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Faut-il croire les sondages?
N° 187 - mars 2000

Le miroir aux alouettes
Paul Rose

À propos de Sortie de secours de Jean-François Lisée



Le livre de Jean-François Lisée n'est que la dernière manifestation en liste des tergiversations des directions successives du PQ sur la question nationale. Depuis 1976, le scénario est toujours le même 0 rapetissage des objectifs, report des échéances, fuite en avant sur le fond.

C'est toujours la même logique, qu'on pense à l'obsession du "bon gouvernement ", à l'étapisme de Claude Morin, à l'affirmation nationale, à la stratégie des minis-référendums (sur la main d'œuvre, droit de veto, immigration, etc.), à l'association avec ou sans trait d'union puis au partenariat, au maintien du dollar canadien, à la dissociation entre la social-démocratie et la souveraineté, puis à l'abandon radical de la souveraineté, à l'obsession du déficit zéro et au plongeon dans le vide de la dépendance tout azimut au néolibéralisme.

Bref la démarche réductionniste de la Sortie de secours n'est pas nouvelle. L'analyse défaitiste du sentiment populaire non plus ! Invariablement jamais ces types d'analyse ne prennent en compte les causes de la baisse de la ferveur populaire. On s'en tient au simple constat.

Le peuple comme objet

Même les outils de mesures, les sondages commandés directement et indirectement à la firme Léger et Léger (qui décidément mérite de plus en plus sa double appellation !) sont construits pour s'en tenir à la réalité produite et non pas à ce qui la produit.

Comme si tout cela était arrangé avec les gars des vues ! Comme si, finalement, les commanditaires des sondages n'étaient pas intéressés à connaître le fond de toute l'histoire. L'histoire du peuple au présent s'entend. Une démarche scientifique devenue inacceptable pour ces technocrates du pouvoir qui, dans toutes leurs stratégies, font au départ abstraction systématique du peuple. Le peuple du Québec n'est plus un sujet mais un simple objet qu'on peut manipuler à volonté.

Parce que toute recherche réelle sur le sentiment populaire, au-delà du simple constat, doit faire appel et reposer sur la confiance au peuple. Parce que la seule stratégie valable aux yeux de l'Histoire avec un grand H, et cela est vrai autant pour le Québec qu'ailleurs, passe par la mobilisation du peuple. Et non par des tactiques brumeuses où celui-ci est systématiquement écarté et, avec mépris, réduit à toute fin pratique, au statut de cruche à remplir.

Le peuple confiné au rôle de spectateur

Comment ces constats primaires des Lisée et consorts peuvent et pouvaient-ils en être autrement ? Alors que précisément ce peuple archi-sondé n'a jamais, depuis la prise du pouvoir par le PQ en 1976, été mis réellement à contribution dans la lutte contre l'oppression nationale ! Il a été systématiquement écarté et confiné au simple rôle de spectateur. De plus, les élus du Parti québécois, un parti qui a pourtant déjà eu plus de 300 000 membres (soit le 10e de la pop active, ce qui n'est pas rien), n'ont jamais manifesté le leadership que le peuple électeur était en doit d'attendre d'eux, à savoir, mettre de l'avant un projet véritablement libérateur de la nation québécoise.

D'ailleurs, comment pouvaient-ils élaborer un tel projet tout en se déconnectant du peuple et en se réfugiant dans les tours d'ivoire administratives réconfortantes et commodes du "bon gouvernement " ? Ils auraient voulu ralentir et remettre aux calandres grecques tout le processus de libération populaire qu'ils n'auraient pas fait mieux.

Un projet rapetissé, bâclé

Quel cynisme que d'invoquer, à coup de sondages maison, de stratégies, de thèses et de livres superficiels, la baisse d'appui à un projet vidé de toute dimension émancipatrice !

Le résultat, on ne le voit que trop bien aujourd'hui 0 le gouvernement Bouchard est en passe de devenir l'un des pires régimes qu'ait connu le Québec contemporain aux plans social, environnemental et, fatalement, national. Que restera-t-il des années péquistes 0 une loi 101 qu'il a largement contribué lui-même à rapetisser et à peine 60 jours de référendum menés, à chaque occasion, au rythme de vulgaires campagnes électorales écourtées, bâclées à coup de slogans technocratiques creux sans véritable espace de débat populaire. Finalement un projet de société bien pâle par rapport à celui véhiculé par la Révolution tranquille, ce qui n'est pas peu dire compte tenu des espoirs et des attentes soulevées dans les années et les mois qui ont précédé la première prise de pouvoir du PQ !

Que les stratèges à répétition du PQ continuent de mesurer dans leur miroir aux alouettes l'effet de leur propre génie du rapetissage et du rétrécissement du peuple, ils ne trompent personne qu'eux-mêmes.

L'autre débat

Pendant que les péquistes discutent des thèses de Lisée, des débats émancipateurs et libérateurs commencent à se mener sur le terrain même de l'indépendance par la souveraineté populaire au Québec. De la protestation contre l'OMC à Montréal au contre sommet de la jeunesse à Québec, les " droits fondamentaux des peuples " sont plus pertinents que jamais.

Et notamment, comme le souligne en première page le dernier numéro du Monde diplomatique, sont dramatiquement à l'ordre du jour depuis Seattle, les "droits collectifs au développement des peuples, à la paix, à une nature préservée et à l'information ", la "taxation du revenu du capital ", la "suppression des paradis fiscaux ", les poursuites contre "la criminalité financière ", la taxation des "transactions spéculatives sur les marchés de changes ", l'abolition du "secret bancaire " "l'annulation en grande partie des dettes publiques ", la promotion et le développement des "économies autocentrées ", la consolidation des pouvoirs élus et démocratiques visant à contrer les OMC, FMI, OCDE, Banque Mondiale et autres "pouvoirs informels (non élus) qui pilotent de fait la terre ", "investissements massifs dans les écoles, les logements et la santé ".

Toutes ces mesures, on me permettra en passant de le mentionner bien modestement, figurent déjà dans le programme du PDS depuis plusieurs congrès. Elles ont été qualifiées dans certains milieux, il y a peu de temps encore, d'irréalistes et d'extrémistes…

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