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Faut-il croire les sondages?
N° 187 - mars 2000

Sommes-nous trop taxés ?
Sylvain Charron
L'argument de la baisse d'impôt pour relancer l'économie est la toute dernière trouvaille des ténors de la droite pour influencer l'opinion publique dans le débat actuel sur la distribution des surplus budgétaires réalisés par le gouvernement du Québec. Après avoir pratiqué des coupures draconiennes dans les programmes sociaux (santé et éducation), dans le but d'éliminer le déficit du gouvernement, ils passent à la deuxième étape de leur plan d'action, soit la réduction de l'impôt sur le revenu des particuliers.

Dans les années 1970, on parlait d'impôt à payer, aujourd'hui on parle de fardeau fiscal. Nous parlons par exemple de fardeau fiscal comme si les impôts n'étaient reliés à aucun avantage. Nous n'utiliserions certainement pas le même raisonnement concernant le prix d'une automobile ou d'une chaîne stéréo. Souvent, le débat public sur la fiscalité renforce cette distinction.

Les images des médias, comme celle qui consiste à calculer " la journée de libération de l'impôt ", contribuent à nous donner l'impression que les impôts que nous payons n'ont rien à voir avec les avantages que nous procurent les services publics.

Les coupures de taxes, la réduction du déficit et la nécessité de maintenir les services publics sont souvent l'occasion de débats, comme si ces sujets n'avaient absolument rien en commun les uns avec les autres. Il n'est pas surprenant que les sondages d'opinion publique révèlent qu'un grand nombre de gens appuient à la fois des réductions d'impôts et des augmentations des niveaux de service dans tous les principaux domaines de dépenses publiques.

Sommes-nous les plus taxés ?

On ne cesse de nous répéter que les Canadiens sont les plus taxés du monde industrialisé. On nous répète ad nauseam que notre pays est le plus taxé des 29 pays de l'OCDE et du G7. Et ce discours alarmiste, croyez moi, ne vient plus seulement des riches et du milieu affairiste, il est aussi alimenté ardemment par nos gouvernements. Analysons la situation canadienne à l'aide du tableau 10

Nous constatons qu'à partir des statistiques gouvernementales compilées par l'Organisation de coopération et de développement économiques que les recettes fiscales en pourcentages du PIB (mesure de notre rendement économique) sont de 36,8% au Canada comparativement à 42,4% pour l'Union européenne et 37,7% pour la moyenne des pays de l'OCDE. Seuls les États-Unis perçoivent moins d'impôt en pourcentage du PIB, mais cela ne signifie par pour autant que leur revenu disponible après impôt est plus élevé que le revenu des Canadiens, comme nous le verrons dans le tableau 2.

Le tableau démontre, de plus, que l'impôt sur le revenu des particuliers est le plus élevé du groupe. Comparativement aux États-Unis, l'écart est de 3,8% ( 13,9% contre 10,1%). Le Canada repose cependant plus sur les taxes de vente (9,1 contre 4,9). On omet d'ajouter dans le débat actuel que les taxes de vente sont des taxes régressives, c'est-à-dire qu'elles ne tiennent aucunement compte de la capacité de payer de chaque contribuable.

De plus, la TPS qui a remplacé en 1991 l'ancienne taxe de vente fédérale est une taxe sur la valeur ajoutée qui repose presque entièrement sur le dos des contribuables, contrairement à l'ancienne taxe de vente fédérale qui était en partie assumée par les entreprises.

À la lecture du tableau, on constate qu'il n'existe aucune relation entre les taux d'imposition et le revenu disponible moyen après impôt. En effet, même si le Canada a un taux d'imposition de beaucoup supérieur à la Nouvelle-Zélande (54.1% comparativement à 33% pour le taux supérieur et 46,1% comparativement à 33% pour la taux inférieur ) le revenu disponible des Canadiens se compare avantageusement à celui des Néo-Zélandais.

La même comparaison avec les États-Unis donne un avantage aux Canadiens en termes de revenu disponible et ce malgré le fait que les taux d'imposition américains sont de beaucoup inférieurs aux taux canadiens. Tout tableau qui conclurait à de telles incongruités serait discrédité d'entrée de jeu par le milieu affairiste. Mais une telle remise en question devient difficile, voire quasi impossible lorsque les résultats proviennent d'un organisme comme l'OCDE.

De tels résultats méritent assurément des éclaircissements. L'écart s'explique par les nombreuses déductions et crédits d'impôt dont peuvent bénéficier les contribuables qui font en sorte que l'impôt sur le revenu payé réellement diffère considérablement de celui qu'ils auraient payé s'il avait été calculé à l'aide du revenu total. Grâce à des déductions telles que les contributions aux REÉR et RPA, l'exemption de 25% sur les gains en capital, l'exonération de 500 000 $ des gains en capital réalisés sur la vente d'actions de petites entreprises, les cotisations professionnelles, les frais de garde d'enfants ou encore la déduction des frais financiers payés pour gagner un revenu de placement, les contribuables peuvent considérablement réduire leur revenu total. Ainsi, les déductions et les crédits d'impôt au Canada sont parmi les plus généreux des pays de l'OCDE.

Le salaire des patrons américains

Dans son édition de février, le Journal de l'International Association of Machinists and Aerospace Workers (IMA) qui

présente les disparités entre les salaires des pdg américains et les travailleurs moyens des États-Unis.

Durant la minute que vous prendra la lecture de cet article, le pdg de General Electric, Jack Welch, Jr. aura additionné 670 $ à son compte en banque. Jack Welch est le sixième pdg le mieux payé aux États-Unis, soit près de 84 millions $ par année. Cela revient à 40 223 $ (US) de l'heure, plus que la moyenne du salaire annuel des ouvriers de GE.

Entre 1980 et 1998, le salaire des pdg a connu une augmentation de 1 596 %, alors que le salaire des ouvriers, considérant le taux d'inflation, a diminué de 9,5 %.

Les trois pdg les mieux payés des États-Unis, Bill Gates en tête de liste, ont une valeur nette de 156 milliards $, ce qui représente plus que tout le produit national brut des 43 nations les plus pauvres du monde.

Si le salaire minimum avait augmenté dans la même proportion que celui des pdg, les ouvriers les plus mal payés gagneraient aujourd'hui 22,08 $/heure. Le salaire moyen des ouvriers des manufactures américaines serait de 110 399 $/année et, si la tendance se maintenait, il serait de 542 968 $/année en 2004

Dans les faits, le salaire moyen des pdg des grandes entreprises américaines est de 10 millions $ par année alors que celui du président des États-Unis est 200 000 $ et la moyenne des travailleurs est de 25 298 $, une disproportion de 419 %.

Cet article provient du L'itinérant électronique, un très intéressant site internet syndical québécois 0 http0//www.itinerant.qc.ca/chronique.html.

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