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Chartrand vu par Picard
N° 186 - février 2000

Entrevue avec Jean-François Carré, chargé des questions internationales à la FTM-CGT
Pierre Klépock
AJ0 Comment les 35 heures ont été mises en place en France?

Jean-François Caré0 Il faut revenir aux événements de novembre-décembre 1995 quand le gouvernement de droite a proposé une série de mesures contre la retraite, la sécurité sociale et les nationalisations. Une grève a alors réuni 5 millions de salariés et le gouvernement a été contraint de démissionner. Dans la campagne des partis de gauche, il y avait une proposition pour créer des emplois et contrer le chômage en passant aux 35 heures. Une fois élu, en 1997, le gouvernement a commencé à négocier une loi sur les 35 heures. La CGT a défendu l'idée d'un accord cadre pour l'ensemble des salariés du pays. La CGT s'est aussi battu pour que les négociations aient lieu, par la suite par branche d'industries, sur la mise en place des 35 heures en fonction des professions.

A.J0 Est-ce que le passage aux 35 heures en France peut s'étendre à d'autres pays européens?

Jean-François Caré0 Nos camarades allemands de la Métallurgie ont les 35 heures depuis 2 ans, les Italiens et les Espagnols font des manifestations pour avoir eux ausi les 35 heures. Il y a en effet un phénomène d'extension sur cette question.

A.J0 Quelles sont vos relations avec les syndicats québécois?

Jean-François Caré0 Nous avons d'excellentes relations avec la Fédération de la Métallurgie-CSN et avec les Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA-FTQ). Depuis 5 ans nous organisons des rencontres régulières entre syndicalistes de différentes multinationales comme par exemple avec Pratt & Whitney. Nous nous sommes aperçus que, dans notre profession, nous avions à faire à quelques groupes mondiaux qui ont la même attitude, quelque soit les pays dans lesquels ils sont installés. Ils essaient de mettre en compétition les salariés des différents pays pour abaisser le niveau social et nous avons la responsabilité, en tant que syndicalistes de communiquer ensemble et de créer des convergences de rapport de force pour éviter le recul social et, éventuellement, passer aux conquêtes sociales.

A.J0 Est-ce que vous mener toujours la lutte contre le capitalisme pour une société sans classe?

Jean-François Caré0 La Fédération de la Métallurgie est la plus ancienne de la CGT et notre analyse de la société n'a pas variée depuis plus de 100 ans, c'est-à-dire qu'il y a une contradiction antogonique entre le capital et le travail. Il est évident qu'on ne peut aborder une société plus juste qu'à partir du moment où on en termine avec une poignée de détenteurs des richesses et des usines qui exploitent le travail intellectuel ou manuel du reste de la population. Ce sont nos fondements, il faut les moderniser mais la situation reste la même.

Pour le syndicat Tour Effeil 0 Un accord gagnant

Roger Ferrand, militant depuis plusieurs années à l'USTM-Paris, nous parle d'un accord gagnant sur les 35 heures.

Le syndicat de la Tour-Eiffel, aussi combatif que le syndicat des cols bleus de Montréal, a obtenu les 35 heures effectives sans perte de salaire en 1998, bien avant la loi Aubry. Avec trois jours de grève et une semaine de manifestations, les 200 salariés de la Tour-Eiffel, dont la moyenne d'âge est de 30 ans, ont réussi à faire plier leur employeur. Leurs principales revendications0 faire progresser les effectifs, la création d'emplois stables, l'embauche avec des salaires convenables, les 35 heures effectives pour s'occuper de sa famille et avoir du temps pour vivre sans perte de revenu. 25 nouveaux emplois ont ainsi été créés et tous les employés bénéficient des 35 heures.

Comme nous le rappelle Roger Ferrand, les employés de ce syndicat étaient très motivés. Ils se sont mobilisés afin d'imposer un rapport de force suffisant avec leur employeur pour remporter cette victoire. "La loi des 35 heures ne sera efficace que si, dans chaque usine où elle se négocie, les travailleurs se mobilisent et exercent un bon rapport de force, comme dans le cas de la Tour-Eiffel. Sinon elle restera une loi que les patrons pourront détourner à leur avantage et la création d'emplois souhaitée ne se fera pas".

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