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N° 185 - décembre 1999

Le phoque ? On y pense toujours trop tard
Pol Chantraine

Gestion des ressources halieutiques



Patrick Mathley, un restaurateur des Îles-de-la-Madeleine qui, depuis six ans, chaque mois de mars, fait apprécier la viande de loup-marin aux touristes d'observation des phoques, ne sait pas où il va se procurer la viande qu'il va servir à ses clients. Contrairement à la réglementation fédérale visant une exploitation complète de la ressource (fourrure, graisse, viande et... pénis), les chasseurs ont pour la plupart abandonné la viande sur la banquise le printemps dernier, se contentant de ramener la fourrure et la graisse. Or, pour être servie à une table de restaurant, la viande de phoque doit porter un cachet officiel.

À moins donc qu'il trouve à acheter des carcasses à Terre-Neuve ou à obtenir une tolérance du MAPAQ (ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation) via le ministère du Tourisme dont le titulaire est M. Maxime Arseneau, député des Iles de la Madeleine, il devra retirer le phoque de son menu, malgré que son tournedos de loup-marin ait acquis une certaine célébrité auprès des Japonais, Italiens, Français, Chinois et jusqu'à des militants animalistes de l'IFAW (International Fund for Animal Welfare) qui y ont goûté. Quoi ! des Français et des écologistes qui mangent du phoque ! L'astuce est simple 0 sur la banquise on les appelle des " bébés " phoques ; dans les assiettes, du " loup-marin "... et personne ne reconnaît plus les adorables blanchons.

Une autre étude

Patrick Mathev n'est pas le seul à ignorer ce que lui réserve la prochaine saison de chasse aux phoques qui s'ouvrira dans moins de quatre mois. Le ministre des Pêches et des Océans, M. Herb Dhaliwal, semble dans le même cas que lui. Ayant reçu de certains scientifiques l'avis qu'il faudrait réduire de moitié l'immense troupeau d'au moins quatre millions de têtes, mangeant chacun une demi-tonne de poisson par an, et ayant reçu aussi de groupes voués à la défense des mammifères marins l'avertissement que cela déclencherait un tollé médiatique planétaire, il vient de déclarer " qu'en raison des questions difficiles et fort controversées que suscite la chasse aux phoques, il serait utile de demander à un groupe d'examen indépendant de jeter un regard nouveau sur certaines questions à l'étude. " Comme si n'avait jamais existé le Conseil canadien sur les phoques et leur chasse ni n'avait jamais siégé la Commission Malouf. Bref 0 l'éternel retour à la case de départ.

Développement régional et multinationales de la mégisserie*

Avec le résultat que les capitaines de bateaux phoquiers ne savent pas à quel genre de quotas s'attendre, pas plus que toute l'industrie de transformation. Laquelle, faute de pouvoir planifier un développement qui profiterait aux régions où le phoque est exploité, s'en remet au système d'écoulement des captures existant, via les tanneries norvégiennes.

Comme la fourrure est en discrédit, on rase tout simplement le poil (vendu pour faire des mouches de pêche sportive !) et on produit du cuir pour l'industrie italienne de la chaussure et de la maroquinerie, entre autres. La graisse, qui contient le fameux agent oméga aux effets bénéfiques sur le système cardio-vasculaire, est commercialisée en ampoules de santé. Et la viande est rejetée.

À quand le bateau phoquier ?

Faute d'avoir cheminé dans les ministères cet été, un projet de bateau phoquier travaillant à l'année longue, tel que proposé par un capitaine madelinot (l'aut'journal, avril 1999) et dont un haut fonctionnaire du MAPAQ m'a donné l'assurance qu'il verrait le jour, sera probablement encore remis aux calendes grecques.

C'est le problème crucial de l'exploitation des phoques. On ne commence à y penser vraiment qu'en janvier. Alors surgissent des dizaines de projets qui, faute de temps, ne peuvent se concrétiser ou alors dans une telle improvisation qu'ils sont voués à l'échec. Des 250 000 peaux récoltées l'an dernier au Canada, moins du dixième ont été traitées ici. Si l'on procédait à une réduction drastique du troupeau par la méthode dite de culling (destruction massive), on assisterait à un gaspillage encore plus honteux de la ressource.

Calme du côté des opposants

Le temps semble pourtant propice à mettre sur pied des projets structurants. Une visite aux sites des principaux adversaires de la chasse sur la Toile révèle un certain calme sur ce front-là. Des signes permettent de croire que l'on concède l'inévitabilité de la poursuite de la récolte de plusieurs centaines de milliers de jeunes phoques l'an jusqu'à ce que le troupeau revienne à une taille compatible avec la capacité de le nourrir de son environnement.

Ainsi, l'IFWA, jadis presque exclusivement voué, à la défense des phoques, affiche une tendance à la diversification au profit des baleines, des éléphants, des secours aux animaux lors de désastres naturels et contre le sport " cruel " de la chasse à courre.

Les retombées économiques du phoque rétribuent de façon bien ingrate ceux qui supportent l'odieux de leur chasse aux yeux du monde. D'autre part, leur rôle gagnerait en légitimité s'ils pouvaient montrer à leurs détracteurs qu'ils contribuent significativement au développement économique de leur région et ne sont pas uniquement le bras qui tue au profit des multinationales de la mégisserie.

Or, pour cela, il faut une planification à long terme, qui n'est de toute évidence pas pour cette année, vu que M. Dhaliwal a fait l'annonce la semaine dernière d'une mise à jour de la réglementation canadienne sur les mammifères marins où seront consultés pas moins de 80 groupes différents et notamment les autochtones, qui exploitaient les phoques bien avant l'arrivée des Blancs en Amérique.

Novembre 0 le mois du poisson

À quatre mois de l'ouverture de la chasse aux phoques, le mois de novembre est le mois du poisson, quoique à en juger par la discrétion avec laquelle la chose est soulignée dans les médias du Québec, on peut se demander pour qui ? - Sinon pour les phoques du Groenland qui reviennent précisément de leur été dans l'Arctique à cette saison de l'année pour leurs gargantuesques ripailles sur les fonds de pêche du Golfe Saint-Laurent et des Grands Bancs de Terre-Neuve.

* Mégisserie 0 tannage

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