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TEAM CANADA 0 41, ÉQUIPE QUÉBEC 0 59
N° 185 - décembre 1999

Hydro 0 Québec donne mandat de préparer la déréglementation
Pierre Dubuc
— Dring, Dring,

— Oui, allo

— Ici, la compagnie Sparkle, seriez-vous intéressé par nos tarifs d'électricité à bas prix ?...

C'est par des appels téléphoniques comme celui-ci que nous allons bientôt être dérangés sur l'heure du souper. Des appels de représentants de compagnies privées qui vont vous offrir des tarifs d'électricité à rabais comme Sprint le fait pour le téléphone.

Le renard dans le poulailler

Cela découle de la décision récente du ministre des Ressources naturelles, Jacques Brassard, de confier le mandat à M. Charles A. Trabandt de la firme américaine Merrill Lynch de lui transmettre pour le 14 janvier 2000 un rapport sur la déréglementation de l'électricité.

Avant de se joindre à Merrill Lynch en 1993, M. Trabandt a agi à titre de commissaire de la Federal Energy Regulatory Commission où il a été reconnu comme l'un des maîtres à penser en matière de réglementation sur le gaz naturel et l'électricité aux États-Unis.

Comme nous le fait remarquer Jean-Marc Pelletier, président du Syndicat des scientifiques de l'IREQ, le " mandat ne porte pas sur l'utilité ou l'opportunité de déréglementer, mais sur le " comment le faire ", sans discussion aucune. "

Vers la privatisation des centrales d'Hydro

" Pour tous ceux qui n'ont pas suivi l'ensemble du dossier de l'électricité aux États-Unis, la déréglementation de l'électricité appliquée chez nous signifierait la privatisation des centrales de production d'Hydro et, à moyen terme, des tarifs différenciés sur le territoire " précise Jean-Marc Pelletier. La déréglementation exige, comme élément fondamental, que des producteurs d'électricité puissent se faire concurrence, soi-disant pour faire baisser les prix. Cela signifie la fin du monopole d'Hydro-Québec et la privatisation en tout ou en partie des centrales d'Hydro.

Évidemment, le transport et la distribution de l'électricité ne seront pas déréglementés, mais les compagnies propriétaires des réseaux de transport et de distribution agiraient comme " transitaires d'électricité " entre le producteur et le client final. Dans un régime déréglementé, le client choisit son producteur et les " transitaires d'électricité " acheminent l'électricité entre le producteur et le client. Le client est facturé par le distributeur qui remet au producteur le montant perçu moins les coûts de transport et de distribution.

Des tarifs différenciés

Dans le mandat accordé à M. Trabandt, le gouvernement lui demande de proposer un schéma de déréglementation, tout en maintenant des tarifs uniformes sur l'ensemble du territoire. Mais cela est impossible, selon Jean-Marc Pelletier.

" Dans un environnement déréglementé, explique-t-il, des producteurs se font compétition et des clients choisissent leur producteur. Des regroupements d'achat vont se créer (comme cela est arrivé aux États-Unis) et, par exemple, les gens de Laval pourront se regrouper et négocier un meilleur prix que les gens d'un petit village en Gaspésie ou en Abitibi. Avec le temps, on retournera à des tarifs différents sur le territoire du Québec, comme avant la nationalisation ".

Le même phénomène se développera chez les clients industriels. Un gros client industriel pourra se négocier un meilleur tarif qu'un petit client industriel. Il y aura différentiation des tarifs sur une base géographique et à l'intérieur d'une même catégorie, sur la base du " volume d'achat " que les groupes pourront négocier auprès des producteurs. On retourne au chaos qui existait avant la nationalisation.

" Le débat sur l'avenir de l'électricité est lancé, annonce Jean-Marc Pelletier. S'il en résulte une déréglementation, les régions seront amenés à se battre les unes contre les autres, les entreprises vont s'établir près des grands centres (là ou les tarifs seront plus bas), les régions se videront et chaque région va s'employer à retirer des profits immédiats des barrages installés sur son territoire, les gens des grandes villes vont bénéficier de meilleurs tarifs que les gens des campagnes ".

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