacques Proulx de Solidarité rurale du Québec, Alain Saladzius et Denis Trottier sur l'opposition au harnachement de rivières comme la Batiscan et l'Ashouamoushouan, Élise Gauthier sur l'opposition aux sites de décontamination des BPC au Saguenay, Patrick Rasmussen et plusieurs leaders locaux de la lutte contre le modèle actuel de développement de l'industrie porcine sur fumier liquide, Stéphane Gingras d'Union Saint-Laurent-Grands Lacs, etc.

Front commun contre le massacre des campagnes.

Comités de citoyens et groupes écologiques ont fait consensus et front commun pour freiner la liquidation des ressources vitales des campagnes québécoises par les grandes industries agricoles, forestières, hydroélectriques, biotechnologiques, devenus partenaires privilégiés de l'État québécois. Ces entreprises privées, de plus en plus concentrées et industrialisées, exercent des quasi-monopoles sur la zone verte qui couvre 90% de la campagne, sur les forêts publiques, sur le fleuve et la pêche, sur les rivières, sur l'eau potable, et même sur le patrimoine naturel et même génétique.

Non seulement ils surexploitent ces ressources et mettent en péril leur pérennité, mais ils privent les populations locales de leur gagne-pain et font obstacle aux autres usages de ces espaces qui permettraient de diversifier l'économie de ces milieux et de maintenir l'occupation de ces territoires en décroissance. Plus particulièrement, les lois sur la forêt et le territoire agricole doivent cesser de voir dans la forêt et la zone verte des espaces réservés pour les entreprises forestières et agricoles seulement et quelles qu'elles soient.

Une revendication majeure0 plus de pouvoirs aux occupants du territoire.

Une revendication centrale sous-tend le Cahier de 25 revendications qu'ont adoptées à l'unanimité les participants0 l'urgence de redonner aux populations locales la possibilité d'intervenir sur la gestion de leurs ressources vitales et les projets de développements qui affectent la qualité de vie de leur milieu. Il est de plus en plus odieux et inacceptable que ces populations se retrouvent continuellement devant des faits accomplis, des projets dévastateurs approuvés en secret par des fonctionnaires municipaux ou gouvernementaux qui n'ont de compte à rendre à personne, et assistent impuissantes au massacre de leur environnement et à leur morte lente.

Les participants exigent qu'on redonne aux populations locales des pouvoirs pour moduler et compléter les réglementations nationales en fonction de leurs particularités et de leurs choix de développement, qu'on leur octroie la possibilité de se prononcer par des référendums locaux et régionaux décisionnels sur les projets majeurs tels les mégaporcheries, le harnachement de rivières, l'installation d'usines polluantes, les Contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier, etc.

Il est clair également que ces territoires sont victimes d'une gestion sectorielle et centralisée des ressources0 tous insistent sur la nécessité d'une gestion territoriale intégrée des ressources, ce qui implique des MRC électives et munies des pouvoirs nécessaires à cette fin, contrairement à la régionalisation-bidon mise en place par le Gouvernement actuel avec les CLD et les régies régionales. Les ruraux ne sont pas que des clients des services gouvernementaux0 ils veulent être d'abord et avant tout des citoyens responsables de leur milieu de vie.

Agriculture industrielle et agriculture paysanne

Le débat sur la pollution agricole et les problèmes sociaux et environnementaux que pose le modèle de développement actuel de l'industrie porcine et des méga-élevages en général a progressé de façon remarquable au cours de cette rencontre.

Dans un premier temps, une distinction apparaît de plus en plus entre le modèle industriel d'agriculture et ce que les Européens appellent l'agriculture paysanne. Le modèle industriel, de plus en plus privilégié par l'UPA et l'État en mal d'exportation, favorise la concentration, la disparition des fermes familiales, les techniques de production néfastes pour l'environnement, notamment la gestion liquide des fumiers, et accélère d'autant la désertification de la campagne0 on estime qu'un emploi créé dans ces industries en fait disparaître 18 sur les fermes familiales.

L'agriculture comme mode de vie, la ferme familiale, devrait être favorisée par une modulation de l'aide gouvernementale et des assurances agricoles, lesquelles devraient décroître à mesure que la taille des entreprises augmente. Présentement, on paie pour vider la campagne au profit de quelques intégrateurs.

Dans un deuxième temps, on doit exiger des politiques énergiques de soutien aux modes de production alternatifs, respectueux de l'environnement et de la santé, à savoir la gestion solide des fumiers (compostage) et les techniques d'agriculture biologiques, avec la mise en marché qui y correspond.

L'eau et la santé collective

La contamination rapide de l'eau potable, son "gaspillage et son pillage" croissants selon l'expression de Louise Vandelac, avec les effets encore méconnus de tout cela sur la santé des citoyens en général, sont une inquiétude majeure.

Ce thème fera d'ailleurs l'objet principal du 2ème Rendez-vous prévu pour l'an prochain en Mauricie, où, en plus des porcheries, on vient de faire face à un projet de harnachement de la rivière Batiscan¸ en plein parc, par des entreprises privées appartenant à Bernard Lemaire.

La protection de l'eau comme bien collectif est essentielle si on ne veut pas avoir à payer des fortunes pour la traiter, pour soigner les maladies et épidémies qui en découleront et pour racheter à gros prix l'eau que nous aurons donnée aux compagnies privées.

* Comité d'action "Sauver les campagnes"

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