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Chartrand vu par Picard
N° 186 - février 2000

La bataille des 35 heures
Pierre Klépock
Avec la loi des 35 heures, la France est le pays où la classe ouvrière donne l'exemple à tous les travailleurs du monde. Définitivement adoptée par le gouvernement de la gauche plurielle (regroupant communistes et socialistes), cette loi est l'aboutissement d'une longue lutte engagée depuis plusieurs années. Pour commencer l'an 2000, l'aut' journal s'est rendu à la Fédération des travailleurs de la Métallurgie, affilié à la Confédération générale du travail (FTM-CGT), première centrale syndicale avec ses 700 000 membres, rencontrer des militants syndicalistes.

La loi d'orientation et d'incitation à la réduction du temps de travail du 13 juin 1998 a provoqué une première vague de négociations, tandis que la seconde loi, votée le 15 décembre 1999 à l'Assemblée nationale, a fixé les modalités définitives d'application des 35 heures. À ce jour, 18 000 accords d'entreprises ont été signés. Actuellement, un véritable bras de fer se joue entre les syndiqués et le patronat pour une application effective des 35 heures. C'est que la loi ouvre la porte à la réduction de la semaine de travail, mais permet des assouplissements à l'aménagement du temps de travail dans les entreprises. L'existence même d'une loi fixant à 35 heures la durée légale est une grande avancée sociale, mais l'expérience a démontré que les patrons tentent de reprendre d'une main ce qu'ils sont obligés de concéder de l'autre.

Avantages et désavantages de la loi des 35 heures

Nous avons rencontré Daniel Sanchez, secrétaire-général de la Fédération des travailleurs de la Métallurgie, une des plus importante à la CGT, avec ses 67 000 membres.

A.J0 Quel est l'intérêt de la loi des 35 heures pour l'emploi?

Daniel Sanchez0 La réduction du temps de travail est une vieille revendication de la CGT. Elle répond au développement des capacités de production grâce à des machines de plus en plus automatisées. Malheureusement, cette technologie n'est pas au service du progrès social quand on sait qu'en moins de temps nous produisons plus. Les gens en ont marre du discours des patrons des 15 dernières années. Leur principale préoccupation concerne leur famille et plus de temps libre pour s'en occuper. En ce sens, la loi Aubry est intéressante sur deux aspects0 elle fixe la durée légale de travail à 35 heures et elle oblige la négociation dans toutes les entreprises.

AJ0 Quels sont les désavantages de cette loi?

Daniel Sanchez0 Le contenu de la loi reste à des kilomètres de ce que souhaite la CGT. Ce n'est pas une loi assez ferme et les patrons vont pouvoir l'utiliser à leur propres fins car elle leur permet d'intervenir à la baisse. Elle ouvre la porte à la flexibilité, notamment avec l'annualisation du temps de travail. Un patron pourra faire travailler selon ses besoins un employé jusqu'à 60 heures une semaine et 15 heures l'autre sans permettre la création d'emploi. Le temps de travail n'est pas calculé à la semaine mais plutôt sur l'année et il ne peut excéder 1600 heures par an. C'est pourquoi nous revendiquons une loi plus vigoureuse.

Suite à "l'Hiver de la colère" de novembre-décembre 1995, les 35 heures ont été adoptées comme slogan et non comme solution pour faire payer les patrons. La loi de la ministre Aubry ne nous satisfait pas et nous allons nous battre pour l'améliorer et non l'abolir comme le souhaite le patronat. Notre capacité de mobilisation sur les 35 heures est très élevée et c'est à nous d'obtenir une bonne application des 35 heures effectives pour le mieux être de tout le monde et aussi pour forcer l'embauche.

Un point de vue critique d'un militant

Invité par Hervé Brocaille, secrétaire-général de l'USTM Nord-Pas-de-Calais, l'aut journal s'est rendu au pays de Germinal, région marquée par de nombreuses luttes ouvrières. Il nous livre quelques réflexions sur les 35 heures.

"Telle qu'elle est inscrite, la loi des 35 heures est inacceptable car elle fournit un cadre pour la réorganisation du travail soi-disant trop rigide en France. En fin de compte, elle va permettre d'accroître la flexibilité et les gains de productivité des entreprises sans compensation majeure pour les salariés".

"Le patronat s'est saisi des 35 heures pour faire éclater nos acquis. Avec cette loi, il décide des horaires, il peut par exemple obliger ses salariés à travailler un samedi. Les travailleurs doivent toujours être à sa disposition. Déjà, les salariés subissent la discipline du travail et cette loi n'oblige pas les patrons à diminuer les cadences en usine".

"Avec cette loi, les syndicats subissent des pressions énormes pour s'intégrer à la politique de collaboration de classe et intégrer les salariés aux objectifs du capital. Cette loi n'empêche pas l'extension du travail précaire, partiel, la casse des statuts et des conventions collectives".

"Ce n'est pas aux salariés à s'adapter aux besoins des patrons, mais c'est aux patrons à s'adapter aux besoins des ouvriers. Il est certain qu'avec une application réelle des 35 heures sans perte de salaire amènerait une amélioration des conditions de travail, car la loi doit libérer les gens du temps de travail pour pouvoir accéder à des loisirs."

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