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Chartrand vu par Picard
N° 186 - février 2000

Afrique 0 Mains d'enfants coupées et responsabilité canadienne
Pierre Dubuc
Mains et pieds coupés, enfants mutilés à la machette, images insoutenables que celles de ces reportages télévisés sur ces guerres qui déchirent l'Afrique. Parce qu'inexpliqués, ces conflits semblent inexplicables, sinon que par des clichés racistes sur ces " peuples barbares qui s'entre-tuent ". Mais des entreprises minières canadiennes ne sont pas étrangères à ces atrocités.

Prenons le cas du Sierra Leone. Un pays de 4,5 millions d'habitants où la rébellion du Revolutionnary United Front (RUF) qui sévit depuis 1991 a fait 75 000 morts et 500 000 réfugiés. L'enjeu ? Les diamants dont le Sierra Leone regorge. De 1930 à 1998, on y a extrait (officiellement) 55 millions de carats pour une valeur totale de 15 milliards $ US.

Diamantaires et mercenaires

Trois compagnies inscrites aux bourses canadiennes sont actives au Sierra Leone 0 Rex Diamond, AmCan Minerals et Diamond Works. Cette dernière est venue en aide au gouvernement en 1995, en retenant les services de la firme britannique Executive Outcome qui, avec 200 mercenaires, un soutien aérien et du matériel de communications, a repoussé les attaques du RUF, soutenu, financé et formé par le pays voisin, le Libéria, par où transite en contrebande une partie importante de la production diamantaire du Sierra Leone. En échange de son appui au gouvernement, Diamond Works a obtenu pour une de ses filiales un bail de 25 ans pour des concessions de diamants.

Quant à Rex Diamond, elle a cherché à remplacer au coût de 3,8 millions le seul hélicoptère de combat du gouvernement, qui avait été son arme la plus efficace contre le RUF.

Que des compagnies minières se substituent ainsi à l'État et occupent des fonctions qui relèvent habituellement d'un État n'est pas étonnant. Au cours des dernières années, les recettes minières et les services de sécurité ont été confiés à la firme texane Sunshine-Broulle spécialisée dans la production de diamants.

De son côté, le FMI a encouragé le gouvernement à attribuer à la société britannique McAllisten Eliot Fisheries la surveillance de la pêche côtière et la perception des redevances. Cela a eu pour effet d'exclure les pêcheurs sierra léoniens de leur gagne-pain. La perception des taxes douanières au port de Freetown a été confiée à la firme allemande Specialist Services International. Les ressources agricoles, les plantations de caoutchouc et les concessions forestières ont également été privatisées.

Ces mesures ont été dictées par le FMI et la Banque mondiale dans le cadre du Plan d'ajustement structurel conçu soi-disant pour " aider " les pays pauvres, plus particulièrement ceux d'Afrique, à réduire leur endettement auprès des institutions internationales.

Diamants et marché financier

Le continent africain est particulièrement riche en ressources minières. Le sous-sol africain contient or, diamants, cuivre, bauxite, fer, uranium, phosphate, manganèse, amiante, beryllium, cadmium, chrome, cobalt, plomb, lithium, nickel, platine, tantale, étain, tungstène, vanadium, zinc. Les exportations de minéraux représentent entre 25% et 90% des revenus d'exportation annuels de 13 pays.

Ces richesses attisent la convoitise des compagnies étrangères, dont bon nombre sont canadiennes. En 1996, les capitaux mobilisés pour financer les projets des sociétés minières canadiennes à travers le monde ont atteint le record astronomique de 7 milliards $. En fait, le secteur financier canadien a mobilisé plus de capital-actions pour l'industrie minière que l'Australie, les États-Unis et l'Afrique du Sud réunis.

En 1996, 170 sociétés minières canadiennes détenaient en Afrique une participation dans plus de 440 concessions minières situées dans 27 pays, surtout à la recherche d'or et de diamants.

La logique néolibérale

Alors que le FMI et la BM font des pressions énormes auprès des pays africains pour qu'ils déréglementent, allègent leur code minier et ouvrent leurs portes aux investissements étrangers, les compagnies canadiennes jouissent d'un appui inestimable de l'État canadien et de sociétés d'État comme l'ACDI ou la Société pour l'expansion des exportations.

Au nombre des règles fiscales dont elles bénéficient, mentionnons 0 la déduction des intérêts des emprunts contractés pour investir dans des filiales à l'étranger ; l'exonération des dividendes intersociétés ; l'exemption de tout impôt sur le rapatriement des profits générés par les filiales ; une déduction jusqu'à 100% des dépenses pour fins d'exploration et de développement.

Alors que l'Afrique démantèle ses États, le Canada appuie ses entreprises pour combler le vide. C'est la logique du néolibéralisme, autrefois connu sous le nom d'impérialisme.

Références 0

Le coeur du problème. Partenariat Afrique Canada ; Bonnie Campbell, Les intérêts miniers canadiens et les droits de la personne en Afrique dans le cadre de la mondialisation. Centre international des droits et de la démocratie (CIDPDD).

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