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TEAM CANADA 0 41, ÉQUIPE QUÉBEC 0 59
N° 185 - décembre 1999

Attention aux enfants, c'est peut-être le vôtre
Pierre Dubuc
Dernièrement, le journal Le Devoir publiait un reportage sur les centres d'apprentissage canadien-anglais Oxford et américain Sylvan qui implantent des franchises au Québec pour offrir des cours de rattrapage aux élèves en difficulté (L'école ambulatoire, 17/11/99).

Une porte-parole de Sylvan présentait ainsi son centre0 "Nous croyons que chaque étudiant apprend différemment et nous faisons des tests pour diagnostiquer le problème. Ensuite, nous prescrivons un programme particulier".

Bon nombre de parents ont sans doute lu avec grand intérêt ce reportage, jusqu'au passage où ils ont appris qu'il en coûtait entre 250 et 380 $ par mois pour deux heures de cours par semaine.

10% d'élèves en difficulté

Diagnostiquer des problèmes d'apprentissage, prescrire des programmes particuliers, établir un meilleur ratio prof/élèves, ce sont là des choses que l'école publique fait déjà.

Une procédure permet aux profs de signaler les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage, les fameux EHDAA dans le jargon du ministère. Ils sont par la suite évalués par des professionnels et classés selon leur déficience (intellectuelle, motrice, visuelle, auditive) ou leurs troubles de développement (autisme, psychopathologie, etc.), de comportement ou encore leurs difficultés d'apprentissage.

Différentes études à travers le monde ont démontré qu'environ 10% des élèves ont des difficultés d'adaptation ou d'apprentissage et cela se vérifie au Québec également.

La clef0 le ratio prof/élèves

Une fois le problème de l'enfant diagnostiqué, il s'agit d'y apporter une solution. Une bonne partie de celle-ci réside dans le ratio prof/élèves, un prof ayant moins d'élèves pouvant accorder plus d'attention à ses élèves. C'est la base du succès des centres privés Oxford et Sylvan où le ratio est d'un prof pour trois élèves.

Dans nos écoles publiques, on applique également ce principe. Cela peut se faire par la constitution de classes spéciales. Par exemple, on prévoit des classes de 12 élèves au primaire et 14 au secondaire pour les élèves avec des troubles de comportement, alors que, dans une classe régulière, le nombre maximum d'élèves est fixé à 29 au primaire et à 32 au secondaire.

Une autre approche consiste à intégrer les élèves en difficulté dans des classes régulières, mais en diminuant le nombre d'élèves. On a établi, par exemple, qu'un élève avec des troubles de comportement vaut 2,25 élèves. Quatre de ces élèves équivaudront donc à neuf élèves réguliers, ce qui fera baisser d'autant le nombre maximum d'élèves par classe. S'ajoutent à cela des services de soutien à l'enseignant et à l'élève.

Il en va ainsi... sur papier. Dans la vraie vie, la procédure de signalement est compliquée. Récemment, les enseignants de la CEQ ont identifié 30 000 nouveaux cas d'élèves en difficulté.

Le gouvernement peut contourner les limites des ratios d'élèves dans les classes spéciales ou régulières en payant aux profs une compensation financière en cas de dépassement des ratios. Le montant va de 738$ par année pour un élève du primaire jusqu'à 1 117 $ pour un élève au préscolaire. Pour cinq élèves en dépassement, le montant peut aller jusqu'à 7 545 $ au préscolaire. En fait, le gouvernement préfère payer pour les dépassements plutôt que de respecter les ratios prof/élèves prévus, ce qui signifierait ouvrir de nouvelles classes, engager plus de profs.

Tout pour le privé

Dans ses "offres" à la CEQ, le gouvernement liquide des grands pans du système actuel. Les notions précises d'identification des différentes déficiences sont remplacées par la notion fourre-tout d'"élèves à risques". La procédure de signalement n'est plus contraignante. La pondération pour les élèves avec des troubles de comportement en classe régulière disparaît, ce qui signifierait une augmentation du nombre d'élèves par classe.

Les conséquences de ces changements sont prévisibles0 augmentation de la tâche des enseignants, diminution de la qualité de l'enseignement, exode des élèves fortunés vers les écoles privées, développement des centres privés comme Oxford et Sylvan et augmentation du décrochage chez les défavorisés.

Dans l'article du Devoir, la porte-parole de Sylvan déclarait0 "Je crois qu'avec les coupes en éducation les étudiants qui ont besoin d'aide n'en reçoivent plus à l'école. C'est pour cette raison qu'ils vont la chercher ailleurs". Oxford confiait au Devoir0 "Nous prévoyons ouvrir une dizaine de centres à travers le Québec au cours des 18 prochains mois."

On comprend pourquoi plus de 15 000 personnes de la CEQ, en grande majorité des enseignantes et des enseignants, ont manifesté devant l'Assemblée nationale le 20 novembre dernier. On comprend moins pourquoi il n'y avait pas plus de parents!

Le 20 novembre, plus de 15 000 membres de la CEQ, en grande majorité des enseignantes et des enseignants, manifestaient devant l'Assemblée nationale à Québec pour appuyer leurs revendications. Leurs représentantes et représentants ont rappelé que0

• 62% du personnel de soutien scolaire travaille moins de 21 heures par semaine;

• 1500 postes de professionnels ont été coupés depuis 1993;

• 95% du personnel enseignant à l'éducation des adultes ne bénéficie pas de contrats à temps plein;

• 70% du personnel enseignant en formation professionnelle est à statut précaire;

• 130 000 élèves en difficulté identifiés sont en attente de service.

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