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Chartrand vu par Picard
N° 186 - février 2000

Ce qui est clair, c'est qu'il faut organiser la résistance
Paul Rose

Loi sur la clarté 0



Il faut faire beaucoup plus que dénoncer le projet de loi Chrétien-Dion. Il s'agit à ce jour de la plus grande action connue d'oppression nationale issue du plan B du gouvernement Libéral fédéral et, en cette fin de siècle, une basse tentative de détournement d'attention devant ses responsabilités quant à la grave dégradation des conditions de vie des couches populaires, notamment des sujets les plus vulnérables, le enfants, alors même qu'il accumule honteusement surplus sur surplus.

Il faut montrer aux Chrétien, Dion et Cie que, contrairement à ce qu'ils croient, les choses n'en resteront pas là! Nous nous devons d'enrayer par tous les moyens démocratiques possibles la machine de guerre politique, économique, sociale et culturelle du fédéral au Québec. N'attendons surtout pas après le PQ. On doit s'organiser sur nos propres bases, à nos échelles respectives, à notre rythme, partout, un petit peu plus chaque jour, chaque semaine, chaque mois pendant tout le temps qu'il faut et qu'il faudra.

Ne rien attendre non plus des grands médias du Québec qui, à quelques rares exceptions près, sont demeurés plutôt tièdes sinon carrément confinés à l'autocensure de leurs propriétaires et ce particulièrement depuis le dépôt de l'avant-projet de loi en Chambre.

Si un tel projet de loi avait seulement été vaguement évoqué par les autorités terre-neuviennes et les opposants à l'entrée de l'île dans la Confédération lors des deux référendums tenus à la fin des années quarante, on n'ose même pas imaginer ici le tollé qu'il aurait soulevé chez les intellectuels et les Canadiens en général.

Ce silence complice de la majorité des grands médias dès la fin de la session de l'Assemblée nationale, le Premier ministre du Québec doit malheureusement en porter une part de responsabilité. Plutôt que de faire confiance à la population et de miser sur la mobilisation du peuple du Québec, il a préféré s'en tenir à des tactiques de palais et à la stratégie crétiniste de l'hypocrite main tendue aux Jean Charest et Cie, de l'appel aux gens d'affaire et, parmi ceux-ci, à ceux qui ont le plus vendu leur âme au pouvoir de la $. Alors que de l'autre main, d'un mouvement contraire, il tuait dans l'œuf toute stratégie populaire de résistance en s'empressant de dissocier la situation de crise de toute velléité référendaire.

Certes, Lucien Bouchard n'était pas trop chaud à l'idée de soulever la ferveur populaire au moment même où son administration affiche un des pires bilans sociaux de toute l'histoire des gouvernements provinciaux du Québec, mais nous étions en droit de nous attendre de notre premier ministre à un comportement d'homme d'État au dessus de ses intérêts de parti.

Un gouvernement condamné aux mêmes peurs qu'hier!

Fatalement, le PQ n'aura-t-il été que sporadiquement, et de façon très opportuniste, du bord des oppriméEs, au moment où ça faisait son affaire, c'est-à-dire en période électorale ?

Quant à ses deux référendums, ils demeureront des chefs d'œuvre d'opportunisme. Au total, en 20 ans, une campagne "émancipatrice" minimaliste d'à peine une soixantaine de jours ! Tout le reste du temps nous n'aurons entendu parler de souveraineté que par les députés et ministres ténors du "contre" ; quant aux quelques tenants autorisés du "pour", la parole aura été délaissée aux plus tièdes, aux plus hésitants, aux plus étapistes, et, encore, dans des débats frileux qui ont rarement dépassé le stade primaire de la défensive. Deux campagnes référendaires menées donc par défaut, à la sauvette, faites uniquement de slogans cannés, de faux-fuyants, sans possibilité de réels débats de fond. Fatalement, sans mobilisation populaire large.

De l'idéal inavouable de l'indépendance, à celui à demi inavoué de la souveraineté, en passant par les entourloupettes de la souveraineté-association avec ou sans trait d'union, avec ou sans partenariat, finalement le PQ aura été un parti qui, jusqu'au bout, se sera volontairement maintenu à mille lieues de toute forme de libération nationale et d'émancipation sociale. Plus dramatique encore 0 plutôt que de lier politiquement ces deux aspects indissociables de la réalité populaire québécoise, il aura tout fait pour les séparer et les opposer. Ironiquement, le principal élément séparatiste (à la sauce apocalyptique Chrétien-Dion) des gouvernements péquistes aura été de couper le peuple du projet souverainiste, réduisant alors un mouvement profond d'émancipation et de lutte contre l'oppression en une simple démarche constitutionnelle socialement et politiquement désincarnée.

L'inacceptable, plus jamais !

La formation indépendantiste de gauche que je dirige, le Parti de la démocratie socialiste, appelle ses 25 000 électrices et électeurs de tous les coins du Québec, ainsi que toutes les forces vives démocratiques, au-delà de toute partisannerie, à la résistance jusqu'au retrait non seulement de l'inique projet de loi Chrétien-Dion mais aussi de toutes les autres mesures qui s'inscrivent dans le plan B, y compris le retour au Québec des 10 milliards $ et plus qu'Ottawa ces dernières années a usurpés dans les fonds de paiement de transfert constitués à même les impôts fédéraux qu'il perçoit dans "sa" province.

Il faudra envisager des actions civiles concrètes, récurrentes, comme par exemple des rassemblements périodiques (bihebdomadaires ou hebdomadaires) devant les officines fédérales 0 manifestations, vigiles, sit-in, occupations, etc. dans toutes les régions, dans toutes les localités. En commençant petit à petit… et de façon répétée.

La situation ne commande plus de simplement protester mais bien de maintenir la pression démocratique, petite ou grande peu importe, jusqu'à l'atteinte des objectifs poursuivis.

À cet effet, le Parti de la démocratie socialiste, de par son rôle de quatrième parti en importance au Québec et chef de file des formations anti néolibérales, a lancé une invitation aux formations politiques et autres organisations de la gauche à une rencontre large, dès janvier, en vue de développer des positions et un plan d'action en commun.

L'inacceptable … Plus jamais

* Paul Rose est leChef du Parti de la démocratie socialiste

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